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Dans ses sacs, Violette de Carné capture les odeurs. © Jean-Damien Charrière

Quand les odeurs aident à retrouver la mémoire

Depuis le 7 mars, Violaine de Carné a posé ses valises à Paris, au Théâtre de l’Étoile du Nord. Avec sa pièce L’Encens et le goudron, elle invite les spectateurs à s’interroger sur le pouvoir et la force des odeurs.

L’attente. Depuis maintenant plusieurs semaines, Violette patiente auprès de son bel au bois dormant, guettant sa sortie du coma. Mais Guillaume, victime d’un accident cérébral, ne se réveille pas. Pendant ce temps, grâce à d’autres patients écorchés, Violette découvre les odeurs et leurs pouvoirs sur le langage. Elle construit alors une odorothèque pour raviver les souvenirs des patients en rééducation. Et ça fonctionne ! Grâce aux senteurs capturées dans des ballons, ils se souviennent et retrouvent les mots justes. Elle tente alors la même démarche avec son compagnon, en lui délivrant les bribes parfumées d’un puzzle olfactif pour l’aider à se réveiller et se reconstruire.

Sur scène, Violette est seule. Enfin, pas vraiment. Pendant une heure, elle incarne une foule de personnages devenant tour à tour son père le Général, Bérangère la bourgeoise, Abou le Togolais, Rachid l’Algérien et Gloria la poète. Un rythme effréné où les mots se déguisent et succèdent aux chansons, un monde onirique dans lequel le spectateur est entraîné.

« Les odeurs créent une proximité, de l’intime. »

Pour parfaire le voyage, les odeurs s’invitent réellement. Il en résulte une expérience théâtrale nouvelle où tous les sens sont sollicités. L’ouïe avec la violoncelliste Veronika Soboljevski, la vue enchantée par les images de Gilles Boustani projetées sur un écran et, évidemment, l’odorat. À chaque fragrance évoquée, Emmanuel Martini, « perfume jockey », diffuse des parfums sur la scène grâce à des ventilateurs.

Comme un DJ mixe la musique, lui envoie les odeurs et crée ainsi une unité dans l’ambiance. L’herbe coupée, l’eucalyptus, l’orange, l’encens ou les sous-bois, le public se sent dans l’histoire et s’interroge aussi sur ses propres souvenirs. Il se confronte à ses émotions. « Chaque odeur est personnelle. Avec le théâtre olfactif, je m’adresse au spectateur en particulier et pas à un public dans son ensemble. Les odeurs créent une proximité, de l’intime », raconte Violaine de Carné, de la Compagnie Le Tir et la Lyre, auteur et interprète de cette pièce, L’Encens et le goudron.

Une pièce inspirée des ateliers olfactifs pour patients cérébroléses

Ce spectacle représente le fruit d’un long travail. Pendant huit mois, Violaine a participé aux ateliers olfactifs de l’Hôpital de Garches destinés aux patients cérébrolésés. « J’ai vraiment pu voir que sur certains les odeurs fonctionnaient. Ils retrouvaient la mémoire, pouvaient se reconstruire. Les personnages de cette pièce sont des mélanges des patients que j’ai fréquentés. D’ailleurs, la vraie Gloria est venue me voir. Elle a été très touchée. » Violaine confie avoir encore de nombreux projets en tête mais toujours autour des odeurs.
Johanna Amselem

Informations pratiques
L’Encens et le goudron, représentations les 12, 13, 14, 17, 19, 20 et 21 mars.
Théâtre L’Étoile du Nord – 16, rue Georgette Agutte – 75018 Paris.
Réservations sur place, par téléphone au 01 42 26 47 47 ou sur le site internet du théâtre, ici.
Tarif : 15 euros (plein tarif) et 10 euros (tarif réduit).

A propos de Johanna Amselem

Johanna Amselem
Journaliste spécialisée dans les thématiques de santé.

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