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Indésirables : et le désir ? Bordel !
Aldo (Jérémie Elkaïm) et Stéphana (Magali Le Naour-Saby), amour, désir et dépendance. © Zelig Films Distribution

Indésirables : et le désir ? Bordel !

Publié le 18 mars 2015

Alors que l’accompagnement sexuel se retrouve de nouveau au cœur de l’actualité, sort mercredi 18 mars sur les écrans Indésirables, une fiction singulière de Philippe Barassat. Si ce conte moderne un peu foutraque, au parti pris militant clairement assumé, risque d’en malmener certains, il a le mérite de dénoncer ce que notre société cherche à masquer : la misère sexuelle de bon nombre de personnes en situation de handicap.

Pour subvenir aux besoins de son couple, Aldo (Jérémie Elkaïm), jeune infirmier au chômage, incapable d’avouer sa situation à sa compagne étudiante, se retrouve à monnayer ses services d’accompagnant sexuel auprès de personnes handicapées. Entraîné par un ami qui joue les entremetteurs, et en l’absence de sa petite amie, Aldo enchaîne les cinq à sept charnels pas toujours simples à négocier : Stéphana, une jolie paraplégique en quête du grand amour (lumineuse Magali Le Naour-Saby), une grande brûlée, une hystérique clinique, un jeune homme trisomique…

Quelles sont les motivations d’Aldo, chevalier bienveillant, prêt à tous les sacrifices ? Le spectateur ne le saura jamais vraiment. Se transforme-t-il peu à peu en travailleur du sexe uniquement par souci pécuniaire, compassion ou curiosité ? Y prend-il du plaisir ?

Oser lever le voile pudibond jeté sur la sexualité des personnes handicapées

Associant acteurs confirmés valides et débutants en situation de handicap, affiche IndésirablesIndésirables, film à petit budget, ose lever le voile pudibond jeté sur la sexualité des personnes handicapées. Déjà explorée dans le registre du documentaire (Sexe, amour et handicap, Scarlet Road), et de la fiction (Hasta la vista, Nationale 7, plus récemment The Sessions en 2012) , l’assistance sexuelle s’incarne ici dans le fascinant personnage d’Aldo qui ouvre ses bras à ces assoiffés de désir sans se préoccuper de leur différence.

Filmer les ébats sexuels avec douceur et crudité

Tourné en noir et blanc, rythmé par une voix off narrative, ce film déconcerte : les ébats sexuels sont nimbés d’une grande douceur mais filmés aussi avec une grande crudité. Visiblement, Philippe Barassat n’a pas peur de pousser le bouchon. La dernière –longue– scène du film, évocation revendiquée du célèbre Freaks, est éprouvante. Sur le principe, cette rébellion de gueules cassées a quelque chose de jouissif mais fallait-il vraiment humilier Aldo à ce point pour lui faire prendre conscience de ce que vivent au quotidien les personnes handicapées ?

Faire avancer le débat sur l’accompagnement sexuel

Malgré ses maladresses et ses outrances, l’insolent Indésirables fera peut-être avancer le débat sur l’accompagnement sexuel comme le gentil Intouchables a changé, un peu, le regard sur le handicap. Mais déjà résonnent les cris d’orfraie de certains à la vue de cet inclassable objet cinématographique. Pourtant, comme pour Aldo, engagé dans une voie dont il ne ressortira pas complètement indemne, cette confrontation au désir de l’autre questionne intimement notre propre désir. Un voyage au bout de soi-même pas facile à entreprendre, dont chacun sort assurément chamboulé mais grandi. Claudine Colozzi

Un commentaire

  1. Ce qui m’impressionne, lorsqu’il est question d’oeuvres du genre de celle dont il est question ici, c’est que le fait qu’elles soient créées, qu’on ressente la nécessité de les mettre en scène, pointe l’impressionnant retard du grand public à considérer les différences comme allant de soi. Cela me renvoie aux films que nous connaissons tous sur l’homosexualité, le transsexualisme ou plus récemment, un film comme « Crossdresser », qui raconte l’histoire d’hommes pour qui le travestissement, vivre une féminité profondément ressentie est un mode de vie, alors même qu’ils ne sont pas homosexuels.
    Ce type d’oeuvres est présenté, ou reçu sous l’angle de la provocation. En France, où le moralisme d’Etat, infantilisant et d’une bien-pensance organisée qui doit à une culture judeo-chrétienne qui n’a jamais vraiment tiré un trait sur l’inquisition (alors même que la France se targue d’être un pays laïque !), un film comme celui-ci ne sortira jamais du registre underground.

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