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Pascale Lagarde, mère d'une jeune fille handicapée, accueillie en Belgique : « La nation française inflige lâchement la double peine à ses citoyens handicapés mentaux : le handicap et l’exil ! »

Plus de 6 000 citoyens handicapés « bannis » de France, selon l’Unapei

L’Unapei demande au gouvernement de « mettre un terme définitif à l’exil des personnes handicapées en Belgique ». Plus de 6 000 « bannis » y sont accueillis, faute de solutions adaptées en France. Les 15 millions d’euros annoncés début octobre par le gouvernement pour « éviter les départs » ne sont pas à la hauteur des enjeux.

« C’est terrible parce qu’on ne sait rien de ce que Charlotte vit là-bas. Les rendez-vous téléphoniques ne remplacent pas les rapports humains avec l’équipe éducative. » Pascale Lagarde n’arrive toujours pas à accepter que sa fille de 27 ans, atteinte du syndrome de West, une forme rare d’épilepsie qui lui laisse une autonomie très réduite, soit contrainte de vivre à plus de 500 km du domicile familial. En Belgique, dans un établissement spécialisé. Comme 6 000 à 6 500 personnes handicapées françaises. Dont plus de 1 500 enfants, « bannis ».

L'Unapei a interpellé les parlementaires, devant l'Assemblée nationale.
L’Unapei a interpellé les parlementaires, devant l’Assemblée nationale.

Les deux tiers des personnes accueillies en Belgique ne sont pas des frontaliers

« Ce départ vers la Belgique n’est pas un choix, mais un exil forcé, imposé par un manque de réponses adaptées sur le territoire national », dénonce l’Unapei. Cette fédération d’associations de personnes handicapées mentales publie, ce mardi 20 octobre, son Livre noir sur les bannis de la République. Le jour où l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale démarre au Parlement. « Plus de 4 000 ne sont pas des frontaliers. Ils habitent dans une cinquantaine de départements en France, parfois à des centaines de kilomètres de l’établissement où se trouvent leurs proches. Quant aux frontaliers, tous ne sont pas accueillis à proximité de leur domicile et de leur famille. »

Difficile de garder des liens avec les proches à cause de l’éloignement

Charlotte a passé toute sa jeunesse dans un institut médico-éducatif (IME), en France. Mais à 23 ans, elle a dû quitter cette structure normalement réservée aux mineurs. Pendant les cinq années durant lesquelles elle est restée dans cet IME à titre dérogatoire, « nous avons cherché une place en Maison d’accueil spécialisé, ce qui correspondait à’orientation de la Maison départementale des personnes handicapées, explique Pascale Lagarde. En vain. On s’est résigné à la Belgique, par dépit. On ne peut pas aller la voir, c’est trop loin, et elle ne rentre qu’une fois par mois… Cela l’empêche de garder des liens avec son frèe et sa sœur. »

L'Unapei a lancé une pétition sur Change.org
L’Unapei a lancé une pétition sur Change.org

Des familles en détresse… et un gâchis économique

« Nous demandons à ce que soit mis un terme définitif à l’exil des personnes handicapées en Belgique, insiste Christel Prado, la présidente de l’Unapei. Il faut rediriger les financements consacrés à l’accueil de ces citoyens handicapés pour financer des établissements en France. » Soit, selon l’Unapei, 250 millions par an, représentant au moins 4 000 emplois. Elle a lancé une pétition sur Change.org à l’attention des parlementaires.

15 millions en plus des crédits déjà alloués aux créations de places

Le 8 octobre, le gouvernement a annoncé qu’il dédierait 15 millions d’euros en 2016 « pour créer des places en France et éviter les départs en Belgique ». En plus des crédits déjà budgétés pour financer des places en établissements et services : 3 500 nouvelles places sont programmées en moyenne par an sur 2015-2019 pour répondre aux besoins des quelques 47 000 personnes sans solution (voir encadré).

Une enveloppe « insuffisante » face à l’ampleur des besoins

« Cela va évidemment dans le bon sens mais ce montant [15 M€] est nettement insuffisant au regard des crédits [250 M€] consacrés par la France au financement d’établissements spécialisés en Belgique », commente le Comité d’entente des associations représentatives de personnes handicapées. Une place en établissement pour des personnes ayant besoin d’un accompagnement lourd coûte en effet 40 000 € par an en moyenne. L’enveloppe de 15 millions ne représente donc que 375 places à temps plein. Le gouvernement est loin du compte… Franck Seuret

* Mise à jour à 13h30, le 13 novembre, suite au discours de Ségolène Neuville, le 10 novembre lors de la journée de lancement d’Une réponse accompagnée pour tous  :  « Il y a eu beaucoup d’interrogations sur ces 15 millions d’euros. C’est un fond d’amorçage disponible dès 2016, je vous le confirme. S’il faut plus en cours d’année, il y aura plus ! »

33 500 personnes sans solution contre 4 000 nouvelles places par an

33 500 personnes handicapées sont aujourd’hui sans solution, selon le décompte de l’Unapei. La fédération a obtenu cette estimation en effectuant un recensement auprès de son réseau d’associations gestionnaires. Et 14 000 supplémentaires attendent une place en établissement et service d’aide par le travail ou en entreprise adaptée.

Selon le bilan publié le 15 octobre par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), 28 334 places en établissements (60%) et services (40%) ont été installées entre 2008 et 2014, soit un peu plus de 4 000 par an.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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