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Éducation et handicap : Amélie, une forte mobilisation contre une discrimination
Le lycée Molière à Paris 16e accueille quelque 1 400 élèves. Ceux en situation de handicap n'y sont pas vraiment les bienvenus. © Capture Google street view

Éducation et handicap : Amélie, une forte mobilisation contre une discrimination

Publié le 12 octobre 2016

De lundi 10 octobre à ce mercredi 12 octobre après-midi, les élèves de khâgne du Lycée Molière à Paris ont fait grève. Ils protestaient contre la décision de leur proviseur, Myriam Honnorat, de ne pas vouloir continuer à accueillir leur camarade Amélie, en situation de handicap, dans l’établissement. Motif invoqué : l’inaccessibilité du lycée. Pourtant, une salle au rez-de-chaussée et de légers travaux apporteraient une solution pérenne. Cette solution a fini par être acceptée mais élèves, enseignants et associations restent mobilisés.

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« Les établissements d’enseignement supérieur inscrivent les étudiants handicapés (…) et assurent leur formation en mettant en œuvre les aménagements nécessaires à leur situation dans l’organisation. » Extrait de l’article 20 de la loi du 11 février 2005.

Article de la loi de février 2005 placardé sur les murs intérieurs et extérieurs de l’établissement, slogans et pamphlets, grève de deux jours, depuis lundi 10 octobre après-midi : les élèves en deuxième année de classe préparatoire (khâgne) du Lycée Molière de Paris 16e sont fortement mobilisés, même s’ils ont repris les cours ce mercredi 12 octobre après-midi.

La raison de leur colère ? Le refus du proviseur, Myriam Honnorat, de continuer à accueillir dans l’établissement Amélie, 19 ans, atteinte de la maladie de Lyme (1). La jeune fille suit des études de lettres classiques, spécialité théâtre, option chinois. Son état de santé s’est dégradé au cours de l’été et Amélie qui se déplaçait péniblement avec une canne ou des béquilles doit désormais utiliser un fauteuil roulant.

Or, sa classe est située au deuxième étage, ce qui l’oblige à de pénibles ascensions et descentes au risque de sa propre sécurité, voire de celle de ses camarades. Pourtant, il existe une solution : une salle au rez-de-chaussée. Non, la direction veut qu’Amélie aille poursuivre sa scolarité ailleurs. Une élève en situation de handicap, cela ferait-il “tache” dans cet établissement ?

Des camarades solidaires et citoyens

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« Amélie a le droit de suivre sa scolarité parmi nous », insiste Maximilien Herveau, l’un de ses camarades. © DR

« Cette grève était notre seul ressort et nous nous y sommes engagés à l’unanimité, explique Maximilien Herveau, camarade de classe de la jeune fille. Amélie a le droit de suivre sa scolarité parmi nous. » Lundi après-midi, lors du premier jour de grève, les quarante-cinq élèves de la classe ont occupé la cour de l’établissement, vite rejoints par ceux d’hypokhâgne (première année de classe préparatoire) mais aussi des lycéens et des collégiens.

Le Lycée Molière accueille quelque 1 400 élèves. Nombre d’entre eux n’ont donc pas hésité à cesser leurs cours. Y compris les plus âgés qui, dans six mois, présenteront des concours extrêmement difficiles (Normale Supérieure, écoles d’ingénieurs…).

Des enseignants concernés

« Ce mouvement est venu des élèves de khâgne eux-mêmes. En aucun cas, nous ne les avons manipulés et poussés à agir. Mais nous sommes très admiratifs de leur sens de la justice, du droit et de la solidarité », témoigne l’un de leurs enseignants. Une belle leçon de respect de la différence à laquelle le proviseur semble, elle, imperméable.

L’équipe pédagogique n’est, de son côté, pas restée inactive. Informée, dès l’été, des soucis de santé d’Amélie, elle a demandé collectivement, lors de la pré-rentrée, et plus tard, des aménagements à sa direction. Par courriers. Par mails. Se déplacer au rez-de-chaussée ne lui semblant en rien un problème. « Nous voyions tout le monde souffrir de cette situation, Amélie, ses camarades et ça, ça n’était pas acceptable. » Elle n’a obtenu qu’une fin de non-recevoir de la part de Myriam Honnorat. « Nous sommes passés du refus à l’obstination. » Les professeurs ont donc continué à assurer leurs cours et à s’y présenter devant une classe vide, puisqu’en grève.

Des associations qui en appellent à la ministre de l’Éducation

Quant aux associations, interpellées par la jeune fille et sa famille, elles sont très vite montées au créneau. Dès mardi, le directeur général adjoint de l’Association des Paralysés de France, Patrice Tripoteau, était sur place pour soutenir le mouvement des étudiants. L’APF et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) viennent aussi de lancer une pétition en ligne. Elles y dénoncent la discrimination dont Amélie est victime et appelle la ministre de l’Éducation nationale, Najat-Vallaud Belkacem, à intervenir auprès du Lycée Molière.

D’abord, pour que « l’établissement continue d’accueillir Amélie, en prenant en compte les besoins spécifiques de cette élève qui nécessitent des aménagements simples », écrivent-elles dans un communiqué de presse commun. Ensuite, « pour rappeler à l’ensemble des responsables d’établissements scolaires leurs obligations en matière de scolarisation dans les conditions définies par la loi handicap de février 2005 ». Amélie a porté plainte pour discrimination.

Lors d’une réunion, ce matin, réunissant les différents acteurs en charge de ce dossier (direction, Rectorat de Paris,…) et les étudiants de khâgne, un accord verbal a été donné pour trouver une solution. Les aménagements nécessaires (rampes d’accès) et salle au rez-de-chaussée ne posent pas de souci et affichent un coût dérisoire : moins de 1 000 euros. Le proviseur était là aussi. Si tout était si simple, alors pourquoi un tel acharnement ?

Cet après-midi, Amélie et ses camarades ont repris les cours. « Nous souhaitons tous, maintenant, pouvoir recommencer à étudier sereinement et avoir la liberté de penser à autre chose », a déclaré la jeune fille. Elle et ses camarades attendent aussi que les promesses orales deviennent des engagements écrits.  Valérie Di Chiappari

(1) La maladie de Lyme est une maladie infectieuse due à une bactérie, transmise par l’intermédiaire d’une piqûre de tique infectée.

9 commentaires

  1. Problème résolu, tant mieux. Suis curieux de savoir si quelqu’un, l’APF par exemple, a posé dès le départ la question: « Avez-vous déposé un dossier AdAp en temps et heure à la mairie et si oui, avec quels décisions ».

  2. Peut-être résolu ici mais pas encore dans l’Education Nationale où on commence un peu à s’inquiéter des élèves handicapés mais pas tellement des professeurs. Quand j’ai senti la SEP progresser, l’administration de mon lycée a été compréhensive mais la région Alsace s’est catégoriquement refusée à toute adaptation. Réponse de l’administration : « demandez votre mutation pour un lycée accessible ». J’ai continué aussi longtemps que possible, jusqu’à ce que je sois contraint à passer par la case invalidité…

  3. Isabelle LEFOULON à 1h10 le 14.10.16 bonsoir les enfants je vous félicitent,ceux que vous avez fait et eue autant de courage.C’est en se donnant la main que les choses avancent.Quel que soit l’handicap soient les enfants ou adultes ont ne doit pas laisser cette discrimination se développer partout car l’école et une obligation sachant que Amelie et tant d’autres ont des droits comme d’autres personnes,surtout qu’elle en veux au niveau étude et j’applaudis la maitresse et les élèves de cette établissement qui se bât pour cette puce pour quel puisse étudier de nouveau.Quelque soit l’handicape ils ont un potentiel,intelligent et veulent prouver au monde entier qu’ils sont des êtres humains,avant tout.je souhaitent que les handicapées qui vont à l’école que leducation nationale s’implique à aménager des le départ des classes et des assenceurs pour les fauteuil roulant ainsi des toilettes pour les handicapées en fauteuil,sachez que l’handicap peux arrivée à n’importe qui nul est à l’abri pensez y.je vous souhaitent à tous les enfants la maitresse et les parents d’Amelie une bonne réussite pour tous et que ses enfants aie leurs diplomes ainsi Amelie ,tiens bon il ya toujours une solution à toute chose.Bon courage à tous et soyez bénis.

    • Oulàlà, votre message est plein de bonnes attentions mais
      1) Des élèves de « khâgne » ne sont plus des enfants mais des adultes d’environ 20 ans.
      2) Par conséquent, Amélie n’est plus « une puce » comme vous dites mais une jeune femme.
      3) Ils n’ont donc pas de « maitresse » mais plusieurs professeurs, ultra diplômés d’ailleurs, puisque la khâgne, je le rappelle est la meilleure formation que l’on puisse trouver en France.

  4. Enfin,en résumé, c’est gentil mais attention à l’infantilisation, merci. C’est tout aussi humiliant que l’hostilité déclarée.

  5. Bravo,

    LA MINISTRE DEVRAIT ENCLENCHER LA PROCÉDURE D’exclusion immédiate du proviseur avec l’académie.

  6. Il faut autant se méfier des mots qui infantilisent. c’est comme si on amplifie les problèmes d’handicape.

  7. Bel exemple de volonté et ténacité de tous ces étudiants pour leur amie , mais surtout victoire contre cette inertie individualiste de notre société qui se cache derrière son égoïsme pour ne rien voir et ne rien faire.

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