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Handicap et guerre 39-45 : La Faim des fous, un documentaire pour enfin se souvenir
Sur les 300 000 victimes civiles de la Seconde Guerre mondiale, 45 000 sont mortes de famine dans les hôpitaux psychiatriques. Un épisode de l'histoire dont les manuels scolaires ne parlent pas. ©DR

Handicap et guerre 39-45 : La Faim des fous, un documentaire pour enfin se souvenir

Publié le 27 octobre 2016

Franck Seuret, journaliste spécialisé dans le social et l’économie, collaborateur de Faire Face, va réaliser un documentaire sur les 45 000 personnes handicapées mentales mortes de faim entre 1940 et 1945, dans la plus grande indifférence. La Faim des fous veut les sortir de l’oubli en donnant la parole à leurs descendants et à des spécialistes. Un financement participatif vient d’être lancé sur Ulule pour payer, notamment, la post-production.

Faire Face : Quels objectifs souhaitez-vous atteindre avec ce film de 52 minutes ?

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 » C’est en discutant avec de nombreuses personnes en situation de handicap que l’idée de ce documentaire est venue.  » © Sandra Bigot

Franck Seuret : Mettre enfin dans les mémoires cet épisode tragique qui ne figure dans aucun manuel d’histoire, si ce n’est dans des ouvrages de spécialistes. Sur les 300 000 victimes civiles de la Seconde Guerre mondiale, 45 000 sont mortes de famine dans les hôpitaux psychiatriques, entre 1941, année de la mise en place du rationnement, et 1945. Elles doivent sortir de cet l’oubli collectif.

Nous voulons aussi expliquer vraiment ce qui s’est passé et pourquoi. Ces personnes, coupées de leur famille, n’avaient pas accès au marché noir et leurs rations étaient loin d’être suffisantes. Elles vivaient dans un état de relégation total. S’il n’y a pas eu en France, comme en Allemagne, une politique d’extermination planifiée des personnes handicapées, le gouvernement les a abandonnées en ne prenant pas en compte leurs besoins spécifiques, à savoir des rations supplémentaires.

FF : Ne pensez-vous pas que ce phénomène de “mort sociale” existe encore aujourd’hui ?

F.S : Bien sûr ! Ce n’est pas du même ordre de grandeur mais comment expliquer autrement le décès de quelque 15 000 personnes lors de la canicule de 2003. Voilà à quoi aboutit la non-prise en compte des gens ayant des besoins spécifiques. D’ailleurs, c’est en discutant avec de nombreuses personnes en situation de handicap que l’idée de ce documentaire est venue. Comme un symbole de l’indifférence à laquelle elles se sentent toujours actuellement confrontées.

FF : Pourtant, François Hollande devrait accomplir un geste mémoriel, d’ici la fin de l’année, en l’honneur de ces 50 000 personnes.

F.S : Cela fait suite à la pétition, lancée fin 2013, par l’anthropologue et universitaire Charles Gardou. Elle demandait au président de la République un mémorial en l’honneur de ces victimes oubliées de la guerre de 39-45 et il a accepté. Plus de 80 000 personnes l’ont signée. Dans la foulée, le mouvement pour une société inclusive, qui appuie notre documentaire, a vu le jour. Ce monument sera une stèle sur le Parvis des droits de l’homme, Place du Trocadéro, à Paris.

FF : Ne disposant d’aucun document d’archives, comment allez-vous travailler pour construire votre film ?

F.S : Si cet épisode de l’histoire n’existe pas dans notre mémoire, il en va très souvent de même dans les familles des victimes. L’amnésie familiale s’inscrit dans l’oubli national. Elles ont donc dû faire de nombreuses recherches pour comprendre ce qui était arrivé à leur(s) proche(s). Nous allons donner la parole à ces descendants ainsi qu’à des spécialistes de ce sujet. Il s’agit de replacer les parcours personnels dans l’histoire collective.

FF : Pourquoi lancez-vous un financement participatif ?

F.S : Un documentaire basé uniquement sur des entretiens serait trop austère. Nous avons donc besoin de moyens pour pouvoir tourner dans le plus d’endroits possibles et travailler la post-production. Notre souhait est de faire un film accessible au plus grand nombre. Mais ce qui est sûr, c’est que quel que soit l’argent dont nous disposerons, ce film nous le ferons. Il en va du devoir de mémoire.

Propos recueillis par Valérie Di Chiappari

 

 

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