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Styliste médicale : un nouveau métier adapté au handicap
© David Delaporte

Styliste médicale : un nouveau métier adapté au handicap

Publié le 17 janvier 2017

Anne-Cécile Ratsimbason, 32 ans, a inventé le métier de “styliste médicale”. Elle réalise des vêtements et accessoires convenant à diverses pathologies et handicaps. Des créations sur mesure pour doper l’estime de soi et faciliter la vie.

© David Delaporte

Les vêtements d’Anne-Cécile Ratsimbason sont faits pour les personnes utilisant un appareillage mobile, notamment. © David Delaporte

Faire Face : Comment est né votre projet ?
Anne-Cécile Ratsimbason : De mon double parcours de patiente et styliste. Entre 19 et 29 ans, j’ai dû porter un corset orthopédique pour soigner une scoliose et deux hernies discales. En parallèle, j’ai suivi des études d’art et de stylisme.

En 2014, alors que je démarrais ma carrière dans le prêt-à-porter, mon médecin rééducateur du dos m’a lancé un défi : celui de créer des vêtements à la fois jolis et adaptés. Il a alors mis à ma disposition une pièce dans son cabinet à Nice.

Chaque mercredi, je recevais des adolescentes, je discutais longuement avec elles pour adapter le vêtement à leur pathologie, pour choisir les matières et les couleurs. Je concevais ensuite une pièce sur mesure pour qu’elles se sentent bien et acceptent de porter le corset.

FF : Aujourd’hui à quels patients s’adressent les vêtements que vous dessinez, fabriquez et commercialisez ?
A-C.R : À des patients de tous âges atteints de diverses pathologies ou d’un handicap utilisant un appareillage mobile (fauteuil roulant, béquilles, déambulateur…). Ils sont aussi destinés aux personnes suivant un traitement exigeant l’utilisation de matériel (sonde, perfusion, pompe…).

« Je travaille aussi pour des personnes dont la maladie a entraîné une prise de poids importante. »

Je travaille aussi pour des femmes qui souffrent d’un lymphodème suite à un cancer et dont l’un des membres peut être très enflé et des personnes dont la maladie a entraîné une prise de poids importante ou qui portent une poche de stomie. Les médecins et l’hôpital me contactent lorsqu’un patient accepte mal son traitement mais je reçois aussi des commandes de personnes bien dans leur peau, sportives ayant une sonde, par exemple, et souhaitant porter des vêtements adaptés.

© DR

Chaque patient décrit son quotidien et la styliste conçoit un modèle fait pour lui. © DR

FF : Comment les concevez-vous ?

A-C.R : Quand les professionnels m’envoyent la charte médicale avec la description précise des éléments à inclure dans ma création, je rencontre le patient ou ses parents s’il s’agit d’un enfant. Il me décrit son quotidien, ses besoins et ses envies. Je mixe le tout pour créer le vêtement puis je le teste et l’améliore. Ensuite, quand les médecins le valident, je le commercialise.

J’adapte mes tarifs au budget de mes clients, je négocie des remboursements avec l’Assurance maladie et les prestataires de santé. J’ai ainsi obtenu la confiance de plusieurs d’entre eux pour la prise en charge d’accessoires adaptés aux pompes à insuline dans le cas d’un diabète de type 1.

« À plus long terme, je ferai appel à des Ésat pour les commandes importantes. »

FF : Votre entreprise souffle ses deux bougies, quel est votre bilan ?

A-C.R : Positif ! Après avoir décroché, en 2015, le grand prix du Sénat Talents des Cités, ouvert aux jeunes créateurs des quartiers populaires, j’ai aujourd’hui acquis la confiance du monde hospitalier. J’ai d’ailleurs reçu le Prix des Professionnels de la Fondation Cognacq-Jay.

Je travaille aussi avec le monde associatif. L’Espoir De Flavio à Grasse qui soutient des enfants souffrant d’une amyotrophie spinale et leur famille m’a demandé de créer une ligne de vêtements pour ces enfants aux muscles faibles, en danger à cause du moindre coup de froid.

FF : Quels sont vos projets ?

A-C.R : À plus long terme, je ferai appel à des établissements et services d’aide par le travail (Ésat) pour les commandes importantes. Je démarre aussi une petite ligne de mobilier adapté et sur mesure simple en bois ou en métal. Plus tard, je travaillerai volontiers avec des ingénieurs pour intégrer des capteurs dans les textiles pouvant aider à surveiller certaines données médicales.

Propos recueillis par Katia Rouff-Fiorenzi

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