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500 000 demandeurs d’emploi handicapés : « Je n’ai pas fait des études pour mettre des boulons dans des boîtes. »
Loïc Brissaud : « Ce qui bloque, c'est mon problème d'élocution et ma lenteur au niveau de la frappe sur ordinateur. » © Franck Seuret

500 000 demandeurs d’emploi handicapés : « Je n’ai pas fait des études pour mettre des boulons dans des boîtes. »

Publié le 30 mars 2017

PRÉSIDENTIELLE 2017. Bien que titulaire d’un BTS compta-gestion, Loïc Brissaud ne trouve pas d’emploi en milieu ordinaire. Mais il ne se résigne pas à s’orienter vers le milieu protégé. Sous le quinquennat Hollande, le nombre de demandeurs d’emploi a quasiment augmenté de moitié.

Loïc Brissaud a pourtant mis toutes les chances de son côté. Il a suivi des études supérieures en alternance, obtenu un BTS comptabilité-gestion, envoyé plus de 200 CV… En vain : ce Lyonnais de 30 ans, infirme moteur cérébral, est au chômage. Comme plus de 486 000 demandeurs d’emploi en situation de handicap, en septembre 2016 (derniers chiffres disponibles). Un record.

8,4 % des demandeurs d’emploi sont handicapés

Sous le quinquennat de François Hollande, leur nombre a augmenté de 46 %. Soit presque deux fois plus vite que celui de l’ensemble des demandeurs d’emploi. Résultat : les personnes en situation de handicap représentent 8,4 % des inscrits à Pôle emploi contre 7,2 %, cinq ans plus tôt.

L’âge élevé et le faible niveau d’études n’expliquent pas tout

Certes, ces demandeurs d’emploi handicapés sont plus âgés : environ la moitié (47 %) ont au moins 50 ans, deux fois plus que dans l’ensemble des demandeurs d’emploi. Ils sont également moins diplômés : un quart (26 %) ont un niveau de formation inférieur au CAP, contre 17 %.

Mais ce double frein à l’embauche ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Sinon Loïc Brissaud, jeune et diplômé, aurait trouvé un emploi depuis longtemps… En cause, également : les clichés sur les travailleurs handicapés, le manque d’effectifs des organismes de placement spécialisés Cap emploi, l’inadéquation entre l’offre et la demande, etc.

Trop lent pour travailler en milieu ordinaire

« Ce qui bloque, c’est mon problème d’élocution et ma lenteur au niveau de la frappe sur ordinateur », avance-t-il. Sa conseillère Cap emploi lui suggère d’aller vers le secteur protégé ou adapté. Une perspective qui ne l’enchante guère et à laquelle il ne s’est pas résolu jusqu’à présent : « Je me vois mal, avec un BTS, faire du travail à la chaîne. Je n’ai pas fait des études pour mettre des boulons dans des boîtes. »

Pas assez d’aides au poste pour les entreprises adaptées

Certes, les entreprises adaptées offrent des perspectives plus intéressantes que Loïc Brissaud l’imagine. Mais les opportunités restent limitées : elles emploient seulement 26 000 salariés handicapés.

De plus, le nombre d’aides au poste, dont elles ont besoin pour compenser la moindre productivité de leurs travailleurs handicapés et donc embaucher, a faiblement augmenté depuis 2012. En cinq ans, le ministère des Finances ne leur en a alloué que 3 000 supplémentaires.

Agefiph et FIPHFP, un modèle en crise

Plus généralement, le quinquennat de François Hollande aura été marqué par l’absence de politique d’emploi en faveur des travailleurs handicapés. Alors que le nombre de demandeurs d’emploi a explosé, aucun plan d’action spécifique n’a été lancé.

Ses gouvernements n’ont rien entrepris, en outre, pour réformer le mode de financement des Fonds pour l’insertion des personnes handicapées – l’Agefiph pour le privé et le FIPHFP pour le public. Pourtant, ce modèle s’avère à bout de souffle. Le gouvernement a même accentué leurs difficultés en ponctionnant de l’argent dans leurs réserves.

1 500 personnes dans le dispositif emploi accompagné

Maigre consolation, la loi El Khomri sur le travail a donné un cadre légal à l’emploi accompagné. Ce dispositif permet aux travailleurs ayant besoin d’être accompagnés pour trouver et conserver un emploi en milieu ordinaire de bénéficier d’un suivi médico-social au long cours. En 2017, 1 500 personnes devraient en bénéficier, selon le ministère des Affaires sociales.

Mais pas Loïc Brissaud, qui regrette d’être aussi mal récompensé de ses efforts. « Il ne faut pas motiver les gens à faire des études s’il n’y a rien derrière. » Franck Seuret

7 commentaires

  1. voilà 5 ans de vacances forcées suite à des soucis de santé
    en juillet 2015 cap emploi à lyon me propose un poste en comptabilité tiers dans une entreprise adaptée qui devait se créer
    entretien tests et information, tout est positif
    et commence une attente et toujours des excuses pour repousser le commencement
    j’ai recontacté à 5 reprises cette entreprise adaptée et attente sur attente
    cap emploi aussi me répond de voir avec eux donc il s’en foutait de savoir si les 6 autres et moi on travaillait bien !!!
    dans leurs stats on travaille surement !!!
    le dernier message de bytheway cette fameuse société est éloquent le 29 mars 2016 « pas de postes pour vous »
    entretemps j’ai pu travailler de mi janvier 2015 à mi février 2015 pour un cae au siège de léo lagrange et là aussi c’est iréél ce qui s’est passé
    recruté par la directrice comptable ma première mission c’était de mettre à jour des dossiers de subvention et faire du lettrage et lister les documents manquants (j’avais deux mois pour le faire !!)
    au bout de trois semaines c’était fait et je devais faire le point au retour des vacances de la directrice comptable !!
    j’ai demandé à avoir du travail à chaque fois que j’avais fini une tâche
    au cours de ce temps j’ai du faire face aux grêves de la sncf mais j’étais toujours à l’heure et même parfois j’attendais à la porte qu’une personne vienne m’ouvrir (pas encore de badge!!)
    et l’invraisemblable se produisit
    prétextant un manque de motivation (??????) la directrice des ressources humaines met fin à ma période d’essai !!!!!
    comment, par ses deux exemples ne pas être dégouté de donner le meilleur de soi !!
    que ce soit cap emploi ou léo lagrange ils sont coupables de m’avoir trompé et de m’avoir utilisé !!

  2. jean-christophe guillot

    essaie de te reconvertir…
    je suis un peu dans le même cas que Loïc :

    on te colle une étiquette
    – niveau d’études
    – amalgames entre handicap physique et capacités mentales, lenteur et compétence etc, position sociale et aptitude.

    un exemple, tu as eu un accident de la vie qui t’a handicapé.

    avant le jour de l’accident et après, tu es le même et on te considère tout à fait différemment.

    résultat on me prenait pour une bille; j’ai dû retourner à l’école et (gaspillage de temps et énergie – un de tes besoins) et là à l’école (presque les mêmes…) on te demanderait presque ce que tu fous là

  3. Je pense pas qu’il faut attendre les présidentielles pour avoir une amélioration au niveau de l’emploi et de l’AHA.
    Pour ma part je suis handicapé à plus de 80%
    J’ai travaillé plus de 40 ans et je touche une pension de retraite de 836£ par mois sans augementations depuis 5 ans je touche ni l’AHA ni de prestations sociales.

  4. Je voterai pour le candidat qui prendra en compte cette contrainte de réalité dans son programme.
    A ce jour, je n’en vois pas.
    Des électeurs au rabais…C’est honteux.

  5. https://youtu.be/-8a_ChT1-fo voila comment cap emploi repond pour les personnes handicapes

  6. Cap Emploi tout comme Pôle Emploi ne servent à rien, mais je me demande si leurs conseillers ne font pas du favoritisme pour aider certains demandeurs d’emploi et pas d’autres ou si ils n’aident pas carrément leurs amis ou les membres de leurs familles à trouver un emploi en laissant les autres se demerder seuls, depuis que je suis inscrite, ils n’ont strictement rien fait pour moi.

  7. Si Cap Emploi voulait vraiment aider les handicapés, ils commenceraient à embaucher des conseillers handicapés, ne me dites pas que des conseillers handicapés, ça n’existe pas, ce n’est pas leur vocation d’aider les handicapés ou les autres demandeurs d’emploi, ils font ça pour le salaire, ils s’en foutent qu’on ne trouve pas d’emploi.

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