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Un programme pour identifier des victimes handicapées du régime nazi
Ce n'est qu'en 2014 qu'un mémorial aux victimes handicapées du régime nazi a été inauguré à Berlin. © Stiftung Denkmal, Marko Priske

Un programme pour identifier des victimes handicapées du régime nazi

Publié le 9 mai 2017

Un grand institut de recherche allemand va tenter d’identifier des échantillons de cerveaux humains. Ils avaient été prélevés sur des personnes handicapées pendant la Seconde Guerre mondiale. 300 000 ont été exterminées par le régime nazi entre 1939 et 1945.

Le programme d’extermination nazi des personnes handicapées n’a pas encore livré tous ses secrets. Cinq chercheurs vont démarrer en juin l’identification de milliers de coupes de cerveaux de victimes. Ces tissus biologiques ont été retrouvés dans les réserves de la société Max Planck pour le développement des sciences, un grand organisme de recherche allemand.

70 000 personnes handicapées gazées

En octobre 1939, Hitler lance l’opération secrète d’élimination des personnes handicapées accueillies dans des institutions. C’est l’Aktion T4. Quelque 70 000 personnes seront gazées dans le cadre de ce programme d’euthanasie avant qu’il ne soit officiellement stoppé, en août 1941, sous la pression du clergé et de l’opinion publique.

L’épuration va toutefois se poursuivre sous d’autres formes – injections mortelles, restrictions de nourriture, etc. Au total, près de 300 000 citoyens en situation de handicap ont été exterminés, entre 1939 et 1945, en Allemagne et dans les pays d’Europe de l’Est occupés.

Des coupes de cerveaux ont été retrouvées dans les réserves de la société Max Planck.

Tous les échantillons humains n’ont pas été enterrés

En 1989, la société Max Planck décide d’enterrer tous les échantillons humains, qu’elle conserve à des fins de recherche, suspectés de provenir de victimes des programmes d’extermination nazis. Mais en 2015 des coupes de cerveaux sont retrouvées dans ses réserves. Et un audit interne a, depuis, permis d’en recenser d’autres qui auraient dû être inhumés.

Une base de données sur les victimes identifiées

La direction vient donc d’annoncer le lancement d’une grande étude. Les chercheurs seront chargés d’identifier l’identité des personnes dont proviennent ces tissus, la manière dont ils ont été utilisés à des fins scientifiques, etc. Une base de données de victimes sera créée. Elle contiendra des données biographiques, les critères sur lesquels elles ont été sélectionnées, etc. À l’issue de ce programme de trois années, ces échantillons seront « enterrés dignement ».

Un travail de mémoire trop tardif

« Le travail de mémoire, après guerre et bien au-delà, a malheureusement été marqué par le déni de la part de nombreux responsables et par l’indifférence envers les victimes », regrette Martin Keck, le directeur de la clinique de l’Institut Max Planck pour la psychiatrie de Munich, interrogé par Der Spiegel, un quotidien allemand. Il aura ainsi fallu attendre 2014 pour qu’un mémorial dédié aux 300 000 personnes handicapées exterminées par le régime nazi soit inauguré à Berlin. Une reconnaissance bien tardive. Franck Seuret

45 000 internés morts de faim en France

En France, 45 000 personnes internées dans les hôpitaux psychiatriques sont mortes de faim entre 1940 et 1945. Un programme d’extermination ? Non, elles ont été victimes de l’application, uniforme et sans discernement, du rationnement alimentaire. Ces rations, instaurées en 1940 dans tous le pays, étaient insuffisantes pour assurer les apports indispensables. Mais alors que ces patients étaient enfermés dans des lieux clos, sans aucune possibilité de compléter eux-mêmes leur alimentation, leur situation particulière n’a pas été prise en compte par Vichy. Cette indifférence les a conduits à la mort.

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