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« Bien accompagnés, 80 % de salariés en risque d’inaptitude peuvent continuer à travailler. »
Alain Jabes : « Il faut bien évidemment respecter l'arrêt de travail mais proposer au salarié en risque d'inaptitude d'être accompagné le plus précocement possible. »

« Bien accompagnés, 80 % de salariés en risque d’inaptitude peuvent continuer à travailler. »

Publié le 16 novembre 2017

C’est une véritable épidémie. Un salarié sur cent du secteur privé est déclaré inapte à son poste chaque année. Deux fois plus qu’il y a vingt ans. Pour Alain Jabes, médecin du travail et co-fondateur du cabinet conseil ALJP, il est possible de favoriser le maintien dans l’emploi. En proposant un accompagnement précoce et interdisciplinaire.

Faire Face : Pourquoi l’inaptitude progresse-t-elle ?

Alain Jabes : Chaque année, rien que dans le secteur privé, 180 000 à 200 000 personnes sont reconnues inaptes à leur poste. Soit un salarié sur cent. C’est deux fois plus qu’il y a vingt ans. Cette progression de l’inaptitude est liée à la forte intensification du travail, sans reconnaissance du travail accompli. En clair, les employeurs en demandent plus aux salariés. Ils doivent être plus productifs, plus réactifs… et s’usent donc plus vite.

D’autres raisons s’y ajoutent : le vieillissement des salariés, le recul de l’âge de la retraite, l’augmentation régulière des maladies professionnelles et, paradoxalement, les progrès de la médecine. Il y a quelques années, des personnes victimes d’un cancer ou d’un accident cardiaque ou vasculaire cérébral n’étaient pas capables de retravailler. Aujourd’hui, elles le peuvent, sous réserve toutefois que leur poste soit adapté à leurs capacités.

« Il faut pouvoir se projeter dans un avenir social et professionnel. »

FF : Comment favoriser le maintien dans l’emploi  ?

A.J : Une personne en arrêt pendant six mois a un risque sur deux de ne jamais reprendre le travail. Au bout de deux ans, le nombre des reprises est quasi nul. Il faut bien évidemment respecter l’arrêt de travail. Mais nous devons aussi proposer à ce salarié d’être accompagné, lui redonner confiance, le plus précocement possible.

Alain Jabes identifie au moins deux impératifs pour favoriser le maintien dans l’emploi : un accompagnement précoce et interdisciplinaire.

Le but est qu’il puisse se projeter dans la possibilité d’un avenir social et professionnel. Pourtant, très souvent, cette question du travail est repoussée à plus tard par les soignants. Cette incertitude est source de stress prolongé qui nuit au processus de guérison ou de rémission.

« L’insertion professionnelle des patients doit être une priorité. »

L’insertion professionnelle des patients doit être une priorité au même titre que la mise en place du protocole de soins car elle augmente les chances de guérison. En juin 2011, la Haute autorité de santé a d’ailleurs recommandé la mise en place d’une démarche précoce d’insertion socioprofessionnelle dans les établissements de soins de suite et de réadaptation spécialisés. Ce que font ceux du réseau Comète, par exemple.

Deuxième point essentiel : il faut que ce travail se fasse de manière interdisciplinaire. Aujourd’hui, le salarié en arrêt rencontre une foule de professionnels. Ils veulent certes œuvrer pour son bien-être mais tiennent chacun leur propre discours et l’ensemble manque de cohérence. Ce qui empêche alors la personne de se reconstruire. Or, tous les acteurs impliqués dans le parcours de la personne, qu’ils viennent des champs médical, social ou professionnel, doivent travailler ensemble et être formés pour cela.

« Fusionner Cap emploi et Sameth va dans le bon sens. »

FF : Est-ce que cet accompagnement précoce et ce travail interdisciplinaire se pratiquent déjà ? Avec quels résultats ?

A.J : Oui, certaines cellules de maintien dans l’emploi travaillent de cette manière. Elles obtiennent de très bons résultats. S’ils sont bien accompagnés, 80 % des salariés en risque d’inaptitude au poste peuvent continuer à travailler. Certains sur le même poste, avec des aménagements. D’autres sur un autre poste chez le même employeur. D’autres dans une nouvelle entreprise et, parfois, en création d’entreprise.

Mais c’est loin d’être la norme. Aujourd’hui, trop souvent encore, l’inaptitude au poste débouche sur un licenciement sans aucune perspective d’avenir.  C’est d’autant plus dommageable pour ces salariés et leur entreprise que les enquêtes démontrent la validité médicale et économique de ces accompagnements précoces*.

FF : Le 1er janvier 2018, les Sameth et les Cap emploi vont fusionner. Est-ce que cela va favoriser le travail interdisciplinaire que vous appelez de vos vœux ?

A.J : Les Cap emploi aident les personnes handicapées à trouver un emploi. Les Sameth les accompagnent pour le maintien dans l’emploi. La coexistence de ces deux organismes aux missions différentes mais complémentaires contribue au “saucissonnage” des parcours. Les fusionner va donc dans le bon sens. Sous réserve que cela ne s’accompagne pas d’une réduction de leurs moyens d’intervention. Propos recueillis par Franck Seuret

* Modèle de Sherbrooke (Canada) ou Programme Lombaction (France)

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