06/01/2012
Toutes les Femmes s'appellent Marie de Régine Deforges : chemins de croix
Présenté comme un roman « d'engagement », le dernier opus de Régine Deforges, sorti hier aux Éditions Hugo & Cie, nous convie à suivre le chemin de croix de Marie. Marie, veuve et mère d'un garçon handicapé mental, confrontée à ses besoins et désirs sexuels, face auxquels ni médecin, ni curé, ni prostituées ne peuvent apporter de réponse satisfaisante. Elle finira par « se donner » à son fils dont elle attendra un enfant. Puis, telle Médée, les empoisonnera, elle et lui.
Après les médias qui se sont emparés ces derniers mois de la question de la sexualité des personnes handicapées et de son corollaire, celle des aidants sexuels, les voici donc posées dans un roman. Intéressant pour sensibiliser le grand public à un sujet tabou, ô combien délicat. Sauf qu'il faudrait pour cela savoir créer l'empathie entre le lecteur, l'héroïne et son fils. Mais Toutes les Femmes s'appellent Marie offre une vision tellement caricaturale du handicap mental, des désirs, de la relation mère-enfant que, dès les premières pages, le chemin de croix de Marie devient le calvaire du lecteur.
Litanie de clichés
Ainsi de la nuit où mère et fils font l'amour : « Il s'avança. Ce n'était plus mon fils que j'avais devant moi mais un homme dont le désir se dressait impérieux. (...) Il m'a fait l'amour maladroitement. Il a joui rapidement. (...) J'ai hurlé de désespoir et de plaisir quand il s'est répandu en moi. (...) Au matin, mon sexe était douloureux tandis que le sien se dressait avec orgueil. » Les amateurs de la collection Harlequin apprécieront.
Le lecteur parcourt ainsi un texte sans style, s'étonne des répétitions, s'agace des nombreux clichés, cherche à comprendre la psychologie des personnages aussi fine qu'une hostie et tombe en consternation face à un homme handicapé mental réduit à son sexe turgescent. Sur son chemin de croix, aucun personnage secondaire pour l'aider à se relever. Leur récit de l'histoire, racontée à plusieurs voix (le médecin, sa femme, le curé...), se résume à un rapport circonstancié des événements, créant une pénible sensation de répétition.
Quant au constat de Régine Deforges en fin d'ouvrage « Ce n'est pas avec ce petit livre que je vais aider à faire cesser cet état de choses. Peut-être, cela va-t-il les aggraver (...) », il sonne comme une prophétie. Valérie Di Chiappari
12:16 Publié dans Vie affective et sexuelle | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : regine deforges, toutes les femmes s'appellent marie, chemin de croix, assitance sexuelle, aidants sexuels |
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Commentaires
J'ai écouté Régine Desforges ce matin sur France Musique et ai été profondément choquée par les adjectifs utilisés pour qualifier sa tante et son cousin; ( et ce sans que ses propos soient repris par le journaliste)
"mongolienne" et "idiot".
Je suis très sensible au vocabulaire concernant le handicap et exigeante aussi : personne en situation de handicap, personne porteuse de trisomie 21, ayant des séquelles de ... ne réduisant ainsi pas la personne à son handicap, c'est évident mais mérite à chaque fois d'être rappelé.
L'inceste est un crime contre l'humanité et ce qu'écrit Régine Deforges , n'est ce pas la négation de la personne en situation de handicap aboutissant logiquement à cette issue du livre , une réflexion approfondie eut été un préambule nécessaire, cela fait des années que le débat est enfin ouvert sur la sexualité des personnes en situation de handicap, c'est dommage de ne pas y participer , en profondeur,surtout quand il s'agit d'une auteure reconnue pour traiter ce genre de sujet",
Écrit par : LAINE | 06/01/2012
Une réaction au commentaire de LAINE, par rapport aux adjectifs qu'a utilisé Régine Deforges. Je ne suis pas surprise qu'ils fassent réagir, je m'étonnais même que ça ne soit pas arrivé avant.
Il y a encore 20 ans, parlait-on de personnes trisomiques ? Très peu ! Tout le monde parlait bien de "mongoliens", sans forcément que ça soit péjoratif d'ailleurs. Le terme "idiot" est également dans la même logique. De même aujourd'hui, on ne peut plus parler de "vieux", il faut utiliser le terme "senior" qui m'horripile ! On nage dans le politiquement correct que ça en devient grotesque.
Écrit par : Isabelle Lorédan | 07/01/2012
Je suis entièrement d'accord avec Laine , j'ai également écouté cette auteure parler sur France musique et j'ai été choquée d'entendre "mongolienne et idiot" , c'est tellement dégradant comme terme et une femme de lettres au vocabulaire riche ne devrait pas les employer .
Écrit par : Nany | 15/02/2012
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