07/01/2011

Roselyne Bachelot «rigoureusement opposée» à l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap

La ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot a pris, hier, position sur la question de l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap : elle s'y est déclarée « rigoureusement, formellement, totalement opposée ». Interrogée lors de la conférence de presse qui a suivi la présentation des grandes orientations de son ministère pour 2011, la ministre répondait à une question pour savoir si elle soutiendrait une proposition de loi portée par le député UMP Jean-Francçois Chossy (qui avait été également le rapporteur de la loi de 2005 à l'Assemblée) visant à permettre de créer, en France, un statut d'assistant sexuel. Un tel statut existe notamment aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse.

Comme argument à sa position, Mme Bachelot a déclaré : « Vous pensez que la ministre en charge des droits des femmes va soutenir un truc pareil ? », selon des propos rapportés par l'Agence France Presse. Elle a réitéré son opposition ce matin, vendredi 7 janvier, sur Europe 1.

Une réponse pour le moins abrupte et rapide qui, dans le meilleur des cas, ne fait que souligner une certaine méconnaissance du sujet. Cet argument sous-entend que l'émergence, dans notre pays, d'assistants sexuels menacerait les droits des femmes. Parce que pour les opposants à l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap, les assistants sexuels ne sont ni plus ni moins que des prostitués puisqu'ils proposent une prestation sensuelle ou sexuelle tarifée.

A la menace des droits des femmes, il peut être partiellement répondu que les assistants sexuels sont aussi des hommes. Et que donc la question ne peut se résumer à une simpliste attaque contre les femmes.

A la question de la prostitution, que les assistants sexuels sont des personnes rigoureusement formées, encadrées et suivies dans leurs pratiques (ce qui n'est pas le cas des prostitués), qu'ils ont par ailleurs un métier, une vie de couple et parfois de famille. Et que le raccourci assistants sexuels = prostitués est un peu rapide.

La question de l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap va être au cœur de l'actualité des prochains mois. Oui, elle soulève de nombreuses questions humaines, éthiques et sensibles. Au regard de l'actualité de ce sujet, votre magazine Faire Face a décidé d'engager la réflexion. Notre dossier de février sera entièrement consacré à l'accompagnement sexuel. Il fera le point  sur :

-          où on en est en France sur cette question, les initiatives parlementaire et associative dans ce domaine ;

-          comment sont formés les assistants sexuels en Suisse et ce qu'ils/elles peuvent proposer, pourquoi ils le font et comment ;

-          les arguments du Mouvement du Nid, opposé à un tel service ;

-          et enfin des témoignages de personnes en situation de handicap qui ont fait appel à des assistants sexuels.

Cette question nous interroge tous, handicapés ou pas. Elle nous interpelle dans ce que nous avons de plus intime et de plus sensible. Alors il faut aller au-delà des raccourcis trop rapides, tenter de comprendre pourquoi des associations, dont l'APF, des parlementaires et d'autres acteurs de la société civile se mobilisent pour qu'un jour, la création d'un service d'accompagnement sexuel puisse voir le jour chez nous. Des acteurs qui, eux aussi, tout comme la ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale ont à cœur les droits des femmes et de tous les citoyens !

V.DC

05/08/2009

Tribune contre manifeste en faveur de l'accompagnement sexuel

Dans une tribune publiée mardi 4 août sur le site Internet de Libération, Claudine Legardinier, journaliste, Malka Marcovich, historienne, Sabine Salmon, présidente nationale de Femmes solidaires et Anne Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, dénoncent les dernières lignes du manifeste "Tous solidaires avec les personnes handicapées", publié sur le site de l'hebdomadaire l'Express. Des lignes qui mettent en avant le droit à une vie affective et sexuelle pour les personnes en situation de handicap, un droit revendiqué par le Collectif Handicaps et Sexualités créé en mars 2008 et dont fait partie l'APF.

Selon elles, les signataires de ce manifeste, appelés à prendre position sur la question de l'emploi, des ressources, de l'accessibilité, de l'éducation... en faveur des personnes en situation de handicap ont été entraînés « dans une embuscade », en ne lisant pas bien les petites lignes réservées à la vie affective et sexuelle. Dans leur tribune, elles s'opposent à la mise en place de services d'accompagnants sexuels en France, soulignant qu'une nouvelle fois « (...) les femmes vont payer la note. Renvoyées au sacrifice, à la générosité dont elles sont si prodigues, trouvant une solution au chômage dans un nouveau "métier de service" ». Elles n'y voient qu'une forme déguisée de prostitution, comme c'est le cas de toutes les associations farouchement opposées à la mise en place de ce type d'accompagnement, le mouvement du NID en tête.

L'accompagnement sexuel autorisé en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Danemark, demeure à l'état de réflexion en France et le débat est vif entre ses opposants et ses défenseurs qui revendiquent le droit à compensation des conséquences du handicap y compris dans le domaine de la vie affective, sentimentale et sexuelle (Le supplément Faire Face Paratétra de septembre proposera un article sur ce sujet.). Cette tribune en est une nouvelle illustration.