03/01/2011

Cotillons, réveillon, discrimination

Danièle-et-Sébastien-Mertel.jpgAndy Warhol l'avait prophétisé : « À l'avenir, chacun aura son quart d'heure de célébrité mondiale. » En ce changement d'année, c'est au tour de Sébastien Mertel (avec sa mère sur la photo). Malheureusement, cette éphémère gloire médiatique (Europe 1, TF1,...) n'est pas due à ce qu'il a accompli mais... à ce qu'il n'a pas fait. Ou plutôt pas pu faire.

En effet, ce jeune homme, atteint d'un handicap moteur, ne sera pas allé réveillonner là où il le désirait. La raison ? Le club de rencontres (l'association Club Effervescence à Dijon) à l'origine de la soirée de fin d'année convoitée par Sébastien, « n'acceptant pas les personnes handicapées ».

D'après la responsable, ce refus de participation n'en était pas vraiment un, juste « un moyen de le protéger ». Et d'argumenter sur le fait que de telles soirées, où prévaut « le look et le paraître », ne sont pas « des plus adaptées », que cela est « toujours compliqué pour les personnes qui ont un lourd handicap » car « on leur refuse de danser, on s'intéresse pas vraiment à elles, ce qui est difficile à vivre ». Ainsi, Sylvie Frelet, car tel est le nom cette personne si pétrie de bienveillance, voulait juste « éviter que ce garçon ressente du rejet » car « quand on a un handicap lourd, c'est super dur... » Elle récuse toute discrimination. Son interview à écouter ICI.

Inutile de préciser que cette dame ne connaît pas Sébastien. Dommage car elle se serait rendu compte que ce « garçon » (trentenaire cette année !), actuellement en centre de formation dans le domaine du tertiaire, est décrit comme « bien dans ses baskets, assumant son physique et prêt à affronter le monde ». Elle ne sait pas non plus de quel « handicap lourd » il souffre : en l'occurrence des séquelles d'un cancer ayant entraîné quelques lenteurs de déplacement et d'élocution ainsi qu'une hémiplégie de la face. Et encore moins ce que pense le "protégé-contre-son-gré" : « Comment je peux vivre les choses, c'est mon problème pas le sien. D'ailleurs comment peut-elle me juger alors qu'elle ne m'a jamais vu ? » Sébastien Mertel a saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde).

Andy Warhol disait aussi : « N'importe quelle publicité est une bonne publicité. » Espérons donc que la pathétique mésaventure de Sébastien, ainsi rendue publique, contribuera à faire évoluer les mentalités. O.CF

Crédit photo : © Marie MORLOT/LE BIEN PUBLIC