01/10/2011
« En Afrique, le tabou social autour du handicap est violent »
Le photographe Malik Nejmi, 38 ans, s'est encore récemment fait remarquer aux dernières Promenades photographiques de Vendôme pour la manière dont il a traité un sujet difficile : l'Afrique et le handicap. À travers une exposition intitulée À l'ombre de l'enfance, il y a montré son travail auprès des enfants de la pouponnière de Bamako au Mali et du centre Sherp au Kenya. La justesse de son approche et sa dimension anthropologique amènent une autre manière de voir le handicap. « Oui, les enfants ont une vie. Ils s'appellent Draba, Mamamadou, Peter, Karani...et je vous montre leur quotidien... et toutes les images que je vous montre sont passées entre leurs mains. Il y a des traces de doigts sur mes photos, ça change ! », revendique-t-il. Entretien.
Pourquoi avoir choisi de travailler sur le thème des représentations du handicap en Afrique ?
Il s'agit tout d'abord d'une rencontre émouvante avec l'association Leo et sa directrice, Juliette Soto. Alors que j'étais au Mali pour y faire un atelier photo, elle m'a amené à la Pouponnière où se trouve un groupe d'enfants orphelins handicapés. La première impression fut très dure, voire violente. Puis, en discutant sur l'historique du handicap en Afrique, en me documentant, je me suis très vite rendu compte que les sociétés rurales ne peuvent pas gérer le handicap d'un enfant. Dans des villes comme Bamako, des femmes, montées à la capitale pour constituer leur trousseau de mariage, se retrouvent enceintes et, pour chasser la honte, prennent des médicaments très forts pour tuer l'enfant dans leur ventre...ce qui donne des cas d'infanticides réguliers ou de malformations lorsque les enfants naissent.
J'ai voulu essayer de comprendre comment un peuple nomade, comme les Samburu (Masaï du Nord Kenya) perçoit le handicap. Le territoire, les déplacements, influent sur les abandons. Sans parler, bien évidemment, de la pauvreté. Mais, au delà, il y a un contexte traditionnel, des tabous, des croyances qui considèrent le handicap comme une malédiction, un péché. Souvent, ce sont les mères qui sont blâmées et exclues du groupe, du village.
09:18 Publié dans Culture, loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : afrique, malik nejmi, promenades photographiques de vendome, kenya |
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