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Assistance sexuelle : le Comité consultatif national d’éthique rend un avis défavorable et à charge

Saisi en 2011 par Roselyne Bachelot, alors ministre des Solidarités et de la cohésion sociale, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu public, hier, un avis négatif sur la question de l’assistance sexuelle en France. Un avis curieusement daté du 27 septembre 2012 et fondé sur l’audition d’associations représentatives des personnes handicapées ainsi que des porte-paroles du mouvement du Nid qui milite pour une société sans prostitution. Avis consultable sur son site internet.

D’emblée, le CCNE précise avoir mené sa réflexion sur une question [celle de la sexualité des personnes handicapées] qu’il est « important de prendre en compte, même si c’est une question dérangeante car intéressant un domaine considéré comme relavant de la vie intime et privée ».

Que retenir des 14 pages de cet avis ? D’abord, son contenu moralisateur. La sexualité n’y est envisagée principalement que sous l’angle d’une « relation interpersonnelle, plus souvent désirée que la sensation sexuelle en elle-même ». Et de préciser : « On ne saurait parler de sexualité sans souligner l’importance des liens affectifs et de la relation amoureuse. » Certes, mais de là à en déduire que pour avoir une relation sexuelle, il faut donc s’aimer, il n’y a qu’un pas que le CCNE franchit sans souci. Dans ce contexte, logique qu’il s’oppose à la mise en place de services d’assistance sexuelle en France, même s’il reconnaît que « pour la personne atteinte d’un lourd handicap moteur, il peut y avoir une impossible « technique » qui rend difficile l’accès au corps, le sien ou celui d’autrui ».

Laisser les personnes handicapées avec leurs frustrations et ne pas en rajouter d’autres

Ensuite, son contenu partiel, voire partial et réducteur. « Délivrer un service sexuel à la personne handicapée entraîne des risques importants de dérives », souligne le CCNE, mettant en avant que les bénéficiaires sont des personnes « vulnérables et susceptibles d’un transfert affectif envers l’assistant sexuel possiblement source de souffrance (…). » Mais pour lui, il s’agit surtout de ne pas ajouter de nouvelles frustrations aux anciennes : « L’assistant sexuel, éventuellement sollicité par opposition à l’équipe soignante, pourrait n’être pas en mesure de répondre à tout besoin ressenti ou exprimé d’acte sexuel et pourrait, de ce fait, contribuer à créer de nouvelles frustrations et de nouvelles souffrances. » Ce qui pourrait se résumer par : puisque l’on n’est pas sûr de mettre en place un service qui réponde à 100 % aux demandes exprimées, alors ne le mettons pas en place.

Sur la question de l’assimilation de l’assistance sexuelle à de la prostitution et de la nécessité d’aménager la législation sur le proxénétisme, la mise en relation de l’assistant sexuel et du bénéficiaire pouvant effectivement y être assimilé, le CCNE s’interroge sur le fait que « si une chose est interdite pour tout le monde [omettant de rappeler au passage que si le proxénétisme est interdit, la prostitution ne l’est pas], pour des raisons éthiques, il semble difficile d’envisager qu’elle soit autorisée dans le cadre d’initiatives individuelles et seulement au profit de certaines personnes ».

Il ne cite d’ailleurs qu’un seul témoignage d’une personne handicapée opposée à l’assistance sexuelle, repris d’un courrier des lecteurs de la revue Ombres et lumière, qui dit que pour elle ce serait « une discrimination de plus ». Ce qu’écrivent les personnes handicapées qui y sont favorables ne figure pas dans l’avis du CCNE.

Autre constat : l’avis, même s’il expose en plusieurs points la situation des personnes handicapées mentales, le fait comme si, elles n’avaient pas de désirs ni de besoins sexuels. Et de noter : « Les personnes présentant un handicap mental ont en général plus de problèmes relationnels que de problèmes sexuels. » C’est oublier ces personnes autistes, pour ne citer qu’elles, qui en arrivent parfois à s’automutiler le sexe, dont les exemples ont été rapportés à plusieurs reprises lors de conférences ou de colloques liés à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.

Développer l’accessibilité et la formation technique des professionnels

En conclusion ? Des arguments moult fois entendus chez les opposants de l’assistance sexuelle : l’État doit développer l’accessibilité de l’espace public [pour faciliter les rencontres sans doute], l’assistance sexuelle est une instrumentalisation du corps d’une personne pour la satisfaction personnelle d’une autre [le libre-arbitre n’existe donc pas], et il faut mieux former les professionnels du secteur médico-social à l’accompagnement des personnes handicapées sur les questions touchant à leur sexualité. Formation, précise le CCNE, qui doit avoir un côté « technique, comme, par exemple, faciliter l’accès à des moyens mécaniques de satisfaction sexuelle ».

Mais comme, malgré tout, la manipulation d’un sextoy ne sera guère utile à la personne que le handicap empêche d’accéder à ses organes génitaux et que les professionnels ne pourront pas aider deux personnes en situation de handicap lourd à faire l’amour, le problème reste entier.

Valérie Di Chiappari

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