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Près d'une personne handicapée sur deux estime que son quotidien ne s'est pas amélioré en dix ans.

Loi handicap : un sondage Ifop révèle de grands écarts de perception dans l’opinion

Personnes en situation de handicap, citoyens, élus que pensez-vous de la loi handicap de 2005 et de ses effets dix ans après ? L’enquête Ifop rendue publique mardi 10 février souligne de fortes disparités selon le public interrogé. Elle met également en lumière les avancées et les espoirs déçus, notamment face à un niveau de vie qui n’a pas progressé.

« Quels sentiments éprouvez-vous face à une personne handicapée ? » Dans l’enquête Ifop, menée de fin décembre dernier au 20 janvier, le grand public répond : de la solidarité (44 %), de la sympathie (38 %) et de l’impuissance (33 %). Interrogées sur leur ressenti face au regard porté sur elles, les personnes en situation de handicap (PSH) avancent de l’indifférence (43 %), de la gêne (42 %) et de la sympathie aussi (30 %). Le décalage est marqué même si la sympathie devient un point commun et que la pitié et le rejet sont relégués en fin de liste. Un petit progrès sans doute dix ans après la promulgation de la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Un « consensus » limité à la nécessité, la légitimé et la notoriété de la loi

Croiser les regards de l’opinion (personnes handicapées, grand public et élus) pour mesurer les effets d’un texte ambitieux : une bonne idée du Comité d’entente des associations représentatives de personnes handicapées et de parents d’enfants handicapés qui a commandé cette enquête. Résultat : sans trop de surprise, peu de points communs entre les trois cibles interrogées mais des écarts de perception plus ou moins forts selon que le handicap se vit au quotidien, s’observe ou demande de mettre en application la loi en question.
Toutes les personnes interrogées s’accordent sur la nécessité de ce texte législatif (97 % des PSH, 92 % du grand public et 96 % des élus) et sur sa légitimité. Autre point commun entre les trois publics : la notoriété de ce texte puisque 89 % des PSH le connaissent, 70 % du grand public et 50 % des élus (sic !) en ont entendu parler.  Mais le ʺconsensusʺ s’arrête là.

Des personnes handicapées très critiques

Les PSH interrogées portent un regard très critique sur les effets de la loi. À peine une sur deux (52 %) pense avoir vu sa vie quotidienne changer en mieux. Si elle est en situation de handicap moteur, ce chiffre descend à 49 %. Même attitude quand il s’agit de dire si la loi a entraîné une évolution des mentalités face au handicap. Mais dix ans cela suffit-il vraiment pour faire changer les comportements ?

Accessibilité et droit à compensation, les deux piliers du texte ne recueillent guère de satisfaits. Notée sur une échelle de un à dix, seule l’accessibilité aux services, structures de santé et lieux de loisirs atteint la moyenne auprès des premiers concernés. École, formations professionnelles et logement sont en dessous, avec un bonnet d’âne pour l’emploi (3,4/10). Côté compensation, la prise en charge des aides à l’autonomie ne satisfait qu’un peu plus d’un tiers des sondés (36 %) et seulement 7 % pensent qu’elle permet de faire face aux surcoûts liés au handicap et, dans une même proportion, de mener à bien les projets personnels.

Un niveau de vie toujours très insuffisant malgré la loi

Mais c’est surtout en matière de niveau de vie que les PSH interrogées restent les plus critiques : la loi ne les a pas aidées. Moins d’une sur cinq estime ainsi qu’il a progressé en dix ans et quasi une sur trois dit s’en sortir difficilement avec les revenus de son foyer. Confirmant le caractère impérieux de cette question des ressources, à la question « Et s’il fallait choisir un champ d’action prioritaire pour changer les choses », 46 % des PSH retiennent l’amélioration des ressources, juste derrière le changement des mentalités (5 2%). Pourtant, lors de la dernière Conférence nationale du handicap, le 11 décembre 2014, le sujet des ressources n’a fait l’objet d’aucune annonce majeure.

Un grand public davantage satisfait

D’une manière globale, le grand public se déclare davantage satisfait des effets de la loi, même si, çà et là, il rejoint le point de vue des PSH. Concernant le quotidien de ces dernières, 63 % des personnes valides interrogées pensent qu’il s’est amélioré. Elles font également preuve d’une plus grande clémence sur la question de l’accessibilité et de ses différentes déclinaisons (transports, loisirs, soins, école…) puisque une sur deux y voit des progrès. Sur la même échelle de un à 10, dans tous ces domaines, le grand public accorde une note supérieure à la moyenne ou la moyenne.
En revanche, il est plus inquiet que les PSH elles-mêmes quand il s’agit de juger l’évolution de leur niveau de vie. Neuf sondés sur dix estiment en effet que s’en sortir est très difficile ou difficile pour elles.

Des élus contents d’eux-mêmes et des avancées entraînées par la loi

Bien que perçus pour une écrasante majorité des sondés (80 %) comme n’en faisant pas assez pour le handicap, les élus (maires et conseillers généraux) s’adressent, sans trop de surprise, un satisfecit en complet décalage avec le ressenti de la population, personnes valides et handicapées confondues.
Ainsi, pour quatre élus sur cinq, la loi de 2005 a eu des effets concrets sur l’intégration des PSH dans la société même s’ils n’hésitent pas à avouer que cette loi ils n’en connaissent pas bien le contenu pour plus de la moitié d’entre eux. Paradoxe ou incohérence quand ils affirment (sept sur dix), en parallèle, en mesurer les conséquences sur leur commune ou leur département. Trois élus sur dix déclarent aussi que les règles encadrant le handicap constituent un frein au développement des territoires.

Accessibilité aux transports, aux loisirs, à l’école, à l’emploi, au logement, compensation du handicap… : dans tous ces domaines, et sur l’échelle de 1 à 10, les élus donnent une note supérieure à la moyenne. Quant au niveau de vie des personnes handicapées, ils estiment à 44 % qu’il a progressé.
Même satisfaction vis-à-vis de l’engagement des pouvoirs publics : 85 % des sondés déclarent que ces derniers prennent des mesures concrètes pour améliorer la situation des PSH et 71 % celle de leurs aidants.

Au delà des sentiments de trois ordres soulignés dans cette enquête Ifop – celui du vécu (personnes handicapées), du jugement (grand public) et de l’action (élus) – force est de constater le grand écart, voire l’incompréhension, entre ceux chargés d’appliquer la loi et les bénéficiaires de cette loi. Comment réduire cet écart ? « Certainement pas avec un nouveau texte législatif », répond le Comité d’entente. Cette loi mérite d’être appliquée de manière effective et respectée tant dans sa lettre que dans son esprit, et non pas détricotée chaque année ou revue à la baisse. »

Valérie Di Chiappari – Photo Fotolia

A propos de Valérie Dichiappari

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5 commentaire

  1. Le handicap est une situation binaire: on est, ou on n’est pas. L’un des trois principes fondamentaux de la république se nomme égalité.
    le handicapé est un citoyen, il est égal aux autres citoyens. En conséquence, il est inutile et prématuré que la République entreprenne quelques autre tâche que ce soit avant d’avoir établi la stricte égalité handicapé : valide. C’est un devoir envers l’humanité. Toute personne qui pondère l’aide aux handicapés, pour quelque motif louable que ce soit, se rend coupable d’eugénisme et de disri
    mination.

  2. Faut-il vraiment connaître la situation du handicap pour se rendre compte des difficultés récurrentes qu’elles soient physiques, morales, d’ordre financier ou autres ? celui qui est incapable de penser « handi », en proposant un texte de loi ou même en aidant, n’endurera jamais vraiment le terrible ressenti par une personne nécessitant une présence constante, l’impuissance et le sentiment d’isolement éprouvés devant un escalier, un rayon trop haut, une porte fermée, un manque d’argent face aux frais supplémentaires pour une paire de chaussures adaptées, ou même le regard appuyé de honte, de curiosité malsaine, de pitié ou pire de dégoût ! qui sait vraiment prendre son égal tel qu’il est ? déjà entre valides c’est difficile alors … Il y a bien longtemps que les plus faibles sont déconsidérés, je me demande qu’est-ce qui pourrait faire vraiment réagir la conscience collective ! il serait utile d’éduquer la population et d’appliquer les principes de la République qui sont bien trop baffoués : Liberté ? Egalité ? Fraternité ?

  3. Etrange association de mots: eugénisme et discrimination.

  4. En France l’égalité est un idéal, pas une réalité : demandez aux femmes, aux magrhebins, aux asiatiques, aux juifs, aux musulmans… Le handicap est une difference comme les autres. L’effort demandé par la loi aux professions qui accueillent du public est sans precedent et va entrainer des faillites et des chomeurs en plus. S’il faut en passer par là, soit. Mais si, malgré cela, l’insatisfaction perdure chez les beneficiaires, alors cette loi etait elle bien utile?

  5. L’AAH servie sous condition de ressources reste discriminatoire, de même que les autres minima sociaux qui imposent à l’allocataire une contrainte d’isolement. Tant qu’on n’aura pas levé cet interdit implicite de vie conjugale, on continuera à parler en vain de droit concernant les personnes handicapées et les précaires, et celles-ci seront vouées au même destin, qui est celui de l’exclusion sociale.

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