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Les personnes dépendantes ont besoin d’un plus grand logement mais ce surcoût n’est pas compensé. © Jérôme Deya

À grande dépendance, grand logement et gros loyer

Les personnes accompagnées par des aidants professionnels 24 heures sur 24 ont besoin d’un logement plus grand. La sociologue Ève Gardien, maître de conférences à l’Université Rennes 2, détaille le résultat de ses recherches sur l’adaptation du logement des personnes dépendantes. Un travail mené avec le soutien financier de Leroy Merlin.

Eve GardienFaire Face : Comment les personnes interrogées ont-elles aménagé leur logement ?

Ève Gardien : Un premier constat, d’abord. Toutes les personnes dépendantes que j’ai rencontrées avaient une vie sociale très active. Je ne pense pas que ce soit le fruit du hasard, mais plutôt la preuve qu’une assistance à hauteur de leurs besoins, 20 à 24 heures par jour, parfois même davantage, favorise leur projet de vie. Concernant l’adaptation du logement, la plupart d’entre elles ont dû aménager une chambre plus grande qu’une chambre standard. Les auxiliaires de vie doivent en effet disposer d’un espace suffisant pour travailler et le matériel nécessaire (lève-personne, etc.) s’avère encombrant. Elles ont donc cassé la cloison entre deux chambres ou bien transformé le séjour en chambre à coucher… mais se retrouvent alors sans véritable endroit pour accueillir leurs visiteurs.

FF : La présence permanente des auxiliaires de vie a-t-elle d’autres implications ?

È.G : Toutes ont dédié une pièce à l’usage exclusif des auxiliaires de vie, avec un lit, un ordinateur, un placard… Le Code du travail impose un lieu de pause pour les salariés. Mais surtout, cela correspond au besoin des personnes dépendantes de bénéficier de moments privés, intimes. Le droit à l’intimité est fortement ancré dans la culture française, depuis plusieurs siècles. Cela nous constitue dans notre identité. En être privé représente une atteinte. Les aidants professionnels ne font pas partie de cette vie intime : il faut donc qu’ils puissent se retirer. Certaines personnes dépendantes, surtout celles ayant une famille, ont d’ailleurs symboliquement divisé leur logement en deux parties : l’une où les auxiliaires de vie interviennent et l’autre, réservée à la vie de famille, où les aidants professionnels ne se rendent pas.

FF : Tout cela représente un coût important.

È.G : Une personne bénéficiant d’une assistance quasi permanente a en effet besoin d’un logement d’une surface plus importante pour disposer d’une grande chambre et affecter une pièce aux auxiliaires de vie. Mais ces mètres carrés supplémentaires ont un prix, à l’achat ou à la location. Or, le législateur n’a pas pris en compte ce surcoût : la prestation de compensation du handicap ne le couvre pas du tout. Cela grève donc le budget des personnes dépendantes. Propos recueillis par Franck Seuret

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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