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Top 78, une étude réalisée fin 2014 par une société des Yvelines, a révélé que seule une commune sur les 78 passées en revue possédait un site web accessible. ©Claudine Colozzi

Où en est l’accessibilité numérique dix ans après ?

Éclipsée par le cadre bâti, la voirie et les transports, l’accessibilité des sites web des collectivités territoriales et des établissements publics n’offre pas plus d’occasions de se réjouir. Le retard accumulé est colossal : seuls 4 % des sites seraient conformes à ce qu’exige la loi du 11 février 2005.

S’inscrire sur les listes électorales, renouveler son passeport ou sa carte d’identité, autant de démarches administratives désormais possibles en ligne. Une évidence ? Pas pour tout le monde. Aujourd’hui, très peu de communes proposent des formulaires accessibles aux personnes en situation de handicap.

À titre d’exemple, Top 78, une étude réalisée fin 2014 par une société des Yvelines, a révélé que seule une commune sur les 78 passées en revue possède un site web accessible ! Triste état des lieux.

Retard et défaillances

Si l’article 47 de la loi de février 2005, dont le décret d’application remonte au 14 mai 2009, fixe comme objectif de rendre l’ensemble des services de communication publique en ligne, des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent accessibles aux personnes handicapées, force est de constater que l’accessibilité numérique accumule retard et défaillances. Or, l’accessibilité de la Cité, n’est-ce pas aussi l’accès aux services dématérialisés et aux outils numériques ?
C’est ce que défend Frank Galey, webmaster du site Web pour tous et défenseur de l’accessibilité numérique depuis 2005. « Je comprends que les personnes en situation de handicap soient désabusées et finissent par baisser les bras mais un site accessible n’est rien en matière de coût par rapport à une rampe d’accès et pourrait déjà être un premier pas vers l’autonomie, explique-t-il. L’accessibilité des établissements recevant du public (ERP) commence par celle du Web. »
Pourtant, comme le souligne Aurélien Lévy, directeur général de Temesis, société de conseil et de formation sur la qualité et l’accessibilité des sites et des applications web, de nombreux voyants sont passés au vert en une dizaine d’années. De plus en plus d’experts en accessibilité formés, un Référentiel général d’Accessibilité pour les Administrations (le RGAA) en pleine refonte, une meilleure manière d’auditer les sites ainsi que la préparation d’un grand plan de communication pour donner plus de visibilité à l’accessibilité numérique : autant de raisons d’espérer voir la situation évoluer.

Vers une formation obligatoire à l’accessibilité numérique ?

Hélas, seuls 4 % des sites publics seraient en conformité avec ce qu’exige la loi. Une goutte d’eau dans l’océan du Web. Pour lutter contre cette « exclusion », un collectif d’associations de personnes handicapées et de professionnels de l’accessibilité numérique a posé des propositions concrètes. Parmi elles, une formation obligatoire à l’accessibilité numérique. « À l’instar de ce qui se pratique pour les architectes, toutes formations délivrant un diplôme reconnu par l’État ou ouvrant à un concours d’entrée dans l’Administration au sein de la ʺfilière numériqueʺ doit intégrer dans ses contenus les enseignements liés à l’accessibilité ainsi qu’une sensibilisation spécifique adaptée au diplôme préparé. »Label e accessible

En décembre 2014, à l’occasion de la Conférence nationale du handicap, François Hollande a pris l’engagement de « faciliter l’accès à l’information publique, promouvoir la citoyenneté et ne laisser personne au bord de la route de la révolution numérique ». Grâce à la nouvelle norme d’accessibilité des sites web des administrations publiques (le RGAA 3.0), les sites qui s’engageront concrètement dans une démarche d’amélioration de leur accessibilité numérique feront l’objet de la labellisation « e accessible ».

Des administrés appelés à faire pression sur leur mairie ou leur préfecture

Au-delà de tous ces chantiers, il appartient aux administrés eux-mêmes de monter au créneau pour que les choses bougent. « Pourquoi les personnes handicapées devraient-elles systématiquement se déplacer physiquement en mairie alors que les personnes valides peuvent faire leurs démarches en ligne de chez elles ?, s’interroge Frank Galey. Tant que les associations ne mobiliseront pas plus leurs adhérents, que les utilisateurs penseront que c’est peine perdue et ne mettront pas la pression sur leur mairie, leur communauté de communes ou leur préfecture, les avancées risquent une fois de plus d’être minimes par rapport aux espoirs soulevés par ces nouvelles dispositions. » Claudine Colozzi

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Un commentaire

  1. Bonjour,

    Une certaine nuance existe dans ce chiffre de 4%, issu de l’étude »Ce que les sites Web publics nous disent de leur accessibilité », menée par l’association BrailleNet en coopération avec l’Université Pierre et Marie Curie. En réalité, nous sommes plutôt à près de…0%. Car sur les 3,7% sites ayant fourni une attestation de conformité, seuls 14% comportent tous les éléments requis. L’étude souligne ainsi que « La majorité des attestations affichent plus de non-conformité que de conformité ».
    Pour plus d’information sur l’étude, voir:

    http://www.braillenet.org/etudes/RGAA-attestation/Etude-RGAA-mars-2014.docx

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