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Pour Marcel Nuss, président de l'Appas, l'accompagnement sexuel doit être un service payant. © Sylvie Guillaume

Accompagnement sexuel : et maintenant ?

Mi-mars, près de Strasbourg, l’Association pour la promotion de l’accompagnent sexuel (Appas) a organisé la première formation à l’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées. Les stagiaires sont-ils prêts à exercer ? La demande est-elle réelle ? L’Appas  peut-elle faire face à d’éventuelles accusations de proxénétisme ? Réponses de son président, Marcel Nuss.

Faire Face : Ces trois jours et demi de formation suffisent-ils à rendre les quatorze stagiaires opérationnels ? En Suisse, l’association Corps solidaires propose une formation de 200 heures sur dix-huit mois. Assumez-vous votre position plus « light » ?

Marcel Nuss : Seuls cinq de nos stagiaires sont certains de vouloir pratiquer pour l’instant et nous pensons que c’est possible. À l’issue de cette formation de base, ils peuvent exercer auprès de personnes en situation de handicap physique et nous préparons des modules complémentaires pour certaines situations spécifiques, comme l’accompagnement de couples ou de personnes déficientes intellectuelles et psychiques. Un de ces modules devrait avoir lieu en octobre prochain.

Nous leur avons aussi fourni une bibliographie et une filmographie et nous nous tenons disponibles par mail ou skype en cas de questions. Via un forum de discussion intranet, stagiaires et formateurs pourront aussi échanger. Dans six mois, nous leur proposerons un rendez-vous, par skype, pour une analyse de leurs pratiques. Il ne faut surtout pas qu’ils développent des certitudes et des automatismes.

Notre formation est perfectible, nous le savons. Dans cette optique, nous allons construire les prochaines éditions avec eux grâce à leurs retours, leurs attentes et leurs critiques. Une trentaine de personnes se sont déjà préinscrites à la prochaine session qui devrait avoir lieu avant les grandes vacances. Quant à l’association Corps solidaires, nous ferons aussi bien, mais différemment et en moins de temps.

FF : Quelle est la réalité de l’accompagnement sexuel en France aujourd’hui ?

M.N. : Impossible de la mesurer, ces rencontres se faisant dans le secret. L’Appas est en contact avec une dizaine d’accompagnants, dont un formé en Suisse. Depuis janvier 2014, nous avons reçu environ une vingtaine de demandes de personnes handicapées, dont quatre ou cinq femmes. Nous n’avons pu répondre qu’à une dizaine. Nous nous assurons du degré de handicap et des motivations des demandeurs. Si quelqu’un nous dit chercher l’amour, il ne frappe pas à la bonne porte.

FF : Les stagiaires de votre première formation étaient surtout des hommes : un hasard ?

M.N. : Oui, sans que nous sachions d’ailleurs pourquoi. Risque de se poser le problème de l’adéquation entre l’offre et la demande, cette dernière venant principalement d’hommes souhaitant rencontrer une accompagnante. Certains hommes handicapés peuvent être plus à l’aise avec un homme pour une première rencontre. Pas parce qu’ils sont homosexuels mais pour un premier éveil à la sensualité, dans un jeu de miroir rassurant. Les hommes, souvent plus forts physiquement, sont aussi plus à même d’accompagner des couples car il faut déplacer les personnes, même si, pour l’instant, nous n’avons reçu que deux ou trois demandes en ce sens. Quant à savoir si nos stagiaires auront du travail, nous sommes bien clairs avec les candidats : ils accompagneront sans doute tout au plus deux ou trois personnes par mois car ce ne peut être qu’une activité annexe.

FF : En mettant en contact accompagnants sexuels et personnes handicapées, vous vous exposez à des poursuites pour proxénétisme. Dans quel but ?

M.N. : Nous effectuons déjà régulièrement, et au grand jour, de telles mises en relation. Nos adversaires ne nous ont jamais poursuivis : ils n’ont pas envie de nous faire de la publicité ! Mais je suis prêt à aller au procès. C’est le seul moyen d’obtenir une jurisprudence favorable et donc une reconnaissance de l’accompagnement sexuel en France. Un procès mettra forcément en lumière la différence entre le proxénétisme traditionnel mafieux et notre action fondée sur une immense humanité envers les accompagnants et les clients.

Marcel Nuss, président de l'Appas se dit prêt à aller jusqu'au procès car c'est le seul moyen d’obtenir une jurisprudence favorable et donc une reconnaissance de l'accompagnement sexuel en France.
Marcel Nuss, président de l’Appas se dit prêt à aller jusqu’au procès. Pour lui, c’est le seul moyen d’obtenir une jurisprudence favorable et donc une reconnaissance de l’accompagnement sexuel en France © Sylvie Guillaume

FF : Êtes-vous favorable à une exception à la loi actuelle sur le proxénétisme qui permettrait cette mise en relation entre personnes handicapées et accompagnants sexuels ?

Non car une telle exception serait discriminante vis-à-vis de toutes les autres personnes non handicapées souffrant de misère affective et sexuelle. En revanche, nous n’excluons pas de soutenir une révision de la loi en vigueur en matière de proxénétisme à condition qu’elle profite à tous.

FF : Pourquoi tenez-vous à ce que l’accompagnement sexuel soit payant ? 

M.N. : Un service payant contribue à la responsabilisation des bénéficiaires. Le sexe n’est pas un droit mais une liberté nécessitant l’engagement des deux partenaires. Vivant souvent avec, au plus, 800 euros par mois, les personnes handicapées sont obligées d’économiser pour s’offrir une prestation de 150 euros pour une séance d’1h30 minimum, en plus des frais de déplacement. Payer signifie qu’elles ne sont ni de vulgaires consommateurs ni de simples bénéficiaires d’un acte de charité.

Les adversaires de l’accompagnement sexuel me reprochent d’attenter à la dignité des personnes handicapées. Si je prends tous ces risques, c’est justement parce que, au regard de mon handicap et de mon parcours, je sais trop bien ce qu’est le manque de dignité. Propos recueillis par Élise Descamps

A propos de Elise Descamps

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2 commentaire

  1. Marcel Nuss continue son travail de pionnier, dans la clarté et précision sur les premiers stagiaires. Je suis convaincu que dans 3 à 5 ans, le pays se montrera plus ouvert à l’égard de cette approche, au travers « d’une révision de la loi ».
    Questions pertinentes par la Journaliste de Faire-Face.

  2. Merci à Mme Descamps et à Mr Nuss pour cet interview. Ceci permet de promouvoir la réponse que peut être donnée par la,l’Accompagnant(e) Sexuel(le). Mais, à quand la révision de la Loi ? Afin de faciliter l’accès et le droit à la sexualité de ces Femmes et Hommes en situation d’handicap qui le souhaitent ?…

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