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Le capitaine Fred Caïn est-il crédible en policier handicapé ? © François Lefebvre/FTV

Caïn dans le viseur de deux policiers handicapés

Ce soir, France 2 diffuse les épisodes 5 et 6 de la 3e saison de la série Caïn. Alors que les bons scores d’audience se maintiennent de semaine en semaine, une 4e saison serait déjà en préparation. Faire Face a demandé à Éric Nondédéo et Jean-Marc Averty, tous deux policiers paraplégiques, membres du réseau Alpha-Espoir de l’Anas*, de juger la série et la prestation du comédien Bruno Debrandt, alias Fred Caïn.

PCAS-PINGPONG,2012Faire Face : Comment trouvez-vous cette troisième saison de Caïn diffusée depuis le 3 avril sur France 2 ?

Éric Nondédéo : J’aime beaucoup le parti pris de fouiller les relations avec son fils. Je trouve aussi que le comédien est monté en grade dans son interprétation ! Le personnage de Caïn est plus sombre, plus torturé que jamais mais toujours aussi débridé et insolent. Il n’en est que plus attachant. Il porte une blessure qui ne se refermera jamais. Beaucoup de personnes en situation de handicap peuvent se reconnaître dans cette souffrance. Son métier, c’est sa bouée de sauvetage.
Jean-Marc Averty : D’un autre côté, l’autodérision est sa marque de fabrique. C’est une forme d’humour qu’on retrouve beaucoup chez les personnes en situation de handicap. Une manière de dédramatiser ce qui nous est arrivé.

FF : Des policiers sur le terrain qui mènent l’enquête en fauteuil roulant, on en trouve dans la police aujourd’hui ?

E.N : Je connais deux collègues qui sont encore sur le terrain mais plutôt en base arrière. Là où se pose la question de la crédibilité de la série c’est dans le port de l’arme de service.
JM.A : Il ne faut pas se leurrer : c’est déjà une grande victoire de réintégrer son poste et de rester policier après un accident. Retravailler, c’est capital. On se retrouve affecté à des taches plus administratives. Mais le travail de la police n’a pas lieu uniquement sur le terrain, c’est aussi un travail d’enquête, d’interrogatoire qui peut très bien se faire dans les bureaux.

© François Lefebvre/FTV
© François Lefebvre/FTV

FF : Le personnage du capitaine Fred Caïn est-il crédible ?
E.N : Tout à fait crédible… à une ou deux exceptions près, notamment quand le scénario l’oblige à ramper pour les besoins d’une enquête ! Je trouve Bruno Debrandt de plus en plus à l’aise dans ses déplacements, dans ses transferts entre sa voiture et son fauteuil. Là, où la série pêche parfois, c’est dans les ellipses. Certains lieux sont clairement inaccessibles pour une personne en fauteuil roulant.

FF : Regrettez-vous qu’il ne soit pas interprété par un comédien handicapé ?
JM.A : Non puisqu’il est crédible et que l’identification fonctionne. On sent que le comédien a beaucoup travaillé et a bien été coaché pour arriver à ce résultat.

 FF : La série remporte un beau succès. Le personnage s’installe petit à petit dans le paysage audiovisuel. Pari gagné ?
E.N : Caïn n’est pas une énième série policière comme la fiction télé les affectionne tant. L’audace de France 2 est d’avoir choisi un héros handicapé, aux méthodes peu orthodoxes ( !) et pas très sympathique de prime abord. C’est une double prise de risque. Parfois, on en oublierait presque qu’il est en fauteuil roulant. Propos recueillis par Claudine Colozzi

* Association nationale d’action sociale des personnels de la police nationale et du ministère de l’Intérieur.

A propos de Claudine Colozzi

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5 commentaire

  1. Bonjour,
    Comme vos interviewés, j’apprécie le fait que la télévision programme en prime time une série dont le héros est porteur de handicap et de défauts très humains.
    Cependant je déplore que la production ait fait appel à un comédien paraplégique comme consultant sur le tournage pour confier le rôle à un valide. Cela me rappelle le monde du cinéma au début du XXème siècle où on demandait à des comédiens blancs de se noircir le visage pour jouer des rôles de noirs alors que, bien sûr, il y avait des comédiens noirs.
    Bien cordialement.

  2. Je suis en fauteuil roulant y ayant débuté ma vie et de retour pour mes prochaines années avec un passage alterné avec des cannes durant 35 ans, je trouve son humour grinçant au top … Son interprétation ainsi que sa façon d’opérer les transferts prouve son étude du sujet … après cela reste une fiction avec parfois quelques petites incohérences mais c’est souvent le cas dans les séries, un ensemble rafraîchissant et sympathique changeant un peu de Robert D’Acier lol …

  3. Je ne suis pas handicapé et ce que l’intrigue et le personnage ne tournent pas uniquement autour du handicap .
    élément clef :oui..Mais pas le seul moteur..
    cain c’est un homme. .acide.. un père, un professionnel … blessé . .fragile. .séducteur. .etc… avant dêtre en fauteuil roulant.
    d’où l’image que j’apprécie :un homme handicapé …avant tout.. c’est un homme..

  4. Sophie Marseille

    Bonsoir
    Et bien moi ça me dérange énormément que quelqu’un joue à l’handicapé, quand il y’a certainement des comédiens handicapés. D’une part parce que ça enlève toute vraisemblance à l’histoire, je sais qu’il marche, ça me gonfle de le voir ramper ou sortir de son fauteuil, mais ce qui m’a le plus gêné, c’est qu’un véritable handicapé était sur le tournage pour lui montrer les vrais gestes !! pour que ça fasse crédible. J’étais présente sur un tournage, et j’avais honte de laisser ce mec sur sa chaise roulante dans un coin, juste pour lui demander son avis. Pour le film « LA FAMILLE BELIER » c’est pareil, j’ai adoré le livre, mais savoir que le comédien entend et fait semblant d’être sourd, ça m’enlève tout plaisir à voir le film. Quand Emanuelle LABORIT joue, on adhère au film.

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