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À l’affiche jusqu’au 23 mai, les deux courtes pièces d’Hédi Thabet réunies en un même spectacle mélangent danse et acrobatie pour célébrer l’altérité. À ne pas manquer. © Giovanni Cittadini Cesi

Au théâtre du Rond-Point, Hédi Thabet érige l’asymétrie en point d’équilibre

Au théâtre du Rond-Point, à Paris, le danseur acrobate unijambiste, Hédi Thabet dialogue à l’unisson avec ses comparses et frères d’art dans deux pièces où la fraternité prend le pas sur la rivalité, où l’altérité rime avec équilibre. Époustouflant de virtuosité et d’intelligence.

« Impressionnant ! », « éblouissant ! », « formidable ! »…, les spectateurs ne tarissent pas d’éloges à la sortie de deux courtes pièces réunies en un même spectacle : Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers * et Ali. À l’affiche du théâtre du Rond-Point (Paris) jusqu’au 23 mai, elles ont été créées à cinq années d’intervalles (2013 et 2008), en duos : Hédi Thabet et Ali Thabet, deux frères belgo-tunisiens pour la première et Mathurin Bolze, circassien-poète français et Hédi Thabet pour la seconde.

Des performances physiques et une musicalité à l’esthétisme puissant

Malgré leur apparente différence, ces deux pièces sont intimement liées. Elles mélangent ainsi danse et acrobatie. Hédi Thabet a appris à marcher sur un seul pied depuis ses dix-huit ans et un cancer des os et se joue des limites de son corps avec ses partenaires de scène. Avec prouesse et grâce. Au point de faire oublier les cliquetis de ses béquilles, instruments dont il se déleste d’ailleurs en fin de représentation, ne les retrouvant que pour saluer.

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Forme de musique populaire grecque, le rébétiko, appelé aussi rembétiko ou rebétiko tragoúdi, apparue dans les années 1920. © Giovanni Cittadini Cesi

En témoignent aussi un même décor, dépouillé (lampe, chaises, plateau et fond noirs), et un même accompagnement musical : du rébétiko, dont le répertoire, ici mêlé à celui du tunisien Cheik el Afrit, est né de la diaspora des Grecs d’Asie mineure au début du XXe siècle. Jouée en direct, sous la houlette de Sofyann Ben Youssef, cette musique se révèle ensorcelante. À l’instar de l’esthétisme qui se dégage des performances physiques des artistes. Comme autant de manières de préférer l’union à l’opposition, la fraternité à la rivalité. L’unisson pour exprimer ses peines et nostalgies, joies et espérances, amours impossibles et désirs mais aussi ses relations à l’autre, aussi étrange qu’il paraît être.

La fusion des corps pour exprimer l’altérité

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Dans ʺNous sommes des crapauds… ʺ, Mathurin Bolze et Hédi Thabet se livrent à un combat amoureux lors d’une fête rituelle. © Giovanni Cittadini Cesi

Car c’est bien de cela, l’altérité, dont parlent ces deux pièces. La première en explorant le thème du mariage, la seconde celui de l’amitié entre un individu « intègre » et un autre amputé via la « physicalité ». « Il s’agissait de retrouver la fusion des corps », explique Mathurin Bolze. Dans Nous sommes pareils à ces crapauds…, lui et Hédi se livrent à un combat amoureux avec une femme habillée d’une longue robe blanche (interprétée par la danseuse Artémis Stavridi) lors d’une fête rituelle. Ils se défient, se battent, se retrouvent, seuls, en duo ou en trio. Des corps-à-corps dont s’échappent, ici et là, des gestes tendres et dans lesquels ils ne font parfois plus qu’un. Dans Ali, aussi. Tels des frères jumeaux, Mathurin et Hédi tantôt se heurtent et s’agressent, tantôt s’imitent et s’entraident. Ils semblent s’épuiser à surmonter les obstacles de la pesanteur pour trouver un équilibre si précaire mais demeurent infatigables. Ces deux chorégraphies envoûtantes et élégantes font aussi place au comique de situation : drôles, comme l’asymétrie ne devrait jamais cesser de l’être. Élise Jeanne

* Extrait de Fureur et mystère, René Char, Gallimard, 1948.

 

A propos de Valérie Dichiappari

Rédactrice en chef.

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