J’irai mourir demain ou la question du suicide assisté

Publié le 4 juin 2015 par Corinne Manoury
J'irai mourir demain

Alors que les députés se sont prononcés en faveur de la mort par sédation profonde dans la loi sur la fin de vie, en mars 2015, Arte diffuse vendredi 5 juin un téléfilm abordant la question du suicide assisté en Suisse.

« Le bonheur est une question de point de vue. À mon âge, tout le monde n’a pas la chance d’avoir un chauffeur particulier et 20 litres d’oxygène rien que pour soi », décrit ironiquement Léa, alors qu’un taxi adapté l’emmène vers Zurich. Atteinte de mucoviscidose, la jeune femme se sait condamnée à très court terme. Surtout, elle ne supporte plus la pénibilité de son quotidien et la lourdeur de son traitement. Aussi, a-t-elle décidé de mettre fin à ses souffrances, entourée d’une équipe médicale.

Léa a choisi le jour de son 23e anniversaire pour mourir, entourée des siens. Elle a donc « invité » sa mère, sa sœur et sa grand-mère – seule dans la confidence – à la rejoindre à Zurich. Un ancien amour de jeunesse se joint bientôt à cette étrange réunion de famille. S’engage une course contre la montre entre ceux qui veulent dissuader Léa de se donner la mort et ceux qui, comme sa grand-mère, ont accepté sa décision.

Une étrange réunion de famille
Léa, 23 ans, atteinte de mucoviscidose a choisi d’en finir, en Suisse tandis que les siens ont des avis partagés sur le suicide assisté. © Arte

Une fiction sensible et réaliste

Fiction sensible sur les émotions contradictoires par lesquelles passent les différents protagonistes de l’histoire, J’irai mourir demain aborde le sujet du suicide assisté avec beaucoup de réalisme. En Suisse, en effet, si l’euthanasie reste interdite, des associations offrent aux personnes incurables la possibilité de mettre fin à leurs jours, en leur fournissant le produit létal qu’elles devront elles-mêmes s’administrer. Une « offre » qui, à l’instar de Léa dans le long-métrage de Frederik Steiner, aurait attiré un certain nombre d’étrangers, avec en tête les Français, suivis des Allemands et des Anglais. C’est en tout cas ce que relevait une étude du Journal of Medical Ethics signalée  par Le Point au cours de l’été 2014.

Le rapport de Pr Didier Sicard sur la fin de vie, en décembre 2012, entrouvrait bien, en France, la porte au suicide assisté pour répondre à la volonté de certaines personnes, en stade terminal d’une maladie incurable, de « disposer d’un recours ultime ». Mais le Comité consultatif national d’éthique s’était lui clairement prononcé en sa défaveur. Un avis qu’ont suivi les députés qui ont voté la mort par « sédation profonde et continue », dans le cadre de la loi sur la fin de vie, le 11 mars 2015. Depuis, les sénateurs, qui doivent entamer leurs débats le 16 juin prochain ont fait quelques retouches au texte. La commission des Affaires sociales a en effet supprimé la mention de prolongation « inutile » de la vie, la jugeant ambiguë et propre à entraîner des dérives vers le suicide assisté. Corinne Manoury

À voir vendredi 5 juin à 20.50 ou à revoir sur Arte+7

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