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Pour les Scouts et guides de France, « accueillir un jeune en situation de handicap est simplement un paramètre supplémentaire à prendre en compte. Cela oblige à se montrer plus créatif. »

Scouts toujours, handicapés parfois

Les Scouts et guides de France comptent 74 000 adhérents, presque un quart de plus qu’il y a dix ans. Y compris des jeunes en situation de handicap. Trois questions à Diane Guérin, responsable nationale handicap intégration.

Faire Face : Les Scouts et guides de France accueillent-ils les jeunes en situation de handicap ?

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Diane Guérin, responsable nationale handicap intégration des Scouts et guides de France.

Diane Guérin : Depuis sa création en 1920, le scoutisme poursuit une tradition d’accueil des personnes en situation de handicap. Cela correspond à sa vocation d’école du vivre-ensemble, permettant aux enfants et aux jeunes de devenir des adultes citoyens et responsables. Longtemps, les postulants handicapés ont été orientés vers des groupes « spécialisés ». Puis le mouvement a décidé de les intégrer dans le groupe le plus proche de chez eux, comme tout un chacun. Le projet éducatif du scoutisme vise à favoriser l’autonomie des garçons et des filles par le développement de tous leurs potentiels. Dans la majorité des cas, le jeune participe donc aux activités sans accompagnement spécifique. Mais s’il en a besoin, il est possible d’envisager la présence d’un adulte en plus pour faciliter son inclusion dans le groupe (voir encadré).

FF : Est-ce que tous les jeunes en situation de handicap peuvent être accueillis ?

D.G : Il peut y avoir des refus mais ils doivent se baser sur des faits objectifs. Dans tous les cas, les responsables locaux rencontrent la famille pour mettre en parallèle les besoins et les capacités d’accueil : le groupe est-il en mesure d’assurer la sécurité physique, morale et affective de ce jeune ? L’enjeu est de prévenir toute situation de discrimination et de réunir toutes les conditions pour que l’accueil d’un maximum de personnes en situation de handicap se concrétise, dans les meilleures conditions. La décision finale revient aux responsables du groupe local. Mais ils sont soutenus par des référents départementaux et régionaux formés à ces questions. Et nous mettons des outils à leur disposition. Nous avons, par exemple, conçu un guide sur la construction d’un camp accessible aux jeunes en fauteuil roulant.

Les groupes peuvent adapter leurs activités aux capacités des uns et des autres.
Les groupes peuvent adapter leurs activités aux capacités des uns et des autres.

FF : Est-ce que l’accueil passe aussi par l’adaptation des activités du groupe ?

D.G : Si c’est nécessaire, oui bien sûr. Par exemple, lorsqu’un groupe décide de descendre une rivière en radeau, pour son camp d’été, les jeunes devront faire en sorte que leur compagnon en fauteuil puisse aussi y participer. Ils devront donc trouver un lieu de camp avec un accès facile à la rivière ; construire une douche accessible qui bénéficiera au confort de tous ; intégrer dans la conception du radeau les aménagements dont ce garçon ou cette fille a besoin ; lui confier des tâches qu’il peut réaliser… Accueillir un jeune en situation de handicap est simplement un paramètre supplémentaire à prendre en compte. Cela oblige à se montrer plus créatif. Propos recueillis par Franck Seuret

foulard jeannette
Les jeannettes et les louveteaux accueillent 19 000 enfants âgés de 8 à 11 ans.

Anouchka, jeannette polyhandicapée

« Au début, on était un peu réservés. » Étienne Hautdidier, le responsable du groupe des Scouts et guides de France de Vaise, le reconnaît volontiers : lorsque les parents d’Anouchka lui ont demandé d’inscrire leur fille polyhandicapée de 10 ans, il s’est interrogé sur leur capacité à pouvoir l’accueillir. « Moi aussi, j’ai hésité, parce que je n’avais jamais eu en charge de jeune en situation de handicap, explique Laurent Grange, le chef de son unité. Mais en discutant avec eux et avec la chargée de mission handicap des Scouts et guides de France, sur notre territoire, on s’est dit que c’était possible. »

Deux bénévoles l’assistent

Anouchka participe chaque week-end à une partie de la réunion des louvetaux et des jeannettes. « Son handicap la rend très fatigable. Nous avons donc décidé qu’elle ne viendrait que pour les moments calmes, au moment des chants notamment, qu’elle aime beaucoup », précise Judette Lancrenon, sa maman. Deux bénévoles, « recrutés » par les Scouts et guides de France, se relaient auprès d’elle pour l’assister et intervenir en cas de besoin.

Quelques heures au camp d’été

« Tout se passe très bien, se félicite Laurent Grange. Les enfants la considèrent comme l’une des leurs. » « Elle revient toujours à la maison avec le sourire, confirme sa mère. La pédagogie scout, en partie basée sur les symboles, lui convient bien. » Cet été, Anouchka ne participera pas à l’intégralité du camp. Mais elle rejoindra le groupe de temps à autre pour partager quelques heures avec eux. « On a retenu le site le plus accessible en fauteuil pour qu’Anouchka puisse participer à ce moment important de la vie de l’unité », raconte Laurent Grange. Comme tous les louveteaux et toutes les jeannettes.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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