Handicap et Église catholique : « Passer à une parole adulte. »

Publié le 12 septembre 2016 par Elise Descamps
"Trop souvent, à Lourdes comme ailleurs, ce sont les valides qui enseignent aux malades. Il faut passer de l’infantilisation à la maturation." © DR

Lourdes est connue comme haut lieu de pèlerinage catholique. Dans l’espoir d’une guérison où tout est mis en œuvre pour les accueillir, des dizaines de milliers de personnes malades ou handicapées s’y rendent chaque année. Cette fois-ci, c’est surtout pour débattre que 700 personnes en situation de handicap engagées dans l’Église convergent de toute la France, du 12 au 15 septembre. Des assises, en quelques sorte, des personnes handicapées dans l’Église catholique. Nous avons demandé à Jean-Christophe Parisot de Bayard, un des initiateurs de l’événement et de ses intervenants, de nous en expliquer les enjeux.

À 49 ans, ce père de quatre enfants souffrant d’une forme rare de myopathie, très dépendant, est aussi un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. Il fut en 2012 le premier préfet handicapé. Actuellement, il conseille le gouvernement dans la lutte contre les discriminations via une mission d’expertise au plan national. Il fut aussi, en 2002, le plus jeune ordonné diacre permanent en France.

Bien que rattaché au diocèse d’Amiens, dont il est originaire, son rôle dans l’Église catholique est de donner des enseignements, de témoigner au plan national sur la question du handicap. Il rédige aussi des éditoriaux dans le magazine mensuel de l’Office chrétien des personnes handicapées. Il est également l’auteur de plusieurs romans, témoignages et essais, et notamment Le Handicap, une chance pour l’école, Préfet des autres et le dernier, Plus que la Fraternité. C’est en tant que diacre qu’il intervient à Lourdes.

Faire Face : Pourquoi rassembler les personnes en situation de handicap engagées dans l’Église catholique ?

Jean-Christophe Parisot de Bayard : Je fais partie, en tant que diacre, de la Pastorale nationale des personnes handicapées. C’est une branche du service Famille et Société de la Conférence des évêques de France, et chaque diocèse a sa propre pastorale des personnes handicapées. Parmi les responsables, il y a des diacres aveugles, religieuses aveugles ou avec un problème psychique, laïcs en fauteuil….

Nous partageons ce constat : les personnes handicapées n’ont pas assez la parole dans l’Église. Ce rassemblement, intitulé « Avec un handicap, passionnément Vivants ! », veut faire parler ceux qui vivent le handicap, faire remonter leurs desiderata, qu’ils soient placés en position d’être écoutés et non d’écouter. Trop souvent, à Lourdes comme ailleurs, ce sont les valides qui enseignent aux malades. Il faut passer de l’infantilisation à la maturation, à une parole adulte.

FF : Beaucoup d’églises ne sont pas accessibles. Est-ce une fatalité ?

J-C DB : Une partie des bâtiments (églises, salles paroissiales…) sont tellement anciens qu’en effet, on n’ose pas y toucher de peur de se faire taper sur les doigts par l’architecte des Bâtiments de France. Certains diocèses sont volontaires mais pas tous. En juin dernier, au Vatican, lors du Jubilé des malades et des handicapés, le pape François a critiqué les curés qui n’accueillent pas tout le monde dans leur église, les invitant à en « fermer » les portes plutôt que de rejeter certains.

À Lourdes, je vais formuler publiquement cette demande à tous les évêques : si l’on ne met pas en accessibilité l’ensemble des lieux de culte en France ainsi que les presbytères et salles paroissiales qu’on les ferme alors ! Mais la plupart des lieux de culte sont aussi des frigidaires ! J’appelle à des lieux chauffés, sans quoi il demeure impossible pour beaucoup de personnes handicapées d’aller à la messe, ce qui les coupe de la communauté. La Conférence des  évêques de France a accepté ma proposition de lancer une application sur smartphone pour que les personnes malades, âgées ou handicapées puissent demander un covoiturage ou la communion à domicile. Je vais porter ce projet. C’est l’uberisation de l’Église !

FF : La prise en compte des personnes par les services doit-elle aussi progresser ?

J-C DB : Il faut absolument que les personnes handicapées soient une préoccupation pour tous les services de l’Église, et pas seulement la pastorale des personnes handicapées. L’état d’esprit général reste trop souvent la crainte que les handicapés gênent l’organisation. On met tout de suite l’accent sur les contraintes et non les atouts spirituels de ces personnes. La pastorale de la famille, celle des vocations… toutes doivent y penser.

Oui, un prêtre peut être en fauteuil mais il faut aménager les conditions de son exercice. Personnellement, en tant que diacre, je peux célébrer des baptêmes mais mon handicap m’empêche de porter le bébé ou même l’Évangile. Par dérogation, mon évêque a autorisé mon épouse à me prêter ses mains et porter le bébé.

SAMSUNG DIGITAL CAMERA
« Sur la sexualité, c’est le grand tabou. Je ne sais pas jusqu’où il faut aller mais l’Église doit aborder ce sujet avec simplicité et laisser chacun s’exprimer. »

FF : Sexualité, fin de vie, recherche sur les cellules souches… les positions de l’Église catholique font parfois débat dans le monde du handicap. Comment vous positionnez-vous ? 

J-C DB : L’éthique reste quelque chose de complexe, une série de questions à aborder avec intelligence, sans répondre par blanc ou noir. J’adhère à cette idée que l’euthanasie et l’eugénisme sont intolérables car tout être humain est fait à l’image de Dieu, surtout s’il est fragile. La recherche est bonne car elle veut le bonheur de l’homme.

C’est pourquoi au moment de la polémique scandaleuse en 2006 où une poignée de catholiques du Var avaient appelé à boycotter le Téléthon, j’avais créé une page internet “Cathos pour le Téléthon”. L’évêque d’Évry, dont le frère est myopathe, m’avait soutenu. Sur la sexualité, c’est le grand tabou. Je ne sais pas jusqu’où il faut aller mais l’Église doit aborder ce sujet avec simplicité et laisser chacun s’exprimer. Ne pas le faire, considérer les personnes handicapées comme asexuées, c’est dégradant.

FF : L’Église catholique porte-t-elle un message particulier à destination des personnes en situation de handicap, et ces personnes vivent-elles selon vous une foi particulière, du fait de leur handicap ?

J-C DB : L’église accorde une grande importance à la fragilité, en tant que force pour un monde plus brutal qu’accueillant à la différence. Jésus-Christ a inversé le rapport de Dieu à l’Homme. En devenant un homme, qui est mort sur la croix, il a abandonné sa toute-puissance pour rejoindre l’homme dans ses limites, ses fragilités. C’est un signe d’espoir très puissant.

Du fait de leur handicap, je constate souvent chez ces personnes un très grand respect pour les petites choses de la vie, une empathie envers les autres et une grande puissance de la perception et de la prière. La foi n’est pas une baguette magique, elle permet de se recentrer sur l’essentiel : nous devons vivre en abondance. Cela ne veut pas dire forcément avoir un agenda aussi rempli que certains valides : beaucoup passent à côté de la vraie vie. L’essentiel est l’intensité de la relation avec les autres et Dieu. Propos recueillis par Élise Descamps

Comment 4 commentaires

J.C. Parisot est bien connu.. Le § consacré à l’accessibilité des églises et sa réponse m’a amusée. Les églises construites avant 1905 sont à la charge de l’Etat, sauf erreur, mais ce sont les communes qui doivent « payer » un éventuel aménagement. Les églises plus récentes dépendent du diocèse. « Certains diocèses sont volontaires, mais pas tous »
Quelques constats dans le Val d’Oise, petites églises certes:
– Domont, rénové par l’Etat il y a quelques années. De par le perron important, il y a une entrée latérale avec un sigle bien défraîchi, mais cette porte est toujours fermée, alors que l’entrée principale est ouverte tous les jours.
– Baillet en France: après un message dans le livre classique, ils m’ont annoncé une réponse après les vacances.
– Chauvry : petite, peu entretenue, il y a une promesse récente d’apporter une solution.
-Ezanville: après le porche, il y a un seuil de plus de 5 cm.

« Ne pas le faire, considérer les personnes handicapées comme asexuées, c’est dégradant » J’apprécie beaucoup cette phrase.

Expliciter le travail de J.J. Parisot auprès du gouvernement serait utile.

Jean-Christophe PARISOT: a été Sous-Préfet et secrétaire général du Lot, voici 3 articles sur le blog APF46
Jean-Christophe Parisot devient le premier préfet en fauteuil roulant.
http://dd46.blogs.apf.asso.fr/archive/2012/02/16/jean-christophe-parisot-devient-le-premier-prefet-en-fauteui.html
Le Lot planche contre la pauvreté
http://dd46.blogs.apf.asso.fr/archive/2013/10/01/le-lot-planche-contre-la-pauvrete-61918.html
Le livre de Jean-Christophe Parisot
http://dd46.blogs.apf.asso.fr/archive/2011/10/11/le-livre-de-jean-christophe-parisot.html

cher jean-Christophe, je suis heureuse ,par l’intermédiaire de ce courriel ,d’avoir de tes nouvelles . Je constate que tu t’investis toujours énormément pour la cause des handicapés .tout ce que tu écris doit , comme tu le dis , être pris en compte au niveau du gouvernement et de l’état ,et il faudrait beaucoup de personnes comme toi pour le dire.
Tu as de grosses responsabilités et je sais que tu les assumes avec l’aide de ta famille et de tes amis .
Pierre PONTROUE ,qui ,nous a a réunis souvent , te regarde avec toute sa bienveillance du ciel où sa femme et lui sont montés trop vite .
J’ai ouvert une petite bibliothèque dans le petit village où j’habite , Je vais demander au Maire d’acheter tes livres et j’organiserai une présentation
qui ,je pense intéressera beaucoup de monde .
Je suis contente de te voir sur les photos ,cela me rappelle de bons souvenirs .
Partage avec les tiens toute mon amitié et mon admiration,je vois que tu as des enfants,ils doivent être fiers de leur père ,embrasse les pour moi ainsi que ta femme .

Annie PLEUTIN -4 place jean Moulin – 80330 – CAGNY
.

Ps oui c est vrai c est pas parce qu’ on est handicapé (sourd aveugle en fauteuil ou psy ou moins vif du cerveau) qu’ on n a pas droit à l amour et à une vie sexuelle
Halte au tabou
Car quand on le dépasse j en témoigne ca peut être très beau et très évangélique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de Confidentialité de Google et l'application des Conditions d'Utilisation.