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« Ce gouvernement sera-t-il le premier à faire baisser le chômage des personnes en situation de handicap ? », a lancé, comme un défi, Alain Rochon, le président de l'APF. © Pôle Emploi + Benoît Grenier/Matignon

Réduire le chômage des travailleurs handicapés ? L’APF prend le gouvernement au mot

Alors que le nombre de demandeurs d’emploi handicapés n’a jamais été aussi élevé, les premières mesures « brutales et non concertées » du gouvernement inquiètent l’APF. Elle invite entreprises et pouvoirs publics à s’assoir avec elle autour de la table pour travailler à trouver des solutions efficaces.

« Réduire l’écart entre le taux de chômage des personnes handicapées et celui des personnes valides. » Un taux deux fois plus élevé (autour de 20 %) que celui de la population active (moins de 10 %). C’est l’un des grands objectifs du quinquennat fixé par le comité interministériel du handicap du 20 septembre.

Un engagement que l’APF a rappelé lors de sa conférence de presse annuelle sur l’emploi, lundi 6 novembre. « Ce gouvernement sera-t-il le premier à faire baisser le chômage des personnes en situation de handicap ? », a lancé, comme un défi, Alain Rochon, le président de l’association.

Le « coup de massue » des contrats aidés

Pourtant, les premiers signaux envoyés ne sont guère encourageants. La réduction du nombre de contrats aidés, en 2017 et en 2018, risque de lourdement les pénaliser. « C’est un véritable coup de massue », souligne Alain Rochon. En 2016, plus d’un emploi aidé sur dix (11,4 %) était en effet occupé par un travailleur handicapé. Cette même année, 52 000 avaient signé un tel contrat.

« En faisant passer le nombre de contrats aidés de 450 000 en 2017 à 200 000 en 2018, le gouvernement met en péril l’un des principaux vecteurs d’emploi des personnes handicapées en France », a déploré le président de l’APF. En effet, nombre de personnes sont embauchées sous contrat aidé dans les entreprises adaptées mais aussi les établissements médico-sociaux.

Les entreprises adaptées au régime

Source : Unea

Ce n’est pas la seule mauvaise surprise pour les entreprises adaptées qui emploient au moins 80 % de travailleurs handicapés. Certes, le projet de loi de finances 2018 (PLF) prévoit 1 000 aides au poste supplémentaires, conformément aux engagements pris par l’État en mars 2017 dans le contrat de développement 2017-2021.

Ces aides permettent de compenser la moindre productivité des salariés. Mais le montant unitaire de l’aide au poste va baisser de 4 % et la subvention spécifique, une autre aide compensatoire, de 18 %.

Au total, selon l’Union nationale des entreprises adaptées (Unea), il manque 17 millions d’euros dans le PLF pour leur permettre de continuer à fonctionner dans les mêmes conditions financières qu’avant, tout en créant 1 000 postes supplémentaires. Pour l’APF, ce sera un trou d’1 à 1,5 million sur quelque 2 000 aides au poste.

La prévention des risques professionnels fragilisée

L’association s’inquiète également des conséquences des ordonnances réformant le code du travail sur les travailleurs handicapés. « Ces textes vont flexibiliser le monde du travail, souligne Véronique Bustreel, sa conseillère nationale emploi. Or, les contreparties annoncées en termes de sécurisation semblent bien faibles. Les salariés les plus fragiles pourraient être les premiers à en pâtir. »

De plus, la réforme risque de fragiliser la prévention des risques professionnels en supprimant le CHSCT, un acteur essentiel de cette prévention. Ses missions seront désormais assurées par un comité social et économique qui fusionnera trois instances représentatives du personnel, dont le CHSCT. Au risque d’être diluées.

Pourtant, chaque année, 150 000 personnes sont reconnues inaptes à leur poste de travail, deux fois plus qu’il y a dix ans. Nombre d’entre elles viennent grossir les rangs des travailleurs handicapés pointant à Pôle emploi.

1 demandeur d’emploi sur 12 est handicapé

Il y a pourtant urgence à agir. En dix ans, le nombre de travailleurs en situation de handicap inscrits à Pôle emploi a plus que doublé pour atteindre 500 000, un niveau record. Il a été multiplié par 2,4 quand celui de l’ensemble des demandeurs d’emploi l’a été par 1,8. Résultat : 8,5 % des demandeurs d’emploi sont aujourd’hui reconnus handicapés, soit plus d’un sur douze.

Trente ans après la loi de 1987, instaurant l’obligation d’emploi des personnes handicapées et une contrepartie financière aux établissements de vingt salariés et plus n’atteignant pas l’objectif légal de 6 % de salariés handicapés, le taux d’emploi atteint péniblement 3,3 % dans le privé et 5,17 % dans la Fonction publique.

« 8 % des entreprises n’ont jamais fait l’expérience d’embaucher une personne en situation de handicap », a souligné Alain Rochon, invitant “les bons élèves” à mettre en place des retours d’expériences qui pourraient inspirer les autres. Il a également appelé le gouvernement à cesser de lancer des «mesures brutales et non concertées ».

15 milliards d’euros pour la formation

Dans ce sombre tableau, une petite note d’espoir : le futur plan d’investissement compétences. Le gouvernement a annoncé qu’il allait investir 15 milliards d’euros dans les cinq prochaines années pour former un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés et un million de jeunes éloignés du marché du travail. « Cela représente une occasion exceptionnelle de lutter efficacement contre le chômage des personnes en situation de handicap mais encore faut-il savoir comment cela sera mené et, là-dessus, nous restons pour l’instant dans le flou », a commenté Véronique Bustreel.

Pour en sortir, un seul mot d’ordre : privilégier le dialogue civil tout autant que le dialogue social et permettre aux acteurs concernés de s’assoir autour de la table. L’APF est prête. Franck Seuret avec Valérie Di Chiappari

Coup dur pour les pensionnés d’invalidité en emploi

Le projet de loi de finances 2018 pénalise également les pensionnés d’invalidité exerçant une activité professionnelle. Il contient une mesure qui va priver de prime d’activité les travailleurs titulaires d’une pension, d’une rente d’invalidité ou d’une rente accident du travail-maladie professionnelle. Cette prime est versée à toutes les personnes en emploi percevant de faibles ressources d’activité. Son montant moyen s’élève à 158 € par foyer bénéficiaire.

A propos de Franck Seuret

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14 commentaire

  1. Je suis reconnue travailleur handicapé.
    Handicapée depuis ma jeunesse et ayant occupé que des postes de secrétariat en contrats aidés et périodes de chômage. J’ai besoin de bosser financièrement et aussi pour avoir le moral et être insérée, dans la société; comme tout le monde. Vivre avec un handicap n’est déjà pas facile, alors si on nous met des bâtons dans les roues, je suis prête à manifester.
    J’ai aujourd’hui 49 ans et pour arriver jusqu’à la retraite il me faut encore travailler. Les gens porteurs de handicap, sont très courageux et montrent leur capacité à travailler, et ne manquent jamais pour rien leur boulot.

  2. Je suis complètement d’accord avec le témoignage d’Olympe. Je travaille en dépit d’un handicap et je m’accroche à l’activité professionnelle exercée. Je mets tout mon courage quand je travaille…Peut-être plus que des salariés ou fonctionnaires bien portants! Macron va-t-il mettre en cause la loi de février 2005?

  3. Coupez la tête à tous les personnes handicapés qui sont devenus un coup très lourd pour notre société, dont l’objectif à présent est d’être des performants et non des coûtants.
    Vous y gagnerez plus de suite, que de laisser les handicapé croupir comme les personnes âgées, dans leur misèrabilité en vous mettant des œillères pour ne voir que ceux qui ont la richesse et qui ont le bonheur de profiter de toutes les largesses de l’État pour une économie malsaine et souterraine.

  4. C est une honte d afaiblire les handicapes

  5. Je suis reconnu travailleur handicapé et sans parler du fait de ne pas avoir d’emploi à ce jour pourquoi sur certaines aides les revenus du conjoint est pris en considération. Nos conjoints et familles vivent le quotidien de nos handicaps et en plus se culpabilisent du fait qu’avec leurs revenus nous ne pouvons bénéficier d’une aide parce qu’ils gagnent 200 euro de trop à l’année !!!??? Merci l’etat L’on peut constater que cela ne vous ai jamais arrivés. Pour information je suis dialysé 3 fois par semaine greffer d’un foie diabétique et insuffisant cardiaque à vos souhaits à bon entendeur C

  6. Handicapée invalidité précarité. Licenciement pour inaptitude physique abusifs sans passer devant une commission ! !!!!!! Opérations ne veut pas dire inaptitude au poste et volonté de ne pas vouloir travailler . Souffrances et isolement!!!!précarité ! !!!

  7. Nous sommes piégés du médical alors qu une activité professionnelle serait préférable et socialement insérés et digne comment payer à manger pour ses ptis enfants ? ?????Et déplacements ? Charges……..???? La souffrance physique et morale déjà ingérables que dire du nécessaire vital?

  8. Pas d arrêt maladie 15 jours pour un petit rhume!!!!!!!

  9. Les personnes avec une reconnaissance RQTH ont en moyenne moins de jours d’absence dans lentreprise que les personnes « valides ». Il y a très peu d’absentéisme chez les TH alors il faut leur donner une place de choix au travail.

  10. Mon conjoint était en contrat aidé , il va avoir 60ans l’âge ou les problèmes de santé sont la , reconnus rqth sa vie professionnelle est derrière lui

  11. Je suis reconnu travailleur handicapé depuis ma naissance et j’ai toujours voulu rentré dans le monde de travail je suis inscrit a pôle emploi pour demandé une formation sans parler d’avoir un emploi car on ma mis l’écart et surtout j’ai pas eu de diplôme ni expérience professionnelle
    Je trouve ça une honte
    Que j’ai la motivé d avoir cette chance comme une personne valide
    A ce jour d’aujourd’hui j’ai plus le droit de l’aide APL etc..et mon AAH je touche 678£ Car vous êtes basée sur le revenu de mon conjoint et les fins du mois sont dur C une honte
    Pour nourrir mes enfants ni leurs offrir une activité on les prive des vacances toute l’année déjà ils subissent mon handicap je trouve ça une honte et rabaisser les handicapé qui veulent s’en sortir sans mettre en avant notre handicap c’est une souffrance et isolement précarité pour les personnes handicapés dans la société
    Merci les gouvernements vous êtes pas à notre place

  12. mon fils est reconnu travailleur handicapé,il a 24ans est ses tres compliquer de lui trouver un emploi ,il est accompagné par la garanti jeune qui lui propose un stage de 15 jours dans une grande surface pour gagner 400e et cela est renouveler pendand 1ans ,et si il ne trouve pas il n’est pas payer a son age je voudrai que mon fils soit économe qui fasse sa vie comme un homme normal car il vit avec ses parents est sa deviens tres frustrant pour lui j’espere que cela va bouger pour donner la chance a ces personnes qui n’ont pas demander d’etre handicapé

  13. la honte de ce pays donneur de leçons au passage est que la personne handicapée ou atteint de maladie ,ne mérite pas plus,puisque l’on ne peut plus travailler.merci la solidarité!

  14. Comment et par qui les savants calculs du Gouvernement sont-ils faits ?
    Il y a des moments où l’on aurait honte d’être français même si on est soignés chez nous.
    C.S.

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