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Pour certains spectateurs, le film montre que les personnes handicapées devraient accepter quiconque leur montre de l'intérêt… Quand bien même il s'agit d'un monstre.

La forme de l’eau : quatre Oscars et une vision négative du handicap ?

Si le dernier film de Guillermo del Toro, La Forme de l’eau, a fait chavirer l’Académie des Oscars, il n’en va pas de même pour certains spectateurs. Selon eux, cette romance fantastique déshumanise les personnes en situation de handicap.

Nommé treize fois, le long-métrage La Forme de l’eau est reparti avec quatre statuettes dimanche 4 mars lors des Oscars 2018. Ce chef d’œuvre romantique, selon certains, ne charme pas pour autant tout le monde. D’autres pensent qu’il incite les personnes en situation de handicap à « se contenter de vivre entre elles ».
Le pitch ? L’histoire d’un amour entre une jeune femme muette et un monstre marin. Élisa travaille comme femme de ménage dans un laboratoire top secret. La créature aux allures humanoïdes y subit de cruelles expériences.

Des personnes « diminuées dans leur humanité »

Beau sur le papier mais, après visionnage, très décevant pour Elsa Sjunneson-Henry, auteure et relectrice-correctrice d’œuvres de fiction spéculative. Sourde-aveugle, cette dernière se réjouissait pourtant à l’idée d’un film dans lequel « une héroïne invalide [va] prendre des décisions fortes et se montrer vraiment balèze ». Mais d’après elle, ce qui motive l’idylle entre la créature aquatique et la jeune infirme (accepter l’autre pleinement, au-delà de son physique ou de son invalidité) pousse les personnes en situation de handicap à se sentir « diminuées dans leur humanité ».

Elsa Sjunneson-Henry explique son point de vue dans un article intitulé “Ma place est là où sont les autres”. Elle écrit : « J’ai toujours su au fond de moi que les gens [valides] ne me considèrent que comme une demi-personne, une infirme. C’est pour ça que je déteste voir de telles histoires souligner que nous ne pouvons en aucun cas être désirés en toute connaissance de cause. » Selon elle, la fin même du film suggère que « les handicapés devraient se contenter de vivre entre eux ».

Un avis que n’est pas loin de partager Kim Sauder, étudiante en doctorat d’études critiques du handicap, elle aussi atteinte d’une infirmité et ayant publié un article titré “La Forme de l’eau, un fantasme romanesque toxique”. Pour elle, ce long-métrage peut laisser penser que trouver un conjoint relève du miracle. Les personnes handicapées devraient alors accepter quiconque leur montre de l’intérêt… Quand bien même il s’agit d’un monstre !

Les tabous sur le sexe et le handicap bousculés

À ces détracteurs, les fans de La Forme de l’eau peuvent opposer nombre d’arguments. Le véritable monstre n’y est pas l’Amphibien mais un être humain. À savoir le patron d’Élisa, un être violent et sans pitié, un harceleur. Par ailleurs, la jeune femme muette apprend la langue des signes à l’homme-poisson, ce qui leur permet de développer une relation très forte et même intime. Au point de mettre à bas « les tabous sur le sexe et le handicap » selon une autre bloggeuse, Kristen Lopez, critique de cinéma atteinte d’un handicap physique.

À chacun de se forger sa propre opinion. En sachant qu’il est toujours difficile d’être confronté à des personnages censés nous représenter.

À lire sur le Huffingtonpost.fr

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3 commentaire

  1. The other thing is, someone may be healthy, but they are allowed to use the placard to park in a disabled space if and only if they are picking up the disabled person who owns the placard. Like if the driver pulls into a senior center or restaurant to pic up their handicapped mother, they can use the placard to park in a handicapped spot. Of course they would hop out of their car like nothing, but be bringing back the handicapped person.

  2. Je ne suis pas d’accord avec l’aspect négatif. J’ai vu ce film, je suis tétra incomplète et pas une seconde je ne me suis sentie démunie. Au contraire, j’ai même eu l’impression d’être davantage en mesure de comprendre certaines choses que les copains valides avec qui j’étais. Notamment lorsqu’elle explique pourquoi elle l’aime : il est le seul qui la voit comme étant ce qu’elle est pour la simple et bonne raison qu’il ignore que c’est « anormal ». Quelle plus belle leçon que celle-ci ? Si on arrêtait de mettre en avant des différences plutôt que d’autres, peut-être ne paraîtraient-elles alors plus aussi dérangeantes dans la société. Mais ce qu’il y a c’est que de plus en plus, on voudrait voir des messages partout, juger tout comme si on était toujours concernés. Et si pour une fois on regardait ce film tel qu’il est : un film. Beau, bien mené, bien joué, aux musique magnifiques. Et c’est tout. L’histoire est ce qu’elle est et c’est avant tout une histoire d’amour, pas un combat social.

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