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Pour avoir une place dans un établissement spécialisé, les enfants et adolescents en situation de handicap doivent parfois attendre deux ou trois ans. ©Sébastien Le Clézio

Enfants handicapés : il manquerait au moins 30 000 places en établissements et services

Une récente étude pointe le nombre d’enfants en attente d’une place en établissement ou service médico-social dans la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Faire-face.fr a extrapolé ces données au niveau national pour obtenir une estimation du nombre de places à créer afin de répondre aux besoins.

« Il y a urgence ! Mon fils a besoin d’une place dans un établissement spécialisé pour retrouver une vie sereine. » Anne Péron vient de lancer un cri d’alarme dans les colonnes de Ouest-France. Enzo, 11 ans, est scolarisé dans une Ulis, une classe accueillant des enfants handicapés dans une école de quartier, à Guipavas (Finistère). Mais « il ne rentre plus dans les apprentissages, explique-t-elle. Enzo est arrivé au bout de ce qu’il pouvait faire en école ordinaire. »

Deux à trois ans d’attente

La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) lui a bien notifié une orientation en Institut médico-éducatif (IME). Le problème est qu’il faut attendre « entre deux et trois ans pour obtenir une place », reconnaît la directrice de la MDPH.

Le cas d’Enzo est loin d’être isolé. Les quotidiens régionaux relaient en effet souvent les témoignages de parents confrontés à l’absence de solutions adaptées aux besoins de leurs enfants. Hors-les-murs ou, à défaut, en établissement. Faire-face.fr aussi. En juin 2017, par exemple, nous relations le cas de ces parents ayant entamé une grève de la faim.

Pas de données nationales

Mais combien manque-t-il réellement de places en établissements et, surtout, en services ? Impossible de le savoir, faute de données. La synthèse que vient de publier le Creai Paca et Corse s’avère donc particulièrement instructive. Même si elle ne porte que sur six départements. À savoir Alpes de Haute-Provence (04), Hautes-Alpes (05), Alpes-Maritimes (06), Bouches-du-Rhône (13), Var (83) et Vaucluse (84). Elle compile les résultats d’études sur l’offre et les besoins menées entre 2012 et 2016.

Un indicateur variable d’un département à l’autre

Les auteurs recensent le nombre d’enfants en attente d’une place. Un indicateur difficile à instaurer car il n’existe pas de définition unique. Ainsi faut-il prendre en compte toutes les décisions d’orientations non satisfaites ou seulement les inscriptions effectives sur liste d’attente ? Selon le type de données collectées, qui peuvent varier d’un département à l’autre, le nombre d’enfants en attente rapporté au nombre de places installées varie de 54 % dans les Alpes-Maritimes à 6 % dans les Hautes-Alpes.

Moitié plus de places nécessaires

Dans les Alpes-Maritimes, par exemple, 2 000 places sont ouvertes. Dont 40 % en services, en Sessad essentiellement, et 60 % en établissements. Et 1 068 enfants sont inscrits en liste d’attente. Autrement dit, il faudrait moitié plus de places en établissements ou en services, 54 % donc, pour satisfaire l’ensemble de la demande. Au total, sur l’ensemble de la région Paca, il manquerait entre 2 600 et 4 000 places, selon cette étude du Creai. Et en France  ?

Le taux d’équipements en établissements et services pour enfants varie du simple au double selon les régions.

La région Paca sous-équipée

Le Creai ne le dit pas. Osons un rapide calcul. La région Paca est sous-dotée en établissements et services. Son taux d’équipement est de 8,1 places pour 1 000 jeunes de 0 à 19 ans alors que la moyenne nationale est de 9,6. Autrement dit, si le taux en Paca était dans la moyenne nationale, le nombre de places manquantes serait, en théorie, de 18 % inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. Soit entre 2 100 et 3 300.

Entre 30 000 et 47 000 places

Par ailleurs, la population âgée de 0 à 19 ans vivant en Paca représente un peu moins de 7 % de la population française de cette même tranche d’âge. Il faudrait donc créer entre 30 000 et 47 000 places, sur tout le territoire, pour répondre aux besoins d’Enzo et de tous les autres enfants handicapés n’ayant pas de solution adaptée à leurs besoins. Un résultat raccord avec une première extrapolation faite par Faire-face.fr sur la base de données récoltées en Vendée.

Cette estimation est certes grossière. Et ne tient pas compte de la nécessaire évolution de l’offre et de la société. Mais elle donne une idée de l’effort à fournir. Aujourd’hui, en moyenne, 2 000 places sont créées chaque année.

Un environnement à transformer

Le recours aux établissements continue à s’imposer aujourd’hui pour de nombreux parents d’enfants handicapés. Non comme une solution idéale mais parce que la vie en milieu ordinaire reste trop difficile à mettre en œuvre. Les services d’accompagnement ne sont pas assez développés. Les moyens de compensation insuffisants. Les écoles pas suffisamment adaptées, etc. Les besoins de créations de places évolueront donc en fonction de l’évolution de cet environnement. Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, affiche son intention de faire évoluer les choses. Les parents attendent des actes.

A propos de Franck Seuret

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Un commentaire

  1. 30 000 ce chiffre me semble optimiste ! Rien que pour les autistes de moins de 20 ans = 100 000 soit en moyenne 1000 par département.
    Si je compte dans mon département :
    1 seul IME agréé autisme et valable = 40 places pour les jeunes avec TSA + retard mental. Si on s’en tient à l’estimation la plus basse de prévalence, 30%, il faudrait 300 places.
    Ajoutons que les 40 places théoriques sont faussées par l’amendement Creton qui réduit le chiffre à moins de 35.

    Et, pour les autres (soit 700), 1 SESSAD agréé et valable de 24 places. Admettons environ 10 places valables dans un autre SESSAD généraliste géré et dirigé par les mêmes personnes, il manque donc :
    IME : 300 – 40 = 260
    SESSAD : 700 – 34 = 666
    Soit 926 places. Si on extrapole ça fait déjà environ 90 000 places manquantes rien que pour l’autisme.

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