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À 50 ans, ce skipper chevronné se lance dans sa première Route du Rhum. 6 560 kilomètres de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. © Bruno Saussier

Fabrice Payen, skipper et porte-voix sur la Route du Rhum

Le 4 novembre, le skipper Fabrice Payen prendra le départ de la Route du Rhum à bord de son trimaran Team Vent Debout. Ce marin chevronné souhaite faire reconnaître les aptitudes des navigateurs en situation de handicap.

Un jour, peut-être, la prothèse de Fabrice Payen deviendra aussi célèbre dans le milieu nautique que la jambe de bois du quartier-maître Long John Silver. Le pirate et héros de L’Île au Trésor de Stevenson. Deux défis de taille l’attendent pour cela. Le premier est de remporter la Route du Rhum 2018 dans sa catégorie (RhumMulti). Le second, de faire sauter le verrou empêchant aujourd’hui l’administration maritime de reconnaître les skippers handicapés aptes à exercer leur métier. Optimiste, Fabrice Payen n’exclut ni l’un, ni l’autre.

Une prothèse aussi chère qu’un bateau

La prothèse de Fabrice Payen est un bijou de technologie. Grâce à elle, il a retrouvé une grande autonomie. © Bruno Saussier

Si tout se passe bien, il devrait fêter ses 50 ans le 18 novembre, seul en pleine mer, du côté de la Guadeloupe. Un rêve pour ce navigateur expérimenté mais aussi un pari loin d’être gagné.

S’il sera sur la ligne de départ, le 4 novembre à Saint-Malo, c’est à la fois grâce à sa prothèse et à son bateau, Team Vent Debout. « Ils valent autant l’un que l’autre : 100 000 euros, s’amuse le skipper. Ma jambe n’est pas remboursée par la Sécu mais elle me permet de conserver une activité. »

Vers une renaissance professionnelle

Étanche, perfectionnée, robuste, son aide technique est dotée d’un gyrocompas et d’un accéléromètre. « Avec mon smartphone, je peux régler le mode de mon activité sportive : ski alpin, vélo, course… et j’ai le répondant nécessaire. »

Ce petit bijou de technologie va donc lui permettre de faire du chemin, sur mer comme sur terre. Et avec lui, Fabrice Payen est né une nouvelle fois, après quatre années de souffrances et de doutes (voir encadré). « Une fois ma jambe coupée, j’ai ressenti une libération mentale. » Maintenant, c’est à une renaissance professionnelle qu’il aspire.

Changer le regard et les règles maritimes

Skipper professionnel depuis plus de vingt ans, le navigateur a perdu la capacité d’exercer son métier aux yeux de l’administration maritime suite à son accident. La voile professionnelle est réglementée au sein de la Marine marchande. Et cette dernière lui a retiré son agrément pour cause d’inaptitude physique.

Mais Fabrice Payen compte bien prouver que sa prothèse n’enlève rien à ses qualités nautiques. Il va s’y appliquer tout au long des 3 542 milles (soit 6 500 km) séparant Saint-Malo de Pointe-à-Pitre. « Je veux faire le Rhum et apporter ma pierre à l’édifice du handicap. Il y a plein de choses à changer. Je veux montrer que grâce à la prothèse, une solution que beaucoup de chirurgiens considèrent comme un échec, on peut aller de l’avant. »

Sur les traces de Dorine Bourneton

Il va également s’appuyer sur le combat qu’a mené Dorine Bourneton. Cette pilote amateur est à l’origine d’un arrêté ministériel ouvrant aux personnes en situation de handicap l’accès à la licence de pilote professionnel. « Elle a réussi à faire évoluer la réglementation au sein d’Air France. Moi, je veux le faire aussi dans le domaine maritime. »

Sitôt le Rhum bouclé, Fabrice Payen redemandera l’aptitude, avec sa prothèse. « Pour voir le regard que peut avoir la Marine marchande sur la condition des navigants avec une amputation basse ou haute. »

Une vie dans les vagues

Fabrice Payen a tiré ses premiers bords chez les scouts marins, dans la baie de Saint-Malo. Rien d’étonnant à ce qu’il ait ensuite passé un certificat d’initiation nautique puis le brevet de patron de plaisance à la voile. Ses études de philo, jusqu’au DEA, ne l’auront pas éloigné de ses premières amours.
Ses débuts, il les fait sur des bateaux historiques comme Le Renard, Pen Duick III ou Kriter V. Nouvelle étape en 1997 : le brevet d’État voile habitable à l’École nationale de voile de Quiberon.

Celui qui a rencontré Éric Tabarly et navigué avec lui quitte la Bretagne, en 2003, pour la Méditerranée. Là, il régatait dix mois sur douze sur les plus beaux voiliers. Mais en 2012, durant un roadtrip à moto de 10 000 kilomètres, il se fait percuter en plein désert du Rajasthan (Inde). Suivront quatre années de calvaire médical avant l’amputation de sa jambe droite, le 4 juillet en 2016. Deux ans plus tard, jour pour jour, il devient papa de Mahée. « Le 4 juillet, c’est ma date. J’ai perdu un membre et j’en ai retrouvé un. »

A propos de Bruno Saussier

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