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Isabelle Gautier, en train de prendre connaissance du dossier médical de sa grand-mère dans les archives de l’Hôpital psychiatrique de Clermont-de-l'Oise. © La Faim des fous

Handicap et guerre 39-45 – « La Faim des fous » au Mémorial de Caen

Mercredi 10 octobre, Journée mondiale de la santé mentale, le documentaire La Faim des fous de Franck Seuret est projeté au Mémorial de Caen. De 1940 à 1945, 45 000 personnes en situation de handicap sont mortes de dénutrition dans les asiles psychiatriques à cause du rationnement alimentaire. Dans l’indifférence la plus totale. Un film pour lutter contre l’oubli d’un tragique épisode de le Seconde Guerre mondiale.

Hélène Guerrier, Georgine Descamps, Johanna-Maria Hertenstein, Yvonne Tremblé, Gabriel Ballanger, André C., Jean-Germain Barbet. Trois grands-mères, une grand-tante, un frère, un grand-oncle, un grand-père. Sept familles, sept personnes handicapées et un même destin. Celui d’avoir été internées entre 1940 et 1945. Celui d’y être mortes de faim, abandonnées par leur famille et dans l’indifférence d’un pays en guerre. Comme elles, 45 000 hommes et femmes handicapés sont morts de dénutriment dans les asiles psychiatriques au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Des histoires pour éclairer l’Histoire

La Faim des fous retrace ces histoires personnelles pour éclairer l’Histoire, celle des livres qui ont jeté ces morts aux oubliettes. Le documentaire du journaliste Franck Seuret sera projeté au Mémorial de Caen le 10 octobre. Deux symboles pour ce film qui raconte aussi un pays où les plus fragiles ont été ignorés. Le lieu, d’abord, écrin de la mémoire contemporaine et tout particulièrement de la Seconde Guerre mondiale. La date, ensuite, Journée mondiale de la santé mentale.

Hélène Guerrier, morte à l’Hôpital psychiatrique de Clermont-de-l’Oise en juin 1942. © La Faim des fous

Secrets de famille et quête de vérité

Dans ce film, des proches, ayant souvent appris par hasard l’existence de ces membres de leur famille, lèvent un voile douloureux sur un lourd secret. Fil rouge de ce film, Isabelle Gautier, tente de comprendre ce qui est arrivé à sa grand-mère Hélène Guerrier. C’est en triant les papiers de sa propre mère, après son décès, qu’Hélène entre dans sa vie.

« Une chape de plomb énorme pesait sur cet épisode de la vie de famille », souligne celle qui épluche les archives de l’Hôpital psychiatrique de Clermont-de-l’Oise (60) où sa grand-mère est décédée en juin 1942. Le spectateur la suit consultant son dossier. Sa voix remplie de larmes lit un compte-rendu médical. « Toujours énervée à la distribution de pain. Réclame une part plus grande. Se lamente : “J’ai faim, j’ai faim.»

Michel Ballanger, lui, balaie du regard ce qui fût le cimetière de l’Hôpital de la Roche-sur-Yon (85), devenu un potager. Son frère, Gabriel, est enterré là, « quelque part ». Il ne sait pas où. Gabriel souffrait d’arriération mentale profonde. Ses parents l’ont alors placé en établissement par peur qu’il ne soit violent vis-à-vis de son petit frère Michel. Dix-sept ans les séparaient. Gabriel est mort de faim deux mois après son internement.

Fin 1940, Vichy avait en mis en place le rationnement alimentaire, dans toute la France. Y compris au sein des hôpitaux psychiatriques. Mais les calories auxquelles donnent droit les tickets ne suffisent pas à assurer les apports indispensables. Pour pallier l’insuffisance de la ration, la plupart des Français parviennent à se procurer des vivres en plus, au marché noir notamment. Pas les internés, coupés de la société.

Une mort sociale, cause d’une mort biologique

Jeune femme, Hélène Guerrier a été lavandière à Paris. © La Faim des fous/Dessin de Jeanne Sterkers

La force de La Faim des fous tient à ces témoignages qui rendent vie à ces anonymes et expliquent un système que le psychiatre Max Lafont a qualifié « d’extermination douce » dans un livre éponyme. Mais également à ses choix filmiques et esthétiques. Notamment à cette façon de placer le spectateur face à face avec ses propres questionnements. Des secrets… n’en existent-ils pas, plus au moins lourds, dans toutes les familles ?

Sur ce pan d’histoire, peu d’images d’archives et très peu d’images familiales. Les magnifiques dessins d’illustration de Jeanne Sterkers pallient admirablement ce manque. Quant aux archives papier, elles jalonnent le documentaire, éclairées de chiffres et d’explications apportées par des historiens.

Ainsi, Isabelle von Buetzingsloewen, spécialiste de l’histoire de la santé publique et de la médicalisation du XVIIIe au XXe siècles souligne-t-elle : « Ces malades sont morts biologiquement entre 1940 et 1945 mais, socialement, ils étaient déjà morts avant la guerre. »

Quelle place aujourd’hui pour les personnes différentes ?

En décembre 2016, le président François Hollande a inauguré une plaque Place du Trocadéro, à Paris, pour ne plus les laisser dans l’oubli. La Faim des fous y contribue aussi et va plus loin. En invitant à réfléchir via un prisme plus large. Hier, l’oubli. Et aujourd’hui ? Quelle place notre société accorde-t-elle à celles et ceux qui vivent avec une différence ?

Projections au Mémorial de Caen mercredi 10 octobre à 19 heures. Entrée gratuite dans la limite des places disponibles.

Les projections à venir et le DVD

Pour connaître les prochaines dates de projection de La Faim des fous, suivez la page Facebook du film.

Vous pouvez également vous procurer le DVD en envoyant un mail à : assopourmemoire@gmail.com – Prix : 15 euros

A propos de Valérie Dichiappari

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