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Dans la population générale, une femme sur sept est victime de violences sexuelles. C'est une sur quatre lorsqu'elle est handicapée de naissance, selon l'enquête APF France handicap.

Femmes en situation de handicap : des droits doublement bafoués

Sexisme, inégalités, violences de tous ordres : être femme et en situation de handicap en 2019, c’est encore et toujours subir une double discrimination. En ce 8 mars, Journée des femmes, APF France handicap publie un plaidoyer pour défendre leurs droits et porter leurs voix.

Femmes incomplètes. Ne correspondant pas aux canons de la féminité qu’impose la société. Femmes asexuées ou pas assez sexy. Mal soignées et mettant ainsi potentiellement leur vie en danger. Femmes jugées incapables de s’occuper d’un enfant. Sous-estimées, précarisées, violentées.

Ces femmes, ce sont celles en situation de handicap, victimes des inégalités subies par les femmes en général et des préjugés qui collent aux personnes handicapées en particulier. Une double discrimination.

Perception d’elles-mêmes, emploi, éducation, accès aux soins, dépendances diverses, parentalité, vie affective et sexuelle… : dans tous ces domaines et d’autres, elle ont été 3 100 à répondre à l’enquête en ligne d’APF France handicap. De manière anonyme ou pas. Et elles ont beaucoup à dire.

Pas regardées comme des « vraies femmes »

« Il est pour moi difficile de me sentir “femme” au niveau de la vie affective et sexuelle. En effet, le handicap a souvent pour conséquence le fait de nous infantiliser, même à plus de 30 ans. La plupart du temps, les hommes n’étant pas en situation de handicap ne nous voient pas comme une femme dans tous les sens du terme… », témoigne Céline, 34 ans, atteinte d’une déficience physique de naissance.

Aïcha Tessier, 54 ans, handicapée de naissance, a, elle, ressenti très violemment les remarques acerbes liées au fait que son mari est un très bel homme et à sa maternité jugée « contre-nature ».

Fortement discriminées dans l’emploi

Dans l’emploi aussi, les femmes en situation de handicap essuient préjugés et sexisme. Lors d’un entretien d’embauche, X, 46 ans, atteinte d’une déficience physique, a ainsi dû subir les propos discriminatoires d’un recruteur. « Avec une femme, ce n’est déjà pas facile mais si en plus elle est en fauteuil, on n’a pas fini. »

Dans son baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, le Défenseur des droits a d’ailleurs mis en exergue, en 2016, que près d’une femme handicapée sur deux est victime de discrimination au travail. Avec notamment de lourdes conséquences sur son déroulement de carrière.

Mal prises en charge pour leur soins spécifiques

Question accès aux soins, ce n’est pas mieux. À cause du manque de matériels adaptés chez le gynécologue, par exemple. Ainsi, selon l’Institut de recherche et de documentation en santé (Irdes), une femme en situation de handicap sur trois n’est pas dépistée pour le cancer du col de l’utérus.

À cause aussi de comportements inappropriés. « Qu’on forme les médecins à nous écouter et nous croire, par défaut la femme ment, augmente ses douleurs… Résultat : on fuit le plus possible les médecins », souligne X., 35 ans, atteinte d’une déficience physique.

Des violences multiples

À tout cela s’ajoutent les maltraitances et/ou les violences. Près de 40 % des femmes ayant répondu à l’enquête APF France handicap estiment en avoir été ou en être actuellement victimes. Des violences verbales, physiques, psychologiques, économiques, sexuelles.

Dans bien des cas, la vulnérabilité, quelle qu’elle soit, accroit ce risque de se trouver exposée à des situations extrêmes. Lætitia, 25 ans, atteinte d’une déficience physique de naissance parle d’un « ex-petit copain qui me disait que les personnes en situation de handicap sont faibles et qu’il fallait toutes les tuer… Tentative de viol et fellation forcée avec deux hommes dont j’étais proche. »
X., 70 ans, atteinte d’une déficience physique à 55 ans explique : « J’ai été victime de violences sexuelles : des rapports forcés alors que je ne peux pas me défendre. »

Une femme sur quatre victime de violences sexuelles

Selon l’enquête, plus d’une femme sur quatre (26 %) ayant un handicap de naissance déclare avoir subi des violences sexuelles. Un chiffre s’élevant à une sur dix lorsque le handicap est acquis. Dans la population générale, une femme sur sept est concernée par une violence sexuelle au cours de sa vie. Chiffres, témoignages : il est urgent de prendre enfin en compte les spécificités des femmes en situation de handicap, de toutes les femmes.

Un plaidoyer et des revendications

Des problématiques spécifiques aux femmes en situation de handicap, insuffisamment prises en compte par les politiques publiques. Avec pour conséquence des droits fondamentaux bafoués. Tel est le constat global qu’APF France handicap dresse dans son plaidoyer « Femmes en situation de handicap : stop aux stéréotypes, aux inégalités et aux violences ! »

Pour l’association, il est plus qu’urgent d’agir et elle avance de nombreuses revendications pour les femmes en général et celles en situation de handicap en particulier. Parmi lesquelles : le renforcement de la lutte contre les violences faites aux femmes et la prise en compte de la dimension handicap dans les politiques publiques à destination des femmes. Éducation, emploi, ressources, aides, santé et prévention, vie affective et sexuelle… : dans chaque domaine, son plaidoyer pose des mesures concrètes. Pour que les droits des femmes en situation de handicap soient enfin mieux respectés.

Pour télécharger le plaidoyer : apf-francefhandicap.orf/femmes

A propos de Valérie Dichiappari

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Un commentaire

  1. Helas nous connaissons bien souvent tout cela car considérées comme plus faible en tant que femme et comme vous dites doublement pénalisées car on a en plus un handicap. Apres avoir subie tout celà car tombée sur des hommes qui ont bien profiter du fait que je ne puisse pas trop me défendre. Au travail, idem. Dit par ma responsable, que je suis un sous-être. Bref beaucoup de consequences, car j’ai comme nombreuses d’entre nous des tas de reflexions qui m’ont été dites. Donc les consequences sont enormes. A chaque fois, il faut se remonter la santé et le moral. Mais ne jamais baisser les bras. Ca demande de l’energie. Et chacune d’entre nous avons du courage. Effectivement il faudrait que le gouvernement actuel se penche là-dessus. Notre precarite est d’autant plus importante lorsque l’on est une femme. Tout est dit dans votre article.

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