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Précarité financière, souffrance physique, isolement... : autant de facteurs qui fragilisent.

Prévention du suicide : comment aider son proche

10 septembre : Journée mondiale de prévention du suicide. Nous avons demandé à Lucas Bemben, psychologue clinicien et psychothérapeute à Nancy au sein d’un foyer d’accueil médicalisé comment il est possible d’accompagner les personnes présentant un risque suicidaire.

Faire-face.fr : Existe-t-il un risque suicidaire particulier chez les personnes handicapées ?

Lucas Bemben : Les facteurs de souffrance humaine sont les mêmes pour tous : solitude, peur d’être sans valeur, de l’abandon, de l’échec, impuissance face aux événements…

Certes, le manque de ressources financières, la souffrance physique, l’isolement de nombreuses personnes handicapées les fragilisent. Mais on peut vivre ces souffrances sans jamais être en situation de danger suicidaire si existent autour de soi aussi des facteurs de protection, comme les aidants.

Encore faut-il que ceux-ci aient une possibilité de répit lorsqu’ils en ont besoin. Car il existe une forme de suicide dite ʺaltruisteʺ, actée dans l’idée de soulager son entourage.

Des émotions qui épuisent et une réalité déformée

Ce qui favorise la rumination des idéations suicidaires c’est aussi l’ennui. Si la vie se résume à être levé.e, lavé.e, manger, attendre dans un fauteuil, être remis.e au lit, que peut-on en attendre ? Or, même très dépendant.e, on peut avoir un projet, une raison de se lever. Rencontrer quelqu’un, aider les autres, trouver une occupation à son goût… Le regard posé sur soi, ses potentialités et non ses déficits, s’avèrent capitaux.

Un état dépressif ou des idées suicidaires n’ont rien de normal.  Il faut aussi prendre garde à ne pas considérer que la déficience intellectuelle réduit le risque.

Faire-face.fr : Comment se manifeste concrètement l’imminence du suicide ?

L.B : Dans la crise suicidaire (risque de tentative dans les 48 heures) la personne se retrouve submergée par ses émotions. Elle en vient à ne plus pouvoir envisager de solutions lui permettant de s’en sortir. Ses émotions l’épuisent et la réalité devient floue, déformée. La personne ne cherche plus la résolution de problèmes mais l’effacement de la souffrance.

Observer les changements de comportement

Se résigner finalement à la mort peut provoquer des réactions très paradoxales. Libérée de son fardeau par l’imminence de la délivrance escomptée, la personne se sent mieux. Ce soudain changement doit mettre la puce à l’oreille. Mais cette crise n’est pas forcément très visible et il n’existe pas de réactions type.

Il faut surtout être attentif aux modifications de comportement par rapport à la norme de la personne en question, qui témoignent d’un changement de ʺclimat mentalʺ. Pour les personnes en situation de grand handicap, les signes peuvent être très subtils. Ils sont repérables uniquement par les personnes qui les côtoient le plus au quotidien, proches et assistants de vie par exemple.

Ne pas juger mais proposer son écoute

Faire-face.fr : Comment accompagner un proche dans une telle situation ? 

Lucas Bemben : Chaque situation est unique. Mais il faut permettre à l’autre de s’exprimer sur ses émotions, sans jugement, pour l’aider à se sentir compris et légitime dans sa souffrance. On peut aussi réfléchir avec lui ou elle aux stratégies de résolution de problèmes à adopter. C’est la lutte contre l’épuisement des ressources cognitives.

Ne pas juger rationnellement. Les émotions ne disparaitront pas avec de la logique. Éviter les phrases creuses du type « je comprends » ou « tu verras, ça va s’arranger ». Préférer « Je ne peux savoir ce que tu ressens mais je veux bien que tu essayes de me l’expliquer ».

Mesurer l’ampleur de la souffrance et répondre à l’urgence

Aussi, il est important de parler directement de l’idée de suicide, la nommer. Si toutefois on se trompe sur l’état de la personne, cela ne créera pas des idées en elle. Elle verra en revanche que l’on a mesuré l’ampleur de sa souffrance.

En situation d’urgence, orienter chez un professionnel (psychiatre, psychologue), quitte à accompagner la personne au rendez-vous. L’hospitalisation sous contrainte est à manier avec précaution au risque de perdre sa confiance. Mais elle est parfois nécessaire quand il s’agit de sauver la vie. L’idéal est toutefois d’obtenir son adhésion en amont.  

Note : cet article n’aborde pas la maladie psychique ou les effets secondaires de certains médicaments.

A propos de Elise Descamps

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