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Le jour même de la rentrée, 20 000 à 25 000 élèves n'avaient pas leur AESH, selon Autisme France, Info droit handicap et Toupi.

Rentrée galère pour plus de 10 000 élèves handicapés

Trois semaines jour pour jour après la rentrée, 11 000 à 13 000 enfants handicapés n’auraient toujours par l’accompagnement scolaire dont ils ont besoin, estiment trois associations dans la troisième édition de leur enquête annuelle. Faire-face.fr en dévoile les résultats en avant-première.

La rentrée pour tous ne reste encore qu’un joli slogan. Alors que la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées a occupé le terrain médiatique pour vanter son service public de l’école inclusive, de nombreux enfants en situation de handicap ont eu du mal, cette année comme les années précédentes, à (re)prendre le chemin de l’école. Et Sophie Cluzel a été obligée de le reconnaître, le 10 septembre, sur Europe 1. « À peu près 4 % » n’avaient pas encore leur accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH).

Une tendance fiable

Ce chiffre semble même en deçà de la réalité, à en croire les résultats de l’enquête menée par Autisme France, Info Droit handicap et Toupi. Cette étude ne prétend pas être exhaustive. Mais elle permet de dégager une tendance relativement fiable. Surtout que c’est la troisième année consécutive que ces trois associations mènent pareille enquête.

Plus de 1 700 parents d’enfants en situation de handicap y ont répondu. Ils ont rempli le questionnaire en ligne, entre le 2 et le 10 septembre. 527 d’entre eux se sont retrouvés sans AESH le jour de la rentrée, alors que leurs besoins avaient été reconnus par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

1 enfant sur 10 sans son AESH le jour de la rentrée

« Sur la base de ces résultats et de notre expérience des deux enquêtes précédentes, nous pensons donc que, le jour-même de la rentrée, 20 000 à 25 000 élèves n’avaient pas leur AESH », explique Marion Aubry, la vice-présidente de Toupi. Soit 10 à 12 % des 200 000 disposant d’une notification. « Et, actuellement, nous estimons que 11 000 à 13 000 en restent privés », poursuit-elle. Soit 5,5 à 6,5 %.

2 000 enfants privés d’école, faute d’AESH

Parmi les 527 élèves sans AESH, comptabilisés dans l’étude, 89 n’ont pu bénéficier que d’un temps de scolarisation réduit. Et autant ont été totalement privés d’école, soit 17 %. Le même taux que les deux années précédents.  Les auteurs de l’étude estiment donc qu’il est raisonnable de l’extrapoler au niveau national. À l’échelle de la France, 1 900 à 2 200 élèves handicapés (= 17 % des 11 000 à 13 000 enfants sans AESH) n’auraient donc pas du tout pu faire leur rentrée.

Sur les 527 enfants sans AESH, 89 n’ont pas pu être scolarisés.

Une estimation raccord avec les données des députés

Ce chiffre de 11 000 à 13 000 est cohérent avec les conclusions de la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés. Selon les députés, 15 000 élèves étaient en attente d’accompagnement en octobre 2018. Et cinq mois plus tard, ce nombre restait à un niveau très élevé : 12 000.

« Ce qui montre que ces problèmes de pénurie sont durables et récurrents et ne sont pas seulement liés à des soucis de début d’année », souligne Marion Aubry. Ils s’expliquent, notamment, par la volatilité des accompagnants recrutés sur des contrats courts, de quelques mois ou d’un an.

Du retard dans l’embauche des AESH

Cette année, cependant, le gouvernement a amélioré les conditions d’emploi des AESH. Tous sont désormais censés bénéficier d’un CDD de trois ans. Le ministère de l’Éducation nationale devrait donc avoir à sa disposition un corps d’AESH.

Mais ce cadre était loin d’être opérationnel : de nombreux AESH n’avaient pas de contrat et/ou d’affectation la veille de la rentrée. De plus, malgré la réforme, « le métier d’AESH reste peu attractif, avec des temps partiels subis et une rémunération faible », pointe Marion Aubry. Ce qui entraîne des difficultés de recrutement.

Des effectifs d’AESH insuffisants

Par ailleurs, les effectifs semblent sous-dimensionnés. L’étude montre, entre autres, que 36 % des élèves en attente d’une notification ont déjà un AESH. « Tant mieux pour eux mais si les moyens en personnel sont calibrés sur les décisions effectives de la MDPH, cela signifie que des élèves avec une notification en bonne et due forme sont privés d’AESH. » Ou n’ont pas d’accompagnement à hauteur de leurs besoins reconnus par la MDPH.

33 % des parents d’enfants auquel un accompagnement mutualisé a été prescrit par la MDPH estiment le nombre d’heures d’intervention insuffisant.

Pas assez d’heures en cas d’accompagnement mutualisé

Ce qui était d’ailleurs le cas pour 99 des 1 700 enfants de l’enquête. Sans compter les élèves dont l’AESH mutualisé (*) n’est pas assez présent à leurs côtés. 33 % des parents d’enfants auquel un accompagnement mutualisé a été prescrit par la MDPH estiment que le nombre d’heures d’intervention est insuffisant. L’école inclusive reste un chantier à parachever.

(*) Dans ces cas, la MDPH ne notifie pas le nombre d’heures dont les enfants doivent bénéficier. La décision revient à l’Éducation nationale.

Combien d’enfants à temps partiel ?

35 % des répondants à l’enquête indiquent que leur enfant sera scolarisé à temps partiel. C’est moitié plus que ce qu’indiquent les données de l’Éducation nationale. « Les chiffres officiels nous laissent dubitatifs, pointent les trois associations. Nous nous demandons comment l’information est collectée. Car le temps de scolarisation résulte souvent d’une  »négociation » – il serait parfois plus juste de parler de pression – entre l’établissement scolaire et les parents. Sans que le rectorat ne soit réellement au courant. »

Par ailleurs, « bien souvent, le nombre d’heures de scolarisation est égal au nombre d’heures d’accompagnement notifié. Ce qui semble montrer que c’est le nombre d’heures d’accompagnement qui détermine leur temps de scolarisation. Est-il normal de contingenter le nombre d’heures d’AESH individuelle ? » Et donc, in fine, le droit effectif à l’école.

A propos de Franck Seuret

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9 commentaire

  1. Les PIALinstaurent de fait un accompagnement mutualisé.Et le maître mot de l’EN est AUTONOMIE,c’est à dire moins d’AESH

  2. Ce qui n’est pas pris en compte dans les études c’est la suite. J’ai répondu à l’enquête à la rentrée : mon fils avait une avs. Il est notifié pour 15 d’AVSI. 10 jours plus tard cette dernière démissionné remplacée par un autre qui change d’établissement au bout de 2 jours. La semaine suivante bidouillage complet et aucune information de la directrice. Vive les PIAL qui favorisent le bidouillage dans les écoles sans le dire aux parents. Résultat : 2eme semaine sans avs nommée… a mon avis il y a beaucoup d’autres cas qui sont cachés aux parents. Des avs mutualisées au lieu de la notification d’AVSI. ..

    • A votre avis pourquoi les AESH démissionnent ? c’est mon cas. J’expique : avec la mise en place des PIALs c’est du grand n’importe quoi. On ne sait plus qui s’occupe de nous, on ne nous donne pas les infos, on perd nos contrats, ou on commence à travailler sans contrat, et sans emploi du temps de fixé correctement. Perso, on m’a imposé un poste qui ne me convenait pas, sans m’avoir jamais rencontrée, alors qu’on confiait une tâche d’accompagnement à une collègue qui m’aurait convenue mais pas à elle. Cherchez l’erreur. Vous connaissez vous des employeurs qui « collent » leurs employés à n’importe quel poste dans avoir discuté même pas 5mn avec eux. Ce sont les enfants qui trinquent et leurs parents. Car au lieu d’arranger tout le monde on fait n’importe quoi. Je n’ai plus le droit de cumuler un autre emploi alors qu’on a des CDD de 24H. il faut être disponible pour aller n’importe où… Accepteriez vous cela pour même pas 700 euros par mois.. il y a un moment où çà dépasse les bornes; Personne ne se soucient des AESH. Même si on aime notre métier, ras le bol.

  3. Mon fils de 9 ans était en classe Ulis mes depuis la rentrée pas de maîtresse spécialisée ni AVS donc il et dans le coin d’une classe a faire du collage depuis la rentrée scolaire il dit que personne veut de lui ou l’aider ayant déjà un petit retard à l’école suite a un handicap psychologique au décès de ça maman
    Pas de place en SESSAD en attente depuis 2 ans

  4. Si le nombre d’heures d’AVS mutualisée n’est pas indiqué sur les notifications MDPH, en revanche doivent être précisés sur celles-ci les actes pour lesquels l’enfant a besoin d’aide, ce point relevant de la décision de la CDAPH. Or, cette directive n’est pas appliquée par certaines MDPH (Tarn et Garonne par exemple) !

  5. bonjour, quelqu’un peut il me dire combien se fait une aesh net par mois 27 h semaine ?

  6. Catastrophe. L aesh i de ma fille pour d autres enfants de l abus de l abus…aesh i transformé en aesh mut

  7. Lorsque je lis qu’il manque d’AESH, je ne comprends pas ce que fait l’éducation nationale. J’ai signé un contrat AVS CUI le 2 mai 218. J’ai accompagné un petit élève atteint d’asperger et tout se passait merveilleusement bien avec lui. Le 31 janvier 2019 j’ai reçu un mail de la responsable des AESH qui me proposait de renouveler mon contrat, proposition que j’ai accepté le jour même. 15 jours avant la fin de mon contrat j’ai été convoquée par la responsable de la circonscription pour soit disant faire un bilan de compétences, n’ayant jamais eu de reproche à ce sujet et ayant fait les 60 heures de formation obligatoires plus une formation spéciale en sus sur le syndrome d’asperger afin d’aider au mieux mon élève, la responsable de la circonscription n’a fait que me déballer des « ont dit » des propos diffamatoires à mon propos, sans me préciser qui racontait ce genre de propos. Bref, je n’ai eu aucun moment où j’ai pu me défendre. Après j’ai su que la Directrice de l’école et les deux stagiaires qui faisaient la classe dans laquelle j’étais avaient monté un dossier à charge contre moi sans que je sois au courant. Par la suite, une autre AESH dans la même école a eu exactement les mêmes reproches lors de son évaluation et n’a pas été renouvelée. A ce jour, je n’ai jamais reçu de compte rendu de cet entretien, ni de nouvelle concernant mon renouvellement. Les AESH travaillent pour un salaire de misère et beaucoup d’enseignants les prennent un peu pour des personnes niaises qui ne peuvent rien faire d’autre et les prennent de haut. Pour ma part, j’ai voulu faire ce métier par passion, j’ai été assistante juridique pendant 25 ans, donc je ne pense pas être intellectuellement inférieure aux stagiaires qui faisaient la classe, bien au contraire. Je pense que la présence d’une AESH dérange certain enseignant et qu’ils font tout pour s’en débarrasser. Il est bien dommage. A ce jour, je n’ai plus aucune nouvelle de personne et me retrouve au chômage alors que l’on manque tant de personnel AESH.

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