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À l'Esiam, Sébastien Girard Riodel s'occupe de la communication, fait de la couture et propose des visites guidées. © DR

« Même handicapé, je suis une valeur ajoutée, pas un déchet. »

Sébastien Girard Riodel a retrouvé le sourire. Le 3 janvier 2017, après six ans de chômage, il a signé un CDI à l’Esiam de Mauléon dans les Deux-Sèvres. Une entreprise à but d’emploi, où l’on embauche avant de créer l’activité, comme le veut l’expérimentation “Territoires zéro chômeur de longue durée”.

« Ma vie professionnelle d’avant était tournée vers le service à la personne. J’ai travaillé dans une maison de retraite, une clinique, puis j’ai été surveillant de nuit dans un établissement pour personnes âgées handicapées. C’est là que mon dos à lâché, en 2010, avec une hernie discale paralysante.

J’ai été opéré, mais la réussite n’a pas été totale. D’où six ans de galère en recherche d’emploi. J’ai été suivi un an environ par Cap emploi.

Un bon CV mais un handicap évolutif

Les recruteurs se montraient frileux. J’avais certes un très bon CV, mais un handicap évolutif. Alors j’ai commencé à travailler à mon compte en vendant des bijoux fantaisie sur les marchés. Mais en 2013, une nouvelle hernie discale paralysante m’a contraint à arrêter.

Du coup, lorsque j’ai reçu un courrier de Pôle emploi parlant d’un projet pour les chômeurs de longue durée, j’ai un peu rigolé. Nous étions en 2015. Une Maison de l’emploi venait d’être créée à Mauléon, sous la houlette d’ATD Quart Monde, pour porter ce projet.

Des activités non concurrentielles

J’ai commencé à assister à des réunions pour faire le point sur nos compétences et trouver des activités non concurrentielles. Petit à petit, s’est constitué un noyau dur de 20 personnes. Puis, Thierry Pain, un ancien DRH intéressé par le projet, nous a rejoint. C’est lui qui a pris la direction de l’Esiam, Entreprise solidaire d’initiatives et d’actions mauléonnaise qui nous a embauchés. En novembre 2016, Mauléon était sélectionné pour participer à l’expérimentation “Territoires zéro chômeur de longue durée”.

À l’ouverture de l’Esiam, nous avions identifié nos postes. Comme j’avais fait une newsletter pour ceux qui étaient absents aux réunions, on m’a mis sur l’informatique et la communication. Je fais aussi des visites du Mauléonais, une activité que j’exerçais déjà comme bénévole. Il m’arrive également de coudre à l’atelier tissu. C’est sympa de tourner sur différentes activités. Je ne savais pas que je savais faire autant de choses.

Polyvalence, créativité et entraide

Nous essayons toujours d’être créatifs et y travaillons ensemble, en partant chaque fois de rien. Comme pour ces sacs poubelles destinés au papier, que nous avons faits pour la Maïf à partir de chutes de tissus. Nous sommes aussi très attentifs aux difficultés, aux handicaps. En cas de fatigue, une deuxième personne vient appuyer la première. Cela m’arrive pour les visites où un collègue peut prendre le relais.

Lors de la deuxième année d’activité, nous avons fait un gros travail d’adaptation des postes avec la médecine du travail, Cap emploi et un ergothérapeute. Et puis, il y a toujours beaucoup d’entraide.

Aujourd’hui, je revis et j’ai retrouvé une certaine dignité. Je n’étais pas suicidaire mais j’en étais venu à penser que je ne servais à rien. À présent je peux dire que même si je suis handicapé, je suis une valeur ajoutée, pas un déchet. »

A propos de Corinne Manoury

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