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Proposer des aides au handicap à prix modiques via des matériels de récupération, mettre les plans de fabrication à disposition et faire soi-même : voilà la démarche du Humanlab. © My Human Kit

À Rennes, des fauteuils roulants motorisés grâce à des vélos électriques recyclés

Ajouter une assistance électrique à un fauteuil roulant pour un peu plus de 100 euros. Voilà le tour de force réalisé par des usagers, salariés et bénévoles du Humanlab, à Rennes, un atelier de fabrication numérique dédié à la santé.

Grâce à la motorisation de son fauteuil, Guillaume, le responsable administratif et financier de My human kit, se déplace plus facilement avec ses enfants. © My Human Kit

Dans cet espace collaboratif, sont nées des prothèses et des aides au handicap à prix modiques. Et voilà plus d’un an, la Troti-e. « Il s’agit d’une fourche de vélo sciée, à laquelle on a soudé un châssis métallique pour y installer une roue motorisée », résume Yohann Véron, fabmanager.

La première version a ainsi vu le jour à l’été 2018, à Rennes, à l’occasion d’un hackathon ou marathon de bricoleurs. Un partenariat entre le Humanlab et l’association d’auto-réparation de vélos, La Petite Rennes.

« Un de nos bénévoles souhaitait motoriser son fauteuil pour pouvoir suivre ses enfants plus facilement. On a travaillé là-dessus. Nous nous sommes inspirés d’un projet de Josemaria Arocena, un espagnol qui a adapté l’avant d’une trottinette électrique sur un fauteuil roulant manuel. »

De la récupération à l’innovation

Pour imaginer le prototype, l’économie circulaire a marché à plein. Comment ? Via la récupération des batteries et moteurs d’anciens vélos électriques loués aux Rennais. « Grâce à un partenariat avec la Petite Rennes, nous leur avons donné une deuxième vie. »

Au bout de ce marathon : un dispositif d’assistance électrique amovible pour fauteuil roulant. Coût de revient de l’innovation ? Autour de 150 euros : essentiellement le prix de la carte électronique. « Elle nous a permis de prendre le contrôle du moteur. Dans le commerce, un système équivalent vaut entre 3 à 7 000 euros. »

Faire soi-même et adapter à ses besoins

Mais attention : le Humanlab ne vend pas ce dispositif. Il met à disposition le mode d’emploi et il faut le fabriquer soi-même. Jusqu’à présent, une dizaine de Troti-e a ainsi été réalisée.

Le dispositif de la Troti-e fonctionne aussi sur des vélos ou des tricycles. My Human Kit

Une fois les mesures prises, le prototype a l’avantage de s’adapter à tous les fauteuils manuels. Et même à d’autres moyens de locomotion. Il a ainsi été installé sur le tricycle d’une fillette de 6 ans.

Un jeune homme circule, lui, sur une Vespace. « Il marche lentement et souhaitait se déplacer à la même vitesse que ses amis à l’université. On a créé ensemble ce “véhicule”. » Une sorte de plateforme à trois roues, avec deux roues de fauteuils roulants à l’arrière et à l’avant une roue de vélo motorisée.

Améliorer le prototype

Avec deux roues de fauteuil et une de vélo, le Humanlab a fabriqué un engin pour cet étudiant. © My Human Kit

Les plans de la Troti-e sont disponibles en open source. Ils peuvent être reproduits par chacun et surtout améliorés. À Rezé, près de Nantes, où un autre Humanlab a ouvert ses portes, Michaël Elie, l’un des bénévoles, y travaille. « Notre objectif est d’en créer un en 2020 qui puisse se régler directement sur tous les fauteuils, sans avoir à prendre de mesures en amont. »

À Beaupréau, dans le Maine-et-Loire, Mathieu Charon a lui réalisé une version pour sa mère. « L’association rennaise m’a donné une roue, un moteur et une batterie de vélo électrique. J’ai acheté le reste des pièces. Pour la partie métallique, ça a été vite, je suis soudeur de formation. En une journée et demie, le montage était fini. »

Grâce à ses connaissances, il a lui aussi amélioré la Troti-e en ajoutant une potence réglable. « Le guidon peut basculer en avant ou en arrière. Ma maman qui marche encore un peu, apprécie. »

L’association possède encore une cinquantaine de batteries et de moteurs. Elle en fait don aux personnes qui souhaitent se lancer. Mais prévient Yohan Veron, « toute personne construisant et/ou améliorant ce prototype engage sa propre responsabilité. En tant que FabLab, ce n’est ni notre rôle, ni notre volonté. »

A propos de Céline Diais

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