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Cette récente étude de la Drees apporte des éléments intéressants au débat sur le projet de loi réformant les retraites, qui démarre ce mardi 18 février au Parlement. ©Ruwadium

Travailleurs handicapés : la dèche en attendant la retraite

Entre leurs 50 ans et leur départ à la retraite à 62 ans bien tassés, les travailleurs handicapés ont peu d’activité professionnelle. Moins de quatre ans en moyenne. Ils doivent donc passer huit années sans salaire ni pension.

Les personnes handicapées arrêtent de travailler plus tôt… mais prennent leur retraite plus tard. C’est une situation paradoxale que dessine la dernière étude de la Drees. Paradoxale mais logique au vu de la réglementation et des usages sur le marché du travail.

Cet organisme de recherche rattaché au ministère des Solidarités s’est intéressé au sort des travailleurs entre leur 50e anniversaire et leur départ à la retraite (la liquidation dans le jargon technique).

Sans surprise, ceux qui se déclarent « fortement limités dans les activités que les gens font habituellement » passent beaucoup moins de temps en emploi que les personnes sans incapacité. Après 50 ans, les premiers travaillent à peine quatre ans contre plus de dix ans pour les seconds.

Huit années sans emploi ni retraite

Pourtant, ils liquident leurs droits à la retraite un peu plus tard : 62,4 ans contre 62,1 ans. Entre 50 ans et 62,4 ans, ils passent donc plus de huit années sans emploi ni retraite. C’est-à-dire sans ressources autres que les allocations chômage, une pension d’invalidité, l’allocation adulte handicapé, le RSA, voire les revenus de leur conjoint. C’est nettement plus que les personnes qui ne déclarent aucune activité (1,8 année).

Peu de retraites anticipées pour carrière longue

En France, l’âge d’ouverture des droits à la retraite est fixé à 62 ans depuis la réforme de 2010 (auparavant, il était de 60 ans). Divers dispositifs permettent toutefois, sous certaines conditions, de devancer cette échéance. L’un des principaux est la retraite anticipée pour carrière longue. Au régime général, elle représente plus de 25 % des départs à la retraite. Les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans et ayant cotisé suffisamment longtemps peuvent partir à la retraite dès 60 ans. Or, les personnes handicapées remplissent rarement ce double critère.

Conditions trop restrictives pour la retraite anticipée pour handicap

Certes, il existe un dispositif de retraite anticipée spécifique aux travailleurs en situation de handicap. Il permet de faire valoir ses droits à la retraite entre 55 et 59 ans. Mais ses conditions sont tellement restrictives qu’en 2018, seules moins de 3 000 personnes ont pu en bénéficier.

Résultat, à 61 ans, 42 % des personnes sans incapacité sont déjà retraitées contre 19 % des personnes handicapées.

Le mauvais coup du recul de l’âge légal

De plus, l’étude pointe les effets abrupts de la réforme de 2010 qui a relevé l’âge légal minimal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Pour les personnes handicapées de 50 ans et plus, la durée moyenne en emploi n’a pas augmenté du tout. Le décalage de l’âge de départ à la retraite s’est donc traduit par un allongement de la durée sans emploi ni retraite. En clair, elles ont dû vivoter plus longtemps sans salaire ni pension.

Une réforme trop timorée

Tous ces éléments plaident pour un assouplissement des conditions d’accès à la retraite anticipée pour les travailleurs handicapés. Le projet de loi réformant les retraites, examiné en séance plénière à l’Assemblée nationale depuis aujourd’hui, ne va malheureusement pas assez loin. Le texte ne supprime qu’une des trois conditions. La moins restrictive. « Cela ne changera donc pas grand-chose », explique Carole Salères, la conseillère emploi d’APF France handicap. Ah, si les députés lisaient cette étude…

Soulagement à 62 ans

À 62 ans, la situation s’améliore pour les travailleurs handicapés. 68 % sont retraités contre 61 % de ceux sans incapacité. Ils bénéficient, là, d’un autre dispositif : l’invalidité ou la reconnaissance d’une inaptitude au travail permet de liquider la retraite à taux plein dès l’âge minimal de 62 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés.

Ce régime est dérogatoire au droit commun. Ce n’est normalement qu’à 67 ans qu’il est possible de toucher sa retraite à taux plein, même sans avoir travaillé suffisamment longtemps. Le projet de loi conserve la retraite pour inaptitude à 62 ans.

 

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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8 commentaire

  1. Avatar

    Bj je suis travailleurs handicapé je travaille dans la fonction publique et j suis de nuit depuis 18 ans j suis ne en 1969 à quel âge je peux demander la retraite et en taux pleins merci

  2. Avatar

    Tout a fait en phase avec ces dires
    J ai 59 a je ne travaille plus depuis 8 ans reconnue avec un handicap inférieur a 80 %
    Je ne bénéficie de l AaH ressources de mon conjoint
    Je ne peux bénéficie d un départ anticipé carrière longue malgré que j ai débute a 16a car pas assez de trimestre cotise
    Je ne peux avoir de pension d invalidité malgré une reconnaissance catégorie 2 car j’ ai travaille 560 h au lieu des 600h requis la dernière année de travail ayant accompagne mon fils autiste en inclusion scolaire a plus de 120kms de mon domicile
    Je dois attendre 62 a voir 62aet 8 mois si âge pivot
    Pour percevoir un salaire alors que j ai 143 trimestres cotisés
    Le handicap des paroles oui les actes ….

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    Bonjour jai la reconnaissance travailleur handicapé de puis 10 ans avec 90 trimestres travailler, a quelle âge je peut prendre ma retraite taux plein .

  4. Avatar

    Bonjour,
    Je ne suis pas certaine que les handicapées voient de meilleurs jours à la retraite.
    Montant bien en deçà de l’AAH et du minimum vieillesse, bref une misère si vous vivez en couple.
    Si vous appelez ça un soulagement !..

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    Madame MIALON Françoise
    7, rue Saint Benoit
    43750 VALS PRES LE PUY

    Mail : mialon.yvon@bbox.fr
    à

    Vals-près-le Puy, le 15/11/2019

    Merci à vous de prendre quelques minutes pour lire ce courrier (mon) parcours professionnel malgré la Sclérose en plaque. Date de naissance 25 septembre 1956.

    1974 – 1975 à la sortie de l’école j’ai travaillé comme secrétaire pendant les mois d’été.

    1976 Activité régime général

    1977 Activité régime général et malheureusement diagnostiquée SEP (période maladie)

    1978 Activité régime général + Période maternité / AT régime général

    1979 Naissance de notre fille Aline (période maladie + maternité) JUIN 1979 POUSSEE SEP(HOPITAL DE BELLEVUE) PONCTON LOMBAIRE + CORTRISONE ……. A L’EPOQUE JE SUIS SUIVIE SUR ST ETIENNE en neurologie.

    1980 La société où je travaillais ne m’a pas fait de cadeau (il y a eu arrangement me sachant malade physiquement et mentalement, j’ai signé à l’époque un papier avec lequel il y avait un chèque) je n’ai pas chercher à comprendre. Résultat de l’opération je ne pouvais même pas m’inscrire au chômage.

    1981 Période maladie

    1982 STUPEUR : je reçois de la CPAM un imprimé me mettant en INVALIDITE j’ai 26 ans ? TRAITEMENT IMMUREL 1982 – 1992
    1982 – 1992 PENSION D’INVALIDITE  (fin du traitement) .

    Courant 1992 : mon état est stationnaire, je reprends le dessus bar le biais d’un C.E.S pour Trois ans car je suis à l’époque prioritaire du fait ma Reconnaissance Travailleur Handicapé. A l’époque, le chef de service (Responsable du service) très humain ; décide de casser le Contrat emploi solidarité, afin que je sois comme mes autres collègues (agent contractuelle dans la fonction publique de l’Etat).

    1994 – juin 2001 : Après un quota d’heures obtenues j’ai passer notre chargé de mission mon concours d’agent que j’ai réussi en 2001. Je suis très heureuse de pouvoir retravailler. Pour la retraite j’ai été admise à valider mes services de non titulaire.

    20/06/2001 – 21/12/2008 j’ai donc effectué mes services auprès de Fonction publique de l’Etat.

    Puis décentralisation des services ( RMI qui est devenu RSA).

    01/01/2009 adjoint administratif de 1ère classe, Echelle 4 – 4ème échellon (indice brut 310, indice majoré 300). Je suis intégrée dans le cadre d’emploi des adjoints administratifs Territoriaux.

    Malheureusement, je suis en Congé longue maladie qui se terminera le 16 mars 2011.

    (9 février 2011) JE REFAIS UNE POUSSEE A L’ŒIL DROIT  (uvéite); je revois ce Vendredi 11 février le service ophtalmologie ;

    La presse ne parle que de l’ AAH mais je ne suis pas concernée.

    C’est ce mot INVALIDITE qui me suit et je vais avoir 62 ans, cette année 2018 je vais à nouveau auprès de la Caisse retraite pour finaliser mon parcours professionnel. Etant donné que j’ai travaillais dans le privé. Je suis très lasse et le moral au plus bas. (10 ans d’invalidité qui m’on penalisé car on ne cotise pas pour la retraite)

    A QUOI CA SERT D’AVOIR TRAVAILLER MALGRE LA MALADIE . JE RESTE DANS MON SILENCE ET TOUJOURS A ME POSER DES QUESTIONS.

    MARS 2011 je suis à la retraite pour inaptitude au travail et invalité. Je ne touche que 718 € crnacl + 316 € DU PRIVE

    Encore Merci de lire ce courrier. Je suis consciente que je ne suis pas seule dans ce cas. C’est injuste ; je ne demande pas grand chose, juste une aide ; pourquoi se référer aux trimestres. Malgré la maladie on est bien seul…

    Salutations

  6. Avatar

    Bonjour,
    Je travaille dans le bâtiment depuis toujours;
    J’ai eu un infarctus avec pose de stent en 2010, déclaré RQTH le 3 juin 2020 (pour dix ans 2030) en sachant que la nécrose du cœur a augmentée et aujourd’hui je suis en insuffisance cardiaque. Je suis né en 1963, j’en ai 57 et je suis dans le dispositif de carrière longue. Dans mon nouveau job (parce que j’ai été licencié du précédent), je suis tombé en arrêt de travail pour burn-out et certainement bientôt déclaré en inaptitude par la médecine du travail (trop de risques). Je vais certainement être embêté pour avoir des trimestres cotisés pour bénéficier de la carrière longue. J’ai en ce moment, 156 trimestres validés et 154 cotisés. Je n’ai pas encore vidé mon compte « chomage » Que puis faire en sachant que je postule pour n’importe quel boulot pour avoir ces fameux trimestres cotisés? , mais je suis trop vieux!!

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