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Sandrine réapprend à marcher avec ses prothèses. Depuis peu, la canne de marche est suffisante. © Delphine Delaunay

« J’ai été amputée suite à un choc toxique. »

En avril 2019, Sandrine Graneau, infirmière et maman de trois enfants, a été victime d’un choc toxique suite au port d’une cup menstruelle. Si elle a bien failli y laisser la vie, la jeune femme de 36 ans, s’en est sortie, amputée des deux pieds, et de nombreuses phalanges de ses deux mains. Depuis, elle a créé une association “Dans mes baskets“ pour sensibiliser les femmes à travers sa propre expérience.

« Je sais que j’aurais pu ne pas en réchapper. C’est sans doute pour cela que je me bats pour retrouver mon autonomie et donner un nouveau cours à ma vie. Mais si quelqu’un m’avait dit, il y a un an, que le fait de porter une cup menstruelle pouvait être dangereux pour ma santé, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, c’est bien à cause de ce type de protections hygiéniques que j’ai été victime du syndrome du choc toxique (SCT).

Il est causé par une bactérie, le staphylocoque doré, qui produit une toxine, la TSST-1, capable de traverser la paroi vaginale et de se répandre dans le corps. Cette toxine peut provoquer une gangrène des extrémités, voire un arrêt des organes vitaux.

La moitié des cas de SCT se déclarent chez des femmes pendant ou après leurs règles. Notamment chez celles qui portent des tampons hygiéniques ou des cups, comme moi. Or, l’information est peu accessible sur les emballages. Clairement, je ne m’étais pas posée la question quand j’ai opté pour ce type de protection hygiénique.

Placée en coma artificiel durant cinq jours

Sandrine lors de l’ajustement de ses toutes premières prothèses de jambes. © Delphine Delaunay

Tout s’est emballé durant la soirée du 10 avril 2019. Après le dîner, je ressens de violentes douleurs au ventre. Le médecin suspecte d’abord des calculs rénaux. Mais en fait, c’est plus grave que cela. À l’hôpital où je suis transportée en urgence, on comprend vite qu’il s’agit d’un choc toxique lié à la cup. Je suis en grand danger et placée en coma artificiel.

Je finis par me réveiller au bout de cinq jours de coma, mais mes pieds et mes mains sont nécrosés. Il faut songer à l’amputation. Je ne comprends pas très bien ce qui m’arrive, mais je suis en vie. Quand je reprends un peu mes esprits après trois semaines en service de réanimation, les choses sont plus claires dans ma tête.

L’infirmière que je suis reprend le contrôle sur la patiente. Je suis déterminée. Un jour, à l’hôpital, j’ai dit à ma famille : “Il faut regarder la réalité en face. Je vais réapprendre à vivre, avec mon handicap. Et, j’aurai besoin de vous pour me soutenir.“

Pouvoir choisir qui allait m’amputer

Sans doute, mon expérience de soignante m’a aidée à prendre les bonnes décisions. Avant l’amputation, j’ai demandé à sortir de l’hôpital pour être auprès des miens. J’étais assez angoissée. Mon mari a été très présent. Quand j’ai rencontré la chirurgienne qui devait m’opérer, le courant n’est pas passé. Elle était assez dure. À un moment durant la consultation, je me suis dit : “Mais on parle de mon corps, là ! Je veux pouvoir choisir qui va m’amputer.“

Après cet épisode, j’ai été très bien prise en charge, notamment durant les soins de suite avec mon médecin rééducateur. J’ai aussi demandé un traitement antidépresseur tout de suite. C’était important de pouvoir gérer cette épreuve sans être submergée par mes émotions. Car, il ne faut pas croire : même si je suis d’un naturel optimiste, je ne suis pas à l’abri des coups de cafard.

Réapprivoiser son corps et sa vie

Avant le choc toxique, le handicap ne m’était pas complètement inconnu. J’avais suivi des patients handicapés. Et puis, mon grand-père avait été amputé d’un bras suite à un accident de machine agricole. Mais tant que vous ne le vivez pas dans votre chair, comment réaliser vraiment ce que recouvre le handicap ? Tous ces petits détails de la vie quotidienne qu’il faut réapprendre.

La dépendance me faisait peur. Au début, je ne pouvais absolument rien faire. Je m’imaginais ne plus jamais pouvoir quitter mon lit. Moi qui ne tenais pas en place avant cet accident. Comme on s’ennuie vite, on devient ingénieux. On trouve des petites parades. J’ai réapprivoisé mes mains. Le jour où j’ai pu rouvrir une bouteille, j’étais tellement fière !

Retrouver confiance en soi

Quand j’ai cherché à apporter du confort dans ma vie, difficile de trouver du matériel adéquat. Beaucoup d’aspects du handicap me sont soudain apparus. Les questions matérielles sont usantes. Trouver le bon fauteuil, la bonne planche de transfert, tout ce qui peut nous apporter un peu d’autonomie. Car plus le temps passe, plus on s’habitue à être dépendant. C’est un cercle vicieux. Conséquence : j’ai très peur de sortir seule.

J’ai commencé à prendre des leçons de conduite. Mais je suis tétanisée alors que je passais ma vie en voiture. En plus de l’usage du fauteuil, j’ai réappris à marcher avec mes prothèses. Et depuis peu, la canne de marche est suffisante. À quand la marche sans aide technique ? Il faut que je retrouve confiance en moi.

Informer d’autres femmes sur le choc toxique

Des jeunes de ma commune ont organisé un petit événement. Ils ont récolté de l’argent pour équiper ma voiture et financer des heures de conduite. Alors j’ai eu l’idée de créer mon association “Dans mes baskets“ et sa page facebook. Des témoignages de femmes ont commencé à me parvenir. Les médias se sont intéressés à mon histoire.

J’ignorais quasiment tout du choc toxique. Cela m’est tombé dessus comme c’est arrivé à d’autres femmes. Aujourd’hui, j’ai envie de parler pour alerter. Pour que des recommandations plus claires et lisibles soient apposées sur les emballages. Pour qu’on arrête de victimiser les femmes en leur faisant croire qu’elles sont responsables d’avoir mal utilisé ces protections hygiéniques. Mais la priorité est surtout de me reconstruire, de retrouver un équilibre avec mes enfants et mon mari. »

Pour aller plus loin, écoutez l’épisode de Code source, le podcast d’actualité du Parisien.

 

 

A propos de Claudine Colozzi

Claudine Colozzi
Journaliste société - culture, mettant en valeur des femmes et des hommes au parcours inspirant.

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2 commentaire

  1. Avatar

    Bonjour,
    J’ai 70 ans et depuis toujours les médecins m’avaient conseillé de ne pas utiliser de tampons. Je n’ai jamais pensé aux cups car arrivées bien plus tard sur le marché et opérée d’un cancer de l’utérus à 47 ans. Mais je voulais surtout témoigner que plusieurs de mes auxiliaires de vies (je suis handicapée en fauteuil depuis + de 10 ans) ont dû se faire opérer suite à de grosses infections dues aux tampons. Elles ne m’ont parlé que de tampons. Une actuellement doit repasser sur la table d’opération pour une récidive plus inquiétante. En parlant avec elles, elles n’osent pas souvent aller aux toilettes chez les gens chez qui elles interviennent par manque d’hygiène dont portent ces protections plus longtemps qu’il ne faudrait. Bien sûr c’est pratique mais il ne faut pas oublier que le sang reste à l’intérieur et + il y reste longtemps et plus il y a de risques.
    Quand il y a utilisation de toilettes publiques les risques sont plus importants. Attention aux ados car dans les écoles, collèges, lycées, etc… il ne faut pas ignorer les risques qui sont réels et pas que sur ce sujet, MST par exemple. Deux de mes auxiliaires ont déjà eu des problèmes de ce genre avec leurs filles.
    Un seul mot : ATTENTION à vous et à vos filles mesdames.

  2. Avatar

    QUE FAIS LE MINISTERE DE LA SANTE ET LE MINISTERE DES FEMMES PAR RAPPORT A CE CHOC TOXIQUES ????
    JE SUIS CHOQUE QUE ON NE FASSE PAS GRAND CHOSE ??????

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