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Sur les quelque 150 000 adultes handicapés vivant en établissement, 270 sont décédés du Covid-19 entre le 1er mars et le 27 avril 2020.

270 personnes handicapées résidant dans les établissements spécialisés sont décédées du Covid-19

Les résidents adultes des établissements pour personnes handicapées décèderaient 2,5 fois plus du Covid-19 que les Français âgés d’au moins 20 ans. Mais la situation n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les Ehpad où la mortalité serait 21 fois supérieure à celle de l’ensemble des adultes.

C’est un décompte officiel. Du 1er mars au 27 avril, 270 personnes accueillies dans les établissements pour personnes handicapées sont mortes du Covid-19, selon les données recueillies par Santé publique France. Ces lieux de vie ne sont malheureusement pas épargnés par le virus. Mais l’épidémie les frappe-t-elle plus ou moins durement que d’autres ?

Pour le savoir, Faire-face.fr s’est livré à quelques calculs. Ils n’ont pas la rigueur d’une étude scientifique car personne ne connaît aujourd’hui le nombre réel de morts du Covid-19 dans la population française. Mais ils permettent de dessiner à gros traits la situation.

0,18 % des résidents d’établissements seraient décédés du Covid-19…

Quelque 150 000 adultes vivent habituellement dans ces établissements, d’après la Drees et la CNSA. Un peu moins aujourd’hui car certains – jusqu’à 10 % dans certaines associations – sont retournés dans leur famille durant le confinement. Par prudence, gardons ce chiffre de 150 000 (*).

Des enfants vivent aussi dans des institutions spécialisées. Mais beaucoup ont fermé leurs portes. Et les décès de jeunes de moins de 20 ans dus au Covid-19 sont exceptionnels. Nous les écarterons donc, par principe, de nos calculs.

Si 270 personnes sont décédées parmi les 150 000 adultes handicapés vivant en établissement (**), le taux de mortalité pour 10 000 personnes s’élève à 18 (0,18 %). Quel est-il pour l’ensemble des Français âgés d’au moins 20 ans ?

…. contre 0,07 % de l’ensemble des adultes français…

Entre le 1er mars et le 27 avril, Santé publique France a recensé 23 293 morts. Mais ce nombre est sous-évalué car cet organisme ne comptabilise pas les décès à domicile du Covid-19. 

Le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) enregistre, lui, tous les certificats de décès. Y compris à domicile. Et la cause du décès y figure. Mais ces documents mettent plusieurs semaines à lui parvenir.

Toutefois, comme l’explique Le Monde, les modélisations prédictives du CépiDC, basées sur les certificats déjà reçus, situent le bilan, à la date du 30 avril, « entre 35 000 et 38 000 décès avec Covid-19 avéré ou suspecté ». Soit un taux de mortalité de 6,8 à 7,5 pour 10 000 (0,068 à 0,075 %), parmi les 50,8 millions d’habitants âgés d’au moins 20 ans.

Ces chiffres sont cohérents avec ceux que laissent entrevoir la surmortalité française, mise à jour quotidiennement par l’Insee. Et avec l’étude menée par le syndicat de médecins généralistes MG France auprès de ses membres.

… et plus d’1,5 % dans les Ehpad

Ce taux de mortalité de 6,8 à 7,5 pour 10 000 dans la population française âgée d’au moins 20 ans st à comparer à celui de 18 pour 10 000 dans les établissements pour adultes handicapés. Ce dernier serait donc de 2,4 à 2,6 fois supérieur. Conclusion : les résidents adultes décèderaient effectivement plus du Covid-19 que les adultes Français, pris dans leur ensemble.

C’est toutefois sans commune mesure avec ce qui se passe dans les  établissements accueillant des personnes âgées. Avec 11 662 décès, au 27 avril, pour 750 000 résidents, selon l’Insee, ce taux avoisine 155 pour 10 000 (plus de 1,5 %) ! Soit 20 à 22 fois plus environ que parmi les Français âgés d’au moins 20 ans.

Une grosse majorité d’hommes dans les établissements…

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce taux de mortalité supérieur dans les établissements. À commencer par les caractéristiques démographiques des personnes qui y sont accueillies. 59 % des résidents adultes sont de sexe masculin. Or, de manière générale, le Covid-19 tue majoritairement les hommes.

… mais moins de personnes âgées

A contrario, la structure par âge est plutôt favorable aux établissements. Plus de 90 % des Français décédés du Covid-19 sont âgés d’au moins 65 ans. Or, dans les foyers de vie, maisons d’accueil spécialisés, etc., les 60 ans et plus représentent moins de 10 % des effectifs, contre 26 % dans l’ensemble de la population.

Davantage de risques de développer une forme sévère pour certaines personnes handicapées 

Autre explication possible : les résidents présentent des facteurs de risques de développer une forme sévère du Covid-19. Pas tous certes, mais davantage que dans l’ensemble de la population.

« Des chercheurs de l’Ined ont montré comment les infections respiratoires, notamment, affectent l’espérance de vie des personnes tétraplégiques ou atteintes de mucoviscidose, note Nicolas Brouard, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques. Si elles avaient le malheur de rencontrer le virus et de développer des complications respiratoires, elles auraient évidemment de moindres chances de survie. » Idem pour les personnes polyhandicapées, entre autres.

La contamination mène plus souvent au décès des résidents

D’ailleurs, le nombre de décès de personnes handicapées (270) rapporté à celui des cas de contamination suspects ou confirmés dans les établissements (7 456) atteste de cette réalité médicale. 3,6 % des personnes contaminées seraient décédées. Toutefois, ce taux est certainement surévalué car de nombreux malades ne présentent aucun symptôme… et ne sont donc pas comptabilisés dans les cas suspects.

D’après une récente étude de l’institut Pasteur, le taux de létalité serait de 0,5 % en France, en population générale.

Contaminations groupées dans certaines structures

Enfin, le fait de vivre en collectivité pourrait également augmenter le risque de contamination. Même si les professionnels ont mis en place des mesures strictes pour assurer la sécurité des résidents. Mais les établissements pour personnes handicapées n’ont été que tardivement dotés en masques. Les médias ont d’ailleurs rapporté des cas de contamination groupée à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), à Carrières-sur-Seine (Yvelines) ou bien encore à Hyères (Var).

Un décès sur trois a lieu dans l’établissement

Selon les données de Santé publique France, 179 décès de résidents handicapés auraient eu lieu à l’hôpital. Et 91 dans les établissements, soit un sur trois. Sans doute, pour la plupart, des personnes dont la situation s’est dégradée très rapidement. Dans les structures pour personnes âgées, trois sur quatre sont décédées dans leur chambre. 

121 décès en Île-de-France

Santé Publique France publie également des bulletions régionaux. Mais le nombre de décès dans les établissements pour personnes handicapées n’y est pas toujours précisé. C’est le cas dans le Grand Est, qui est pourtant la région plus touchée.

La région Île-de-France comptabilise à elle seule 121 décès, soit 41 % du total français. Loin devant Auvergne-Rhône-Alpes (14), Bourgogne-Franche-Comté (13) et Normandie (9).

Source : Santé publique France, pour la période du 1er mars au 27 avril. Seules apparaissent les régions pour lesquelles les données concernant les établissements pour personnes handicapées figurent dans les bulletins régionaux.

Ce que révèlent ces chiffres et ce qu’ils ne montrent pas

Les données brutes – 270 morts – ne disent pas grand chose si on ne les rapporte pas à la population concernée. C’est pour cela que nous avons calculé ces taux de mortalité. Certes, ils sont forcément approximatifs. Et ils évolueront avec l’épidémie.

Mais cela permet d’avoir une image globale de la manière dont l’épidémie affecte les personnes handicapées vivant en établissements. Globale et donc forcément imprécise : ces chiffres ne permettent pas de savoir quels sont les établissements les plus touchés, quel type de handicap…

Pour toutes les raisons que nous avons expliquées ci-dessus, il n’est pas étonnant que la mortalité soit supérieure parmi les personnes handicapées. Il est important de constater qu’elle reste toutefois contenue.

(*) 6 000 jeunes adultes âgés de plus de 20 ans vivent dans des établissements pour enfants, au titre de l’amendement Creton. Un argument supplémentaire pour conserver ce chiffre de 150 000, comme population de référence pour nos calculs.

(**) Le nombre réel pourrait être un peu supérieur car ce décompte est effectué sur la base des déclarations des établissements. Or, Santé publique France ne leur a pas demandé de déclarer l’absence de cas. Il est donc impossible d’affirmer que ces données sont exhaustives puisque Santé Publique France ne sait pas si un établissement n’a rien signalé du fait d’une absence d’épisode Covid-19 ou du fait d’un défaut de déclaration.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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3 commentaire

  1. Avatar

    Merci pour cet article très contributif sur la situation des personnes hébergées en ESMS au cours de cette épidémie . Un premier article , me semble-t-il. Il y aura un grand intérêt à savoir demain, quelles sont les conditions qui ont permis d’éviter et à l’inverse de permettre l’ entrée du virus

  2. Avatar

    Aucune date de reprise et de condition pour le retour en Foyer de Vie, dont la moyenne d age est de 35 ans sans facteurs de risque.
    Ma fille s ennuie et je vis seule avec elle. Cela n est pas normal 2 mois à la maison. Je voudrais des informations sur les décisions du ministre des handicapés.

    • Franck Seuret

      Bonjour, la note du ministère des solidarités organisant, entre autres, le déconfinement dans les établissements médico-sociaux est sortie dimanche. En résumé, voilà les recommandations pour les internats :
      1- les sorties devraient être de nouveau autorisées ;
      2 – les retours en famille le week-end devraient être autorisés ;
      3 – la circulaire ne parle pas de quatorzaine obligatoire au retour, dans l’étbt, mais rien ne dit que cela ne sera pas exigé ;
      Les étbts ont toutefois le droit de déroger à ces deux règles si elles accueillent des personnes particulièrement vulnérables à des formes graves du COVID 19, du fait de leurs co-morbidités, ou dans les territoires marqués par une circulation particulièrement active de l’épidémie.
      Faire-face.fr y consacrera un article très prochainement, jeudi vraisemblablement.
      https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/deconfinement-consignes-essms-covid-19.pdf?fbclid=IwAR1MkHU9O-HBZtgiTge9EEfoFo-QpSqorcTX9Vh4FemMRoVwqGUeszAqgUs

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