Accueil > Vie Sociale > Culture/Loisirs > Paul El Kharrat : « La société ne fait aucun effort pour essayer de comprendre les personnes avec autisme. »
Si Paul El Kharrat a profité de sa présence pendant six mois à la télé dans le jeu Les 12 coups de midi pour parler de l’autisme, il n’a jamais cherché à être un modèle. © TF1

Paul El Kharrat : « La société ne fait aucun effort pour essayer de comprendre les personnes avec autisme. »

D’avril à octobre 2019, Paul El Kharrat, 21 ans, a tout gagné dans le jeu Les 12 coups de midi diffusé sur TF1. Sa personnalité, sa culture encyclopédique lui ont valu le surnom de Wiki Paul. Dans un livre autobiographique*, en librairie aujourd’hui, il revient sur ce parcours inédit dans une émission de télévision. Le jeune étudiant en histoire raconte sa vie d’autiste Asperger.

Faire-Face.fr : Au-delà des gains (691 522 € ), que vous ont apporté ces 152 victoires au jeu Les 12 coups de midi ?

Paul El Kharrat : La conviction que j’étais capable de me dépasser, de canaliser mes émotions, de gérer mon stress. Capable aussi d’évoluer sous le regard des autres, de nouer des relations sociales avec l’équipe ou d’autres candidats. Quand on sait que le moindre changement me désarçonne et la confrontation à l’inconnu m’angoisse, vous imaginez !

Je retire beaucoup de choses positives de cette expérience qui m’aideront sans aucun doute dans ma vie future. Quand je me suis inscrit, j’étais à des années-lumière de penser que je tiendrais aussi longtemps.

De jeunes autistes Asperger ont vu ma participation à ce jeu comme un espoir

F-F.fr : Très vite vous évoquez le syndrome d’Asperger dont vous êtes atteint. Votre objectif était également de parler de l’autisme à la télévision ?

Paul El Kharrat : Bien sûr, il me fallait profiter de cette présence à la télévision pendant six mois pour parler d’autisme dans un jeu très suivi. Sur les réseaux sociaux, des parents ont dit que je ne représentais pas l’autisme. Il existe en effet différentes formes. Et je n’ai jamais cherché à être un modèle. J’ai eu connaissance aussi que de jeunes autistes Asperger ont vu ma participation comme un espoir. J’en suis heureux.

F-F.fr : Pourquoi avoir décidé de raconter votre histoire dans ce livre ?

Paul El Kharrat : Mes 21 premières années (rires) ! Pour partager le quotidien chaotique d’un jeune homme autiste Asperger, les difficultés auxquelles je suis confronté. Je n’ai pas voulu escamoter l’aspect plus sombre de ma personnalité par rapport à l’image souriante montrée à la télévision. J’ai traversé de nombreux passages dépressifs. Et je ne suis pas à l’abri d’en traverser d’autres.

En règle générale, je me mets beaucoup la pression. Je suis très exigeant vis-à-vis de moi-même. J’enrage à propos de certains de mes comportements, mon inaptitude à comprendre et gérer les interactions sociales. J’ai le sentiment de ne pas être à la hauteur. Même si je progresse.

Comme tout le monde, j’aspire à être accepté malgré mes bizarreries

F-F.fr : Comment avez-vous géré le fait de devenir une personnalité publique ? Comment réagissez-vous quand on vous reconnaît dans la rue ?

Paul El Kharrat : Heureusement, la plupart des gens sont bienveillants. Ils sont sympathiques et respectueux. Ceux qui me dérangent, ce sont ceux qui m’ont reconnu et qui me prennent en photo sans me demander. Cela m’énerve et me perturbe profondément. Ils devraient anticiper que cela va me déplaire. La société ne fait aucun effort pour essayer de comprendre les personnes avec autisme.

F-F.fr : Quels conseils auriez-vous à donner ?

Paul El Kharrat : Je trouve que les neurotypiques (ndlr : les personnes qui ne sont pas autistes) ont du mal à se mettre à notre place alors qu’on nous demande sans cesse de nous adapter. Si la société veut avancer, il y a encore beaucoup d’efforts à fournir pour qu’on se sente moins isolés.

J’aimerais pouvoir remettre en cause la définition de la normalité dans laquelle la société se complait. Comme tout le monde, j’aspire à être simplement moi-même, accepté malgré mes bizarreries. Pour cela, nous avons besoin de soutien et d’encouragements.

*Ma 153e victoire, Éditions Harper Collins, 18 €. En librairie le 2 septembre 2020.

A propos de Claudine Colozzi

Claudine Colozzi
Journaliste société - culture, mettant en valeur des femmes et des hommes au parcours inspirant.

Lire aussi

Apprendre à t’aimer [M6] : un regard juste sur l’arrivée d’un enfant porteur de trisomie 21

 M6 diffuse ce soir un téléfilm mettant en scène un couple confronté à la trisomie …

5 commentaire

  1. Avatar

    super champion on a pris beaucoup de plaisir de le suivre tous le jour à la t;v; bonne continuation à bientôt j espère

  2. Avatar

    Enfin un jeune homme formidable qui médiatise cette forme d’autisme !
    Oui, les gens ne sont pas assez informés sur cette maladie de l’autisme Asperger. Merci Paul!

  3. Avatar

    paul ne te poses pas trop de questions chacun est different moi meme qui ne suis pas aspie je me retrouve dans ton raisonnement je t admire tu nous as fait enormement de bien pendant 152 jours tu peux etre fier de toi

  4. Avatar

    Bonjour Paul,

    Bravo pour ton engagement qui permettra à un certain nombre de personnes d’enfin réaliser que l’Autisme ce n’est pas uniquement Rain Man !
    D’autre part, il est important de rappeler que « l’Autisme » n’est pas une maladie ! Le cerveau fonctionne différemment, ce qui n’a pas de rapport avec une maladie ! Pour un autiste les autres personnes -non autistes- sont différentes également…

    Bonne journée Paul.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial