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« Des parents aux ressources modestes pourront moins facilement faire bénéficier leur enfant des soins dont il aurait besoin. Les déficiences déboucheront donc plus souvent sur des incapacités. »

Enfants handicapés : « Le risque de déficiences est plus élevé dans les familles défavorisées. »

Les enfants ne sont pas égaux face au handicap. La précarité des parents accroît les risques. Entretien avec Jean-François Ravaud, directeur de recherche émérite à l’Inserm, avant la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté qui se tiendra le 17 octobre.

Jean-François Ravaud est l’ancien directeur de l’Institut fédératif de recherche sur le handicap.

Faire-face.fr : Est-ce que la précarité des parents accroît le risque d’avoir un enfant en situation de handicap ?

Jean-François Ravaud : Toutes les études montrent qu’il y a bien une relation entre la situation socio-économique des parents et la prévalence des déficiences chez les moins de 20 ans. Nous avons notamment montré, qu’en France, un enfant d’ouvrier a deux fois plus souvent une déficience qu’un enfant de cadre (1). Mais reste à savoir quel est le sens de ce lien.

F-F.fr : C’est-à-dire ? Si c’est le fait d’avoir un enfant handicapé qui impacte la situation économique des parents ou si c’est la position sociale moins favorable qui augmente les risques de déficience chez l’enfant ?

J-F.R : Oui, en fait, le lien marche dans les deux sens. Avoir un fils ou une fille en situation de handicap contraint souvent un des parents à réduire son temps de travail. Outre l’impact immédiat sur les ressources de la famille, cela peut freiner ses perspectives d’évolution professionnelle.

« Le milieu social de la famille influe sur la prévalence des déficiences. »

Mais lorsqu’on regarde le niveau de diplôme des parents, supposé acquis avant la naissance des enfants, on constate que la prévalence des déficiences chez ces derniers est plus importante chez les moins diplômés. Cela prouve que le milieu social de la famille influe bien sur cette prévalence. Les enfants ne sont pas égaux face au risque de déficiences. Il est plus élevé dans les familles défavorisées.

F-F.fr : Comment peut-on l’expliquer ?

J-F.R : On distingue généralement trois grands types de déterminants aux inégalités sociales de santé. Il y a les comportements individuels. La consommation de tabac et d’alcool, l’alimentation, l’activité physique, etc. sont liés au milieu social et peuvent jouer sur la survenue de déficiences chez l’enfant.

À cela s’ajoutent les conditions de vie – logement, transport… – et de travail. Sans oublier bien évidemment les conditions économiques, culturelles et environnementales.

« Les déterminants socio-économiques jouent sur le risque d’accidents ou la prématurité. »

Au final, tout cela jouera, par exemple, sur le risque d’accidents ou sur la prématurité [le taux de prématurité est deux fois plus faible chez les femmes cadres que chez les ouvrières et employées]. Or, on sait que les enfants nés avant terme ont plus de risques de déficiences.

F-F.fr : Et ce cadre général vaut aussi pour le handicap ?

J-F.R : Chacun de ces trois déterminants va influer sur le risque de déficience [intellectuelle ou physique par exemple]. Mais aussi sur celui d’incapacité, qui correspond à la réduction de la capacité d’accomplir une activité [ex : lire ou marcher]. Et, au final, sur le désavantage social ou la situation de handicap qui peut en découler [ex : ne pas pouvoir aller à l’école de son quartier] (2).

F-F.fr : Pouvez-vous nous en donner une illustration concrète  ?

J-F.R : Des parents ayant des ressources modestes pourront moins facilement faire bénéficier leur enfant des soins dont il aurait besoin. Et faute de rééducation suffisante, les déficiences déboucheront donc plus souvent sur une ou des incapacité(s). Idem pour l’accès aux aides techniques qui permettent de limiter les situations de handicap.

« On constate une amplification progressive des inégalités. »

J-F.R : On constate d’ailleurs un processus cumulatif avec une amplification progressive des inégalités. Les écarts entre milieux socio-professionnels s’accroissent lorsqu’on passe du niveau des déficiences, à celui des incapacités puis à celui du désavantage social.

Et l’entrée en institution va également énormément varier en fonction de l’origine sociale. La proportion d’enfants ou adolescents hébergés dans des établissements médico-sociaux est sept fois plus importante dans le milieu ouvrier que dans les familles de cadres et professions intellectuelles supérieures (1).

F-F.fr : La situation est sans doute différente d’un handicap à l’autre ?

J-F.R : Les disparités sociales face à des maladies génétiques sont certainement plus faibles que pour des déficiences qui peuvent être liées aux conditions de vie de la mère durant la grossesse, par exemple.

« Influence la réflexion sur les politiques publiques. »

Mais il est important de ne pas confondre le risque au niveau de la population prise dans son ensemble et au niveau individuel. Le but de ces travaux de socioépidémiologie est de mettre en évidence les inégalités sociales qui existent dans le domaine de la santé, à l’échelle de la société française et non famille par famille. Et, donc, d’alimenter la réflexion sur les politiques publiques à mener pour les réduire.

Un ouvrage pour comprendre

Depuis une quarantaine d’années, le handicap est devenu un objet d’études à part entière des sciences humaines et sociales. Quels traitements politiques les sociétés réservent-elles aux personnes en situation de handicap  ? Comment celles-ci vivent-elles à l’école, au travail… ? Introduction à la sociologie du handicap propose un panorama synthétique des études consacrées au handicap. La 2e édition vient de paraître (Éd. De Boeck supérieur, 26,5 €). Jean-François Ravaud en est le co-auteur avec Isabelle Ville et Emmanuelle Fillion.

(1) Jean-François Ravaud et Pierre Mormiche ont mené au début des années 2000 plusieurs travaux sur les inégalités à partir de l’enquête Handicaps-Incapacités-Dépendance conduite par l’Insee entre 1998 et 2002.

(2) L’OMS définit trois niveaux distincts dans les conséquences des maladies : le niveau lésionnel qui est celui des déficiences  ; le niveau fonctionnel, celui des incapacités ; et un niveau situationnel, celui du désavantage social. En France, le handicap est un terme parapluie qui recouvre l’ensemble de ces trois niveaux.

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A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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2 commentaire

  1. Avatar

    Article très intéressant mon regard sur le handicap puisque j y suis confronté tous les jours avec mon fils est le suivant
    Bien sûr que la précarité est de mise quand l état vous abandonne et que vous n avez que le seul moyen de ne plus travailler et que pour vous dédommager on vous attribué un subside qui vous precarise
    Bien sûr les déficience sont apparament transmise et pour cause ..bien souvent génétique et non.cherche donc non trouve et aucun renseignement donne aux famille des risques
    Qui bien entendu comme c est bien dis sont une population ouvrier donc pas très instruit..
    Bien sûr que les enfants d ouvriers vont en institut on t il le choix l école n en veut pas ..et les ouvriers ne connaissent très peux leurs droits
    Bien sûr que les parents aisé se battent pour connaître le handicap et faire vivre leur enfant en milieu ordinaire ..mais à quel prix..

  2. Avatar

    Je pense que tant que les allocations ne permettront pas à l’aidant de vivre, qu’il faudra avoir un avocat pour maintenir l’enfant en classe et Bac+++ pour remplir les dossiers MDPH, les enfants de famille défavorisée auront un plus grand taux de handicap à l’age adulte, car ils ne beneficieront pas de la même réeducation.

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