« Sans domicile, je suis accueillie dans un hôtel inadapté à mon handicap »

Publié le 21 juin 2021 par Franck Seuret
Lorsqu'elle s'est retrouvée à la rue, Rachida Meena a appelé le 115. La priorité du Samu social est de trouver un toit aux personnes sans domicile. © DR

Depuis près d’un mois, le Samu social héberge Rachida Menaa, sans domicile, dans un hôtel de la région parisienne. Mais la douche et la cuisine sont inaccessibles à cette femme qui marche avec deux béquilles. Plus de 10 % des personnes sans domicile fixe sont reconnues handicapées. 

Au moins, Rachida Menaa est à l’abri. Mais c’est un abri de fortune, car totalement inadapté à son handicap. Mi-mai, cette Algérienne de 54 ans, qui vit en région parisienne, s’est retrouvée à la rue. Elle a alors contacté le 115, dédié à l’accueil d’urgence. Le Samu social lui a trouvé une place dans un hôtel de Morsang-sur-Orge, dans l’Essonne.

Polio et accident de voiture

Une chambre de 8 m² avec une minuscule salle d’eau. « Le plus gros problème, c’est que la douche est quasiment inaccessible pour moi qui marche avec des béquilles et une orthèse », constate-t-elle. Les séquelles de la poliomyélite, contractée lorsqu’elle était enfant, et d’un accident de voiture survenu il y a six ans.

Accès risqué à la douche, impossible à la cuisine

L’accès à la douche est très compliqué pour Rachida Meena, qui n’a pas d’équilibre. © DR

« Je n’ai pas d’équilibre. Alors, j’ai peur de tomber lorsque je dois enjamber le rebord du bac à douche. » Surtout qu’elle doit se faufiler entre la paroi et la cuvette des toilettes. « J’ai aussi beaucoup de mal à y glisser une chaise sur laquelle je dois m’asseoir pendant que je me lave. »

Par ailleurs, elle ne peut pas accéder à la cuisine commune qui se trouve au premier étage sans ascenseur. Jusqu’à présent, une amie lui apportait donc des repas tout prêts. Désormais, le propriétaire va mettre à sa disposition une table et une plaque… dans la cour.

Toit inadapté

« J’ai rappelé le 115 pour avoir un logement mieux adapté, raconte Rachida Meena. Mais leur priorité, c’est que les gens aient un toit. Ils ne se préoccupent pas de l’accessibilité. »

Pourtant, les rares études sur le sujet montrent que les personnes en situation de handicap sont sur-représentées parmi les adultes sans domicile. 10 % de ceux nés en France bénéficient de l’allocation adulte handicapé (AAH) et 2 % d’une pension d’invalidité, selon l’Insee.

Cercle vicieux et aide des amis

Faute de titre de séjour, Rachida Menaa, ingénieure, ne trouve pas d’emploi. © DR

Rachida Menaa est arrivée d’Algérie en 2015. Depuis, elle espère obtenir un titre de séjour. En vain pour le moment. Or, sans papier, impossible pour cette ingénieure en électrotechnique de décrocher un emploi. « L’incertitude sur ma régularisation a fait déjà capoter trois recrutements. »

Sans ressources, Rachida Menaa a pu compter sur l’aide de ses amis. Certains l’ont hébergée. D’autres ont contribué à payer le loyer de ses précédents logements. Comme cette chambre d’hôtel adaptée à ses besoins qu’elle a été contrainte de quitter, fin mai, le propriétaire ayant vendu son bien.

Militante de l’accessibilité

« Si je témoigne aujourd’hui, ce n’est pas pour blâmer le 115. Mais pour mettre en lumière ce problème. Sans domicile, je suis accueillie dans un hôtel inadapté à mon handicap. » Un acte militant pour cette femme qui siège au sein de la commission communale d’accessibilité d’Arcueil (Val-de-Marne). Sans domicile, mais pas sans engagement.

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