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Alors que la réforme des retraites revient sur le devant de la scène, les résultats de l'étude de la Drees montrent que le recul de l'âge légal de la retraite serait extrêmement préjudiciable aux travailleurs handicapés.

Travailleurs handicapés : la dèche en attendant la retraite

Entre leurs 50 ans et leur retraite à 62 ans bien tassés, les personnes handicapées ne travaillent que quatre ans en moyenne. Elles doivent donc passer huit années sans salaire ni pension. Le recul de l’âge légal de départ en retraite, envisagé par Emmanuel Macron, les pénaliserait encore davantage.

Réformera ou ne réformera pas ? Reçus à Matignon fin de semaine dernière, syndicats et patronat ont expliqué au Premier ministre qu’ils étaient opposés à ce que le Gouvernement remette sur la table le dossier des régimes de retraite avant la fin du quinquennat.

Le président de la République, lui, y est favorable. « Nous devrons engager, dès que les conditions sanitaires seront réunies, la réforme des retraites », a-t-il plaidé lors de son allocution du 12 juillet. « L’âge de départ doit être plus tardif », a même précisé Emmanuel Macron.

Quelle que soit la décision finale, le sujet reviendra inéluctablement durant la campagne présidentielle. Les décideurs publics, les candidats et les partenaires sociaux seraient donc bien avisés de lire cette étude de la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) récemment actualisée.

Quatre ans seulement en emploi après 50 ans

Cet organisme de recherche, rattaché au ministère des Solidarités, s’est intéressé au sort des travailleurs entre leur cinquantième anniversaire et leur départ à la retraite (la liquidation, dans le jargon technique).

Sans surprise, ceux qui se déclarent « fortement limités dans les activités que les gens font habituellement » – soit 8 à 10 % de la population – passent beaucoup moins de temps en emploi que les personnes sans incapacité. Après 50 ans, les premiers travaillent à peine quatre ans contre plus de dix ans pour les secondes.

Huit années sans emploi ni retraite

Pourtant, les travailleurs handicapés liquident leurs droits à la retraite un peu plus tard : 62,7 ans contre 62,4 ans. Entre 50 ans et 62,7 ans, ils passent donc plus de huit années sans emploi ni retraite. C’est nettement plus que les personnes qui ne déclarent aucune activité (1,8 année).

Durant cette période, ils devront se contenter de revenus de remplacement comme allocations chômage ou pension d’invalidité, notamment. Ou de minima sociaux – AAH ou RSA, sous réserve d’y avoir droit, bien sûr. À défaut, ils vivront des revenus de leur conjoint. Résultat, plus d’un senior handicapé sur trois sans emploi ni retraite vit sous le seuil de pauvreté.

Peu de retraites anticipées pour carrière longue

En France, l’âge d’ouverture des droits à la retraite est fixé à 62 ans depuis la réforme de 2010 (auparavant, il était de 60 ans). Divers dispositifs permettent toutefois, sous certaines conditions, de devancer cette échéance.

L’un des principaux est la retraite anticipée pour carrière longue. Au régime général, elle représente plus de 25 % des départs à la retraite. Les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans et ayant cotisé suffisamment longtemps peuvent partir à la retraite dès 60 ans. Or, les personnes handicapées remplissent rarement ce double critère.

Conditions trop restrictives pour la retraite anticipée pour handicap

Certes, il existe un dispositif de retraite anticipée spécifique aux travailleurs en situation de handicap. Il permet de faire valoir ses droits à la retraite entre 55 et 59 ans.

Mais ses conditions sont tellement restrictives que seules moins de 3 000 personnes en bénéficient chaque année.

Résultat, à 61 ans, 34 % des personnes sans incapacité sont déjà retraitées contre 17 % des personnes handicapées.

Le mauvais coup du recul de l’âge légal

De plus, l’étude pointe les effets abrupts de la réforme de 2010. Elle avait abouti au relèvement de l’âge légal minimal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Pour les personnes handicapées de 50 ans et plus, la durée moyenne en emploi n’a pas augmenté du tout. Le décalage de l’âge de départ à la retraite s’est donc traduit par un allongement de la durée sans emploi ni retraite. En clair, ces personnes ont dû vivoter plus longtemps sans salaire ni pension.

Une réforme trop timorée

Tous ces éléments plaident pour un assouplissement des conditions d’accès à la retraite anticipée pour les travailleurs handicapés. Mais aussi pour le maintien du dispositif dérogatoire leur permettant de bénéficier du taux plein à 62 ans (lire encadré ci-dessous). Même en cas de report de l’âge légal de départ à la retraite qui ne devrait concerner que les hommes et les femmes en capacité de travailler sous peine de pénaliser lourdement les personnes handicapées.

Soulagement à 62 ans

À 62 ans, la situation s’améliore pour les travailleurs handicapés. 68 % sont retraités contre 61 % de ceux sans incapacité. Ils bénéficient, là, d’un autre dispositif : l’invalidité ou la reconnaissance d’une inaptitude au travail. Cela leur permet de liquider la retraite à taux plein dès l’âge minimal de 62 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés.

Ce régime est dérogatoire au droit commun. Ce n’est normalement qu’à 67 ans qu’il est possible de toucher sa retraite à taux plein. Même sans avoir travaillé suffisamment longtemps.

 

A propos de Franck Seuret

Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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6 commentaire

  1. Je suis travailleur handicapée avec une IPP à 25%. J’ai 62 ans et encore pour 6 mois au chômage. Je suis toujours en attente pour ma retraite, car je ne peux vivre avec 500 euros mensuel. Pourtant j’ai commencé à travailler dès mes 17 ans mais toujours au Smic.

  2. Bonjour je veux demander j ai fait 20 ans au esat et la je travail plus est ce que ce que j ai fait ça va conter pour ma retraite pour plus tard a 67 ans je ne travail plus j ai des problèmes de souci ca ma choquée j ai eu un décès devant moi quand j était au esat mon copain est décédé devant moi et du coup j ai eu un dégoût de travailler dans un esat je revoiller toute les images de mon copain au esat et j ai que 44ans

  3. Il est urgent de rendre possible (trop restrictif aujourd’hui) l’accès à la retraite anticipée pour les personnes en situation de handicap.

  4. Quand en 2000, j’ai alerté l’APF.. PERSONNE §….

  5. Il est important de permettre le rachat de trimestres non cotises pour carrières longues
    Supprimés par la loi madelin
    Et pour les RQTH ne plus mettre de seuils de trimestres cotisés en tant que rqth

  6. Vous parlez là de la dèche en attendant la retraite, mais quid de la dèche des retraités handicapés…
    En ce qui me concerne, j’ai eu droit à l’AAH depuis avril 2019 et jusqu’à mes 62 ans ce mois-ci, avec l’inconvénient de ne pouvoir en toucher qu’une partie du fait que les revenus du conjoint sont pris en compte.
    Maintenant, je n’ai plus droit à l’AAH et j’ai en quelque sorte l’obligation de demander la retraite au titre du handicap.
    Hors depuis 2008 année de mon basculement en RQTH, j’ai peu travaillé et souvent à temps partiel du fait de mon handicap. J’ai donc 13 ans de carrière avec des revenus brut mensuel moyen de 500€ !
    De plus j’ai fait des études longues, et ma carrière a été ponctuée de périodes de chômage…
    D’après les simulations, avec un salaire annuel moyen sur mes 25 meilleures années faible et 125 trimestres validés sur les 167 requis, je vais percevoir environ 300€ de la Carsat et 200€ des complémentaires !
    Ma survie pour les années qu’il me reste à vivre va donc dépendre de l’ASPA, (soumise à condition de ressource) et comme les sommes versées par l’ASPA sont récupérées après le décès (sur la partie d’actif net de la succession supérieure à 39 000€), je ne sais pas ce que je vais pouvoir léguer à mes enfants…
    La retraite qui m’est promise ne va pas améliorer mes conditions de vie, ce sera la dèche après la dèche…

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