Théo Curin et sa folle traversée à la nage du lac Titicaca

Publié le 8 novembre 2021 par Claudine Colozzi
Pour relever son défi, Théo Curin s'est entouré de l'ancienne nageuse olympique Malia Metella et de Matthieu Wietvoet, éco-aventurier. © Nicolas Götz-Velobs

Quadri-amputé à la suite d’une méningite foudroyante à l’âge de 6 ans, Théo Curin est un jeune homme qui ne tient pas en place. Membre de l’équipe paralympique de natation, plusieurs fois médaillé en championnats d’Europe et du monde, il s’illustre dans la natation handisport depuis plusieurs années. Son nouveau défi ? La traversée inédite du lac Titicaca dans la Cordillère des Andes aux côtés de deux autres sportifs. Top départ le 10 novembre.

Faire-face.fr : Comment est née l’idée de ce projet à l’autre bout du monde ?

Théo Curin : Durant le premier confinement du printemps 2020, j’ai été un peu à l’arrêt comme beaucoup de sportifs. J’avais décidé de ne pas participer aux Jeux de Tokyo pour des raisons de changement dans le système de classification(1) qui ne me laissait aucune chance de podium. Classé S5, je me retrouve face à des adversaires qui ont leurs deux mains. Les concurrencer était juste mission impossible. Comme ce que j’aime le plus, c’est de me fixer de nouveaux objectifs, j’avais besoin d’une nouvelle aventure sportive. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de participer à l’Half Ironman(2) en septembre 2020 aux Sables-d’Olonne. Franchement, j’en ai bavé, mais je tenais vraiment à terminer.

122 km à la nage, dans une eau à dix degrés, à près de 4 000 mètres d’altitude. »

F-F.fr : En quoi consiste le défi Titicaca ?

 T.C : Il s’agit de traverser le lac Titicaca au Pérou en totale autonomie, soit 122 km à la nage dans une eau à dix degrés à près de 4 000 mètres d’altitude. Autrement dit des conditions extrêmes auxquelles je ne suis clairement pas habitué ! Comme je ne pouvais pas me lancer seul, j’ai choisi deux compagnons d’exception pour venir avec moi durant les huit à dix jours que doit durer cette aventure : l’ancienne nageuse olympique Malia Metella et Matthieu Wietvoet, éco-aventurier.

F-F.fr : Où résident les difficultés dans un tel projet ?

 T.C : Dans le manque d’oxygène dû à l’altitude, le  froid, le peu d’heures de sommeil. L’expédition s’effectue en totale autonomie, au milieu du lac. Tout en nageant, nous tractons une sorte d’embarcation spécialement conçue pour l’aventure. Nous pouvons y dormir, y manger et elle contient notre matériel (nourriture lyophilisée, vêtements de rechange, sacs de couchage…). Jusqu’à la date du départ, nous avons enchaîné des sessions d’entraînement en mode survie pour nous préparer aux différentes situations. C’était très intense, mais aussi très excitant.

Au-delà des valeurs sportives et du dépassement de soi, cette aventure revêt une dimension écologique et solidaire. »

F-F.fr : Est-ce très différent de nager en eau naturelle ?

 T.C : Je n’éprouve pas les mêmes sensations que dans les bassins, même si l’eau est un élément que je connais bien. Quand tu t’entraînes dans de l’eau à neuf degrés, c’est à toi de t’adapter. Tu as la confirmation que la nature est plus forte que nous. Ça rend d’autant plus conscient de la nécessité de protéger notre environnement. Au-delà des valeurs sportives et du dépassement de soi, cette aventure revêt une dimension écologique et solidaire. Ma génération est très sensible à la question environnementale.

F-F.fr : Si votre carrière de nageur paralympique est actuellement entre parenthèses, rendez-vous tout de même aux Jeux de 2024 ?

 T.C : Bien sûr ! Depuis avril 2018, je fais partie de la Commission des athlètes de Paris 2024, qui travaille à la préparation de ces Jeux. Ce sera un rendez-vous important. Je reste un nageur paralympique et ne renonce pas à l’idée d’y participer en espérant que la classification évolue.

(1) En natation, les compétiteurs sont classés selon leur potentiel physique. Il existe 10 classes « S » de S1 à S10 pour les nages papillon, dos et crawl (nages qui privilégient la puissance des membres supérieurs).
(2) Compétition de triathlon qui correspond à la moitié d’un Ironman. Les distances à parcourir sont d’1,9 km de natation, 90 km de vélo et 21,1 km de course à pied.

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