En situation de handicap, ils apprennent le métier de cuisinier

Publié le 17 novembre 2021 par Elise Descamps
Dix-neuf alternants en situation de handicap se forment pendant un an au métier de cuisinier pour le groupe Korian, accompagnés par le cabinet Synergie.

Le groupe d’Éhpad Korian s’est associé au cabinet Synergie pour repérer dix-neuf personnes en situation de handicap à former au métier en tension de cuisinier. Ils seront ensuite recrutés en CDI. Quasiment tous ont des handicaps invisibles, comme Xavier, ancien militaire.

Ses 25 années dans l’armée ont laissé des traces. Pas de blessure de guerre, mais un handicap pourtant bien là, et insidieux : les difficultés psychologiques liées au stress post-traumatique. Xavier Le Bigot, 46 ans, père de quatre enfants, n’a compris la gravité de ce dont il était atteint qu’après avoir quitté le terrain, arrivé à un poste d’encadrement administratif. Alors que le calme est apparent, tous les chocs remontent, et le tétanisent.

Après un long arrêt de travail, il décide de se reconvertir. Il choisit la cuisine, qui l’a toujours attiré. Par hasard, sur Internet, en cherchant comment passer un CAP, il tombe sur un appel à candidature du cabinet Synergie, ayant parmi ses spécialités l’accompagnement au recrutement des personnes en situation de handicap pour le groupe Korian. Il s’agit de recruter et de former dix-neuf apprentis cuisiniers pour les maisons de retraite du groupe, avec le critère d’être en situation de handicap.

Handicaps invisibles

« Poser le mot handicap sur ce que j’avais a été long. Et qui plus est, demander une reconnaissance de la qualification de travailleur handicapé (RQTH). Mais c’était important, surtout pour reconnaître ce dont je souffrais », commente Xavier Le Bigot.

Dans la promotion, tous ou presque ont des handicaps invisibles. Limitation du port de charges, diabète, trouble du spectre autistique, déficience intellectuelle et cognitive, pathologies psychiques, et une personne malentendante. « Pour certains, comme la personne souffrant d’un trouble autistique, les tests de recrutement ont été adaptés », explique Sonia Mouihi, responsable nationale projets de la mission handicap de Synergie. Mais surtout, des coachings de préparation aux entretiens ont été menés par le cabinet, afin de leur donner confiance et les codes nécessaires, quand parfois, le monde du travail peut être une notion floue.

Une formation par alternance

Xavier Le Bigot a commencé en septembre sa formation en alternance au centre de formation des apprentis ( CFA) interentreprises – porté conjointement par les groupe Korian, Accor, AccorInvest, Adecco, et Sodexo. Le CFA des Chefs,  qui se trouve à Guyancourt dans les Yvelines (78). Il réalise son stage dans un Éhpad du groupe Korian où il trouve un environnement bienveillant et motivant.

« La cuisine, c’est comme l’armée, une équipe, un chef, du stress, se sentir utile. Mais dans un tout autre contexte. » L’ancien militaire reprend goût à la vie, et ses relations personnelles s’en portent mieux. Même si la maladie est bien là. « Il m’arrive d’avoir des moments de blancs. Des flashs viennent quand je surveille ma marmite. J’essaie tout de suite de penser à autre chose. »

Découverte de la cuisine et coaching

Pour Synergie, passer par la formation est capital pour accéder à des métiers en tension comme la cuisine. « 75 % des travailleurs handicapés ont un niveau de qualification inférieur au bac. Par ailleurs, un handicap sur deux survient au cours de la vie », souligne Sonia Mouihi.

Lire aussi : Emploi et handicap : « Une ambition forte, des résultats décevants »

Encore fallait-il réussir à identifier les candidats. Les dix-neuf personnes ont été retenues après une présélection d’une soixantaine d’individus, fruit d’un an de travail. Synergie avait commencé par un webinaire réunissant Pôle emploi, Cap emploi, son réseau d’associations, dans les régions de Paris, Lyon et Marseille, territoires concernés par les recrutements. Puis ont suivi des sessions collectives de découverte de ce métier et des rencontres avec les recruteurs et chefs de cuisine.

Bien consciente que le chemin ne s’arrête pas au recrutement, Sonia Mouihi accompagne sur le terrain les alternants en situation de handicap durant toute leur période d’essai. Elle anime aussi un groupe WhatsApp de la promotion : pour les soutenir au quotidien, favoriser la solidarité entre eux, mais aussi partager les bonnes nouvelles.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de Confidentialité de Google et l'application des Conditions d'Utilisation.

Sujets :
Emploi