Vie à domicile : les personnes handicapées appellent à l’aide

Publié le 14 janvier 2022 par Franck Seuret
De nombreux clients de services prestataires ne parviennent pas à obtenir des interventions à domicile pour le nombre d'heures notifié par la MDPH.

Le manque de personnel dans les services d’aide à domicile pénalise les personnes handicapées ayant besoin d’être accompagnées pour vivre chez elles. Des mesures de revalorisation financière devraient contribuer à renforcer l’attractivité de ces métiers. Mais les effets ne seront pas immédiats.

Blandine Lucas craint de ne pas pouvoir rester à domicile. © DR

« Mentalement, je suis usée. » Blandine Lucas « n’en peut plus » de vivre dans l’angoisse de savoir si une auxiliaire de vie sera bien là le matin à 9 heures, pour l’aider à se lever, prendre son petit déjeuner, faire sa toilette…

« Cela arrive au moins deux à trois fois par mois que la salariée soit absente, explique la quadra, atteinte d’infirmité motrice cérébrale. Et comme le service prestataire qui l’emploie manque de personnel, il n’arrive pas à assurer intégralement les remplacements. Il faut que j’attende 10 h 30 ou 11 heures pour que quelqu’un arrive enfin pour me sortir du lit. »

« C’est moi qui m’adapte au service »

La MDPH d’Ille-et-Vilaine lui a attribué cinq heures d’aide humaine quotidienne. Elle a également droit à quatre heures par semaine pour la vie sociale. « Mais mon prestataire n’arrive pas à tout assurer. Et je dois faire de nombreuses concessions pour caler les heures. C’est moi qui m’adapte au service et non le service qui s’adapte à mes besoins. »

Alors Blandine Lucas, qui vit dans la banlieue de Rennes, s’inquiète de savoir si elle va pouvoir rester à domicile. « Je ne me vois pourtant pas vivre en foyer. Mais la situation actuelle est trop anxiogène. »

Mise en danger

Le même problème se pose un peu partout en France. Sabrina Azzouz s’y confronte tous les jours à Paris. Atteinte d’une tétraplégie complète, trachéotomisée et sous assistance respiratoire permanente, elle a besoin d’une aide 24 heures sur 24. « Des auxiliaires de vie formées à l’aspiration endotrachéale. Et bien formées », précise-t-elle. 

Une denrée rare dans les services prestataires. « Je me suis tant de fois retrouvée contrainte d’accepter des intervenants qui m’ont mise en danger », regrette-t-elle.

Aujourd’hui, elle fonctionne avec une équipe extrêmement réduite de quatre personnes – voire trois – en roulement. « C’est ingérable. Psychologiquement, je suis en burn-out. Je ne souhaite pas me retrouver en institution. »

 « De grosses tensions de personnel »

« Nous sommes effectivement confrontés à de grosses tensions de personnel sur les métiers de l’aide à domicile, reconnaît Jérôme Perrin, le directeur du développement et de la qualité de l’ADMR, réseau associatif de services à la personne. Et c’est encore plus vrai pour les usagers en situation de handicap chez lesquels nous faisons intervenir des salariés formés. Mais les récentes mesures décidées pour notre secteur devraient contribuer à améliorer la situation, très progressivement. »

Une augmentation salariale de 13 à 15 %

Le 1er octobre 2021, l’avenant 43 de la convention collective de la branche de l’aide à domicile, applicable uniquement dans les associations, est en effet entré en vigueur. Il a entraîné une augmentation salariale de 13 à 15 %, financée à 50/50 par l’État et les départements. « Il permet également de mieux rémunérer les personnes formées et les interventions plus techniques », commente Jérôme Perrin. 

Un tarif PCH à 22 €

Le 1er janvier 2022, le tarif national minimal de l’heure d’aide à domicile pour les allocataires de la PCH ayant recours à un service prestataire est, lui, passé à 22 €, après avoir longtemps plafonné à 17,77 €. Cette hausse devrait déboucher sur une augmentation des rémunérations dans les services du secteur privé non associatif.

« Ce serait une bonne chose pour l’attractivité de ces métiers, note Malika Boubékeur, conseillère compensation d’APF France handicap. Mais le risque est que, pour les usagers, les restes à charge ne baissent pas, voire s’aggravent. C’est pourquoi, nous demandons qu’ils soient encadrés réglementairement. »

Un bonus de 3 €… début 2023

Par ailleurs, les Saad assurant des interventions spécifiques (horaires élargis, zones reculées…) pourront bénéficier d’une dotation complémentaire. Autour de 3 €, vraisemblablement début 2023.

Image dégradée et pénibilité

« Tout cela ne suffira pas à répondre à nos difficultés de recrutement et de fidélisation », souligne Vincent Vincentelli, le responsable réglementations sectorielles à l’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles (Una), qui regroupe plus de 640 structures, partout en France.

Et de pointer « l’image très dégradée du secteur de l’aide à domicile, au-delà de la question de la rémunération ». Mais aussi « la pénibilité du travail, en raison, notamment, du découpage des plannings (15 minutes ici, une heure là-bas…), lui-même lié au fractionnement des plans d’aide hyper minutés et contrôlés. »

Une campagne de recrutement et de communication

Le Gouvernement vient de lancer une campagne de recrutement d’urgence sur les métiers du soin et de l’accompagnement, dans les secteurs sanitaire, du grand âge et du handicap.. Elle repose, entre autres, sur le repérage des candidats mais aussi sur la formation. En février, ce sera une opération de communication pour « susciter des vocations ». Blandine va devoir prendre son mal en patience.

Le droit à compensation inabouti

APF France handicap organise une journée débat sur le droit à compensation inabouti, le 9 février. Elle sera animée par Franck Seuret, journaliste à Faire-face.fr. Une des tables rondes sera consacrée à la nécessité de l’accompagnement par une personne formée, choisie et adaptée aux habitudes de vie des personnes. Sabrina Azzouz interpellera les décideurs. Journée en présentiel, à Paris, et en distanciel. Pour vous inscrire, cliquez sur ce lien.  

Comment 12 commentaires

Monsieur SEURET bonjour, je me permets de vous écrire quelques lignes.
Je suis handicapée, j ai 64 ans, retraitée et depuis ma retraite de mai 2019, ils m ont supprimé l AAH qui m était accordé pour 10 ans…je n’ ai eu aucune explication ! Par contre mon handicap augmente plus des maladies auto-immunes et une maladie orpheline ! Je ne me plein pas…. Mais c est injuste… pourtant, je sais que beaucoup de personnes handicapées sont dans de plus grand désarrois que moi. J ai besoin de vos conseils et de votre aide. D avance grand merci monsieur SEURET.
Pensées affectueuses à toutes les personnes handicapées.
Cordialement
Annie

Je suis là fondatrice du Collectif citoyen » Les Revhandic’s du domicile » composé uniquement de personnes en situation de handicap dépendantes d’une aide à domicile au quotidien. Notre objectif est d’alerter les pouvoirs publics sur le déclin des services d’aide à domicile. Déclin qui impacte directement notre quotidien. Rejoignez nous. Unissons nos voix pour nous faire entendre !

Il serait également utile de penser à ceux qui emploient des salariés en direct, suite aux heures attribuées grâce à la PCH. Ce sont les parents pauvres, et sans défense face aux associations

Bonjour à tous, tétraplégique depuis 30 ans, je suis particulier-employeur. Arrêtez les prestataires… Ayez plusieurs personnes salariées (pour d’éventuels remplacements ou absence). Indeed, needhelp…pour vos recherches, CESU pour payer (et avoir des modèles de contrat, etc…) Seul moyen de vivre normalement…

Il y a aussi le problème des indemnités kilométriques très mal compensées; pire encore avec l’explosion des prix des carburants.Certains bénéficiaires n’ont pas de logements adaptés ou refusent-parfois la famille-de faire des adaptions nécessaires au cadre de vie.Certains personnels sont engagés sans formation et
et sont envoyés sur le « terrain » avec des informations succinctes, sans présentation préalable à l’intervention.Les employeurs freinent des quatre fers avant d’envoyer ceux qui le demandent en formation. Une formation devrait être obligatoire avant l’embauche ou dans les 3 mois qui suivent.
Une personne qui a élevé 2 ou 3 enfants ou s’est occupé d’un parent agé ne peut pas se muter en auxillaire de vie du jour au lendemain

Bonjour je m’appelle Christophe j’ai 50 ans je suis atteint d’une maladie orpheline qui malheureusement me laisse dépendant d’aidants professionnels et familiaux. Je tiens à remercier ma famille ainsi que les Auxiliaires De Vie car sans cela je ne pourrai plus continuer à travailler voir «  vivre normalement »Je voulais juste souligner que l’association qui m’envoie des auxiliaires de vie, n’hésite pas non plus à envoyer des aides ménagères en les faisant passer pour des auxiliaires de vie. Je trouve que l’on se moque du monde car ces personnes sont payées comme des aides ménagère et non pas comme des auxiliaires de vie. Dans un second degré sans pour autant blâmer les aides ménagères je pense qu’il faut quand même une formation pour être auxiliaire de vie, cela ne s’improvise pas!

cest une honte pour les handicapes manquent de personel ,, ccas aide a domicile etaussi la caf qui refuse ,dela ; aah pour moi+60ans nom impossable

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