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Centre Robert Doisneau à Paris : un établissement ouvert sur la Cité
Sur le toit de l'immeuble, une terrasse accessible a été aménagée à hauteur de jardiniers en fauteuil. La récolte est livrée à un restaurant tout près. En contrepartie, ce dernier offre un repas chaque trimestre.© Nicolas Gallon

Centre Robert Doisneau à Paris : un établissement ouvert sur la Cité

Publié le 27 juillet 2017

Le Centre Robert Doisneau, inauguré début 2014 dans le XVIIIe arrondissement de la capitale, a la particularité de réunir quatre structures, dont une Maison d’accueil spécialisée (Mas) et un Foyer d’accueil médicalisé (Fam). Ce, dans un même bâtiment conçu pour favoriser les échanges avec la ville. Au-delà de l’architecture, les équipes s’efforcent de développer les activités et les liens des résidents avec l’extérieur.

« Concentration maximale. Le moment est grave ! La balle est au capitaine Didier Perez. Que va-t-il faire ? » « Je joue ! », crie Didier assis sur son fauteuil roulant. La balle bleue qu’il projette d’une main au centre de la pièce frôle « jack », la balle cible blanche. « Et c’est gagnéééé ! Les pom-pom girls, vous êtes où ? Un peu d’animation ! », s’époumone Willy, le moniteur-éducateur, à l’attention des aides-soignantes. Une vingtaine de résidents applaudissent à tout rompre. Gros succès pour la boccia cet après-midi encore : au sixième étage du Centre Robert Doisneau, la pétanque adaptée est une institution.

Au sixième étage, la pétanque adaptée ou boccia est une institution. Chaque semaine, deux groupes de résidents, licenciés handisport et section loisirs, s’entraînent ici. © Nicolas Gallon

La boccia, en compétition et en loisirs

Chaque semaine, deux groupes de résidents s’entraînent ici. « Pour les licenciés handisport, des rencontres inter-établissements sont organisées : il y en a eu au moins cinq l’an dernier. La compétition, c’est très stimulant !, souligne Bénédicte Sraïeb, la chef de service du pôle handicap adulte du Centre Robert Doisneau. Pour le groupe loisirs, nous allons essayer d’organiser des matchs amicaux avec d’autres centres parisiens. »
Développer, autant que possible, les relations avec l’extérieur. Voilà l’un des objectifs de cet établissement ouvert début 2014 dans le XVIIIe arrondissement parisien, géré par la Fondation OVE. Particularité rare, le centre regroupe quatre structures : une maison de retraite, un service éducatif spécialisé, une Maison d’accueil spécialisée (Mas) et un Foyer d’accueil médicalisé (Fam) accueillant quatre-vingt-quinze adultes dont quinze au sein d’un foyer d’accueil de jour (FAJM). Personnes âgées, jeunes autistes ou adultes en situation de handicap moteur avec ou sans troubles associés se croisent quotidiennement dans les parties communes de ce bâtiment moderne aux grandes façades vitrées.

Vue sur la ville

Au rez-de-chaussée, la sandwicherie L’Askatasun bénéficie d’une double ouverture : à l’intérieur du centre et sur la rue René Clair. Une façon de faciliter les contacts. © Nicolas Gallon

Dès sa conception, l’immeuble – avec ses circulations intérieures formant un “E” – a été pensé pour favoriser les échanges. Au rez-de-chaussée, la sandwicherie L’Askatasun, par exemple, bénéficie d’une double ouverture : à l’intérieur du centre et sur la rue René Clair. « Un incubateur d’entreprises innovantes se situe à côté. Le midi, les travailleurs viennent s’y restaurer comme certains résidents. Cela facilite les contacts », souligne Céline Lamour, la directrice.
Ce mercredi midi, quelque dix résidents fument leur cigarette d’après-repas sur le trottoir. Les conversations s’engagent avec les passants et les personnels du centre. « Monsieur Kokjayan, avant de finir mon service, est-ce que je vous emmène au septième étage pour jardiner ? », demande un aide-soignant. Melkon, 58 ans, un résident de la Mas, victime d’un AVC en 2012, acquiesce avec un radieux sourire. « J’ai toujours aimé cultiver la terre. Je suis arrivé à Paris à 24 ans. Mais je jardinais avant, au Liban… Ici, cela me permet de penser à autre chose, de m’évader ! »

Des activités individuelles et collectives

 

Sur le toit de l’immeuble surplombant ceux en zinc de Paris, une terrasse accessible a été aménagée avec des bacs en bois à hauteur de jardiniers en fauteuil. Plantes aromatiques, fruits, basilic et menthe citron embaument l’air. Deux fois par semaine, des ateliers “jardinage” ont lieu pour les résidents qui le souhaitent. Monsieur Robichon, un fidèle, explique la dernière initiative en date : «  Depuis peu, nous livrons nos récoltes à un restaurant qui a ouvert en bas. En contrepartie, il nous offre un repas chaque trimestre. Ça motive ! »
Une façon aussi de participer à la vie du quartier. Même si certains résidents en situation de handicap ont une vie sociale indépendamment des initiatives proposées par le centre, les équipes mettent tout en œuvre pour développer les activités dans la Cité. Bien sûr, « en fonction de nos moyens et contraintes humaines, financières et légales, tempère la directrice. Nous travaillons sur des activités individuelles et collectives à l’extérieur. Mais ce qui prime, c’est d’abord le souhait de la personne, le respect du projet de vie de chacun », insiste-t-elle.
C’est ce qui a permis à des résidents comme Monsieur Bagdi, de la Mas, de pouvoir faire chaque semaine du rugby-fauteuil en club. Ou à une autre résidente de suivre des cours de danse. Trois résidents profitent régulièrement de la piscine du quartier, accompagnés par Nicolas, l’éducateur sportif. Trois autres attendent actuellement une réponse à la proposition de bénévolat adressée à l’antenne locale d’Emmaüs.

Tisser des liens dans et hors les murs

Personnes âgées, jeunes autistes ou adultes en situation de handicap moteur se croisent quotidiennement dans les parties communes du Centre Robert Doisneau. © Nicolas Gallon

Le centre Doisneau profite aussi de sa situation géographique et des possibilités offertes par la capitale. Parmi les sorties collectives l’an dernier, Roland-Garros. « La chance que nous avons à Paris, c’est d’avoir à proximité différentes propositions sportives et culturelles gratuites, comme les musées. Après, si vous demandez aux résidents, ils préfèrent souvent une sortie “shopping” ou “restaurant”… comme tout le monde ! », sourit Myriam Driancourt, la coordinatrice éducative.
S’ouvrir vers l’extérieur, c’est aussi pouvoir profiter des bonheurs simples de la vie auxquels l’institution ne donne pas toujours accès. À voir les visages de certains résidents s’illuminer lorsqu’ils croisaient des enfants dans la rue, lors des marches organisées chaque semaine, « nous avons pensé que certains seraient heureux d’avoir des bambins dans les pattes de temps en temps », résume la coordinatrice. L’équipe projette donc de nouer des partenariats avec les écoles du quartier pour organiser, dès la rentrée prochaine, des ateliers – jardinage, cuisine, coloriage, etc. – dans les locaux du Centre Robert Doisneau.
Pour l’heure, le programme hebdomadaire d’animations, commun aux trois entités du pôle (Mas, Fam et FAJM), favorise d’ores et déjà les liens intergénérationnels et, plus largement, les échanges entre résidents. Et semble pouvoir satisfaire tous les goûts : percussions, sport adapté, projection de films, esthétique et relaxation et même… zoothérapie. Les résidents peuvent également participer aux initiatives de la maison de retraite.  L’un d’eux a récemment révélé ses talents de poète en s’associant à l’atelier d’écriture de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Éhpad). Quant aux ateliers “chorale” et “théâtre” du pôle handicap adulte, ils animent tous les anniversaires du centre.

Des réunions pour concrétiser des projets

Pour impliquer davantage ses occupants dans la vie du centre, des réunions “résidents” sont organisées mensuellement au sein de la Mas, du Fam et du FAJM. Objectif ? Laisser s’exprimer les idées pour améliorer le quotidien. D’ailleurs, ce mercredi après-midi, il n’y a personne  au foyer d’accueil de jour. Tous partis acheter un aquarium pour leur nouvelle colocataire, une tortue.  « Ce sont eux qui ont décidé, en réunion, d’acheter cet animal. C’est leur projet », précise Bénédicte Straïeb.
Ce fonctionnement interne n’est pas propre au Centre Robert Doisneau, estime la chef de service du pôle handicap. « L’ouverture vers l’extérieur, le fait de réfléchir sur la citoyenneté des résidents font partie des projets de tous les établissements modernes. » À titre d’exemple, lors de l’élection présidentielle, ceux en capacité de voter et le souhaitant ont été accompagnés à leur bureau de vote. « Cela n’a au final concerné que neuf personnes, reprend Bénédicte Sraïeb. Deux allers-retours en minibus ont suffi. » La preuve qu’en institution aussi, l’exercice de sa citoyenneté reste possible. Aurélia Sevestre

Contact
Centre Robert Doisneau
51, rue René Clair – 75018 Paris
Tél. : 01 53 09 83 00
www.fondation-ove.fr

Une cuisine pour nourrir les échanges

Le Centre Robert Doisneau s’est récemment doté d’une cuisine thérapeutique adaptée. Un projet dans lequel plusieurs résidents se sont impliqués « en allant défendre ce dossier auprès des institutions pour obtenir des financements », précise Myriam Driancourt, la coordinatrice éducative. Parmi eux, Bertrand Trouillet, 60 ans, ancien chef cuisinier dans la Marine. Ni ses difficultés d’élocution, ni son fauteuil roulant ne l’ont empêché d’encadrer l’atelier inaugural de cet outil.

En mai, sous sa directive, un cadre de santé et une aide-soignante ont concocté une forêt noire sans gluten. De nombreux résidents ont des régimes adaptés ou mangent “mixé” : cette cuisine leur permet de concocter des plats plus élaborés que ceux de la restauration collective, d’organiser des ateliers ludiques, des goûters, etc. Et pour ceux ayant le projet d’un retour à domicile, de se remettre aux fourneaux.

Robert Doisneau voit grand

Le Centre Robert Doisneau expose librement les plus célèbres images du photographe : une centaine de clichés en noir et blanc – dont le fameux Baiser de l’hôtel de ville – sont reproduits en grand format sur les murs ou rétro-éclairés au plafond des parties communes de l’établissement, à la vue de tous : résidents, proches, personnel… et de toute personne désirant s’y attarder.

Un commentaire

  1. un article qui donne de l’espoir, l’initiative est un exemple à suivre et à développer pour mieux vivre ensemble.

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