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Places urgentes en établissements pour personnes handicapées : le dispositif d’alerte en panne

Le 14 novembre 2013, le gouvernement annonçait la mise en place d’un dispositif pour traiter les cas d’urgence de personnes handicapées sans solution d’accompagnement. Un an après, le bilan s’avère extrêmement décevant.

photo de jeanne auberDeux ans déjà que Julie n’a plus de prise en charge adaptée. En septembre 2012, cette jeune femme de 23 ans, atteinte d’un handicap complexe (retard mental, épilepsie…), a dû quitter le foyer d’accueil médicalisé où elle vivait. Depuis, elle vit principalement chez ses parents. « Julie régresse en autonomie, déplore sa mère, Jeanne Auber (photo). Et sa prise en charge est épuisante pour nous. J’ai d’ailleurs été arrêtée un moment car j’étais à bout de forces. »

L’affaire Amélie Loquet, à l’origine du dispositif d’alerte

Il y a un an, jour pour jour, Jeanne Auber avait pourtant repris espoir. Le 14 novembre, Marie-Arlette Carlotti, alors ministre déléguée aux personnes handicapées, annonçait la mise en place d’un « dispositif d’alerte et de traitement des situations critiques ». Quelques semaines plus tôt, le tribunal administratif avait enjoint l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France de proposer une solution à Amélie Loquet. Les parents de cette jeune femme lourdement handicapée avaient saisi la justice car elle n’avait pas de place en établissement.

Julie Auber, une jeune femme toujours sans solution pérenne

Rapidement, le cas de Julie est reconnu comme « situation critique ». Mais la suite n’a pas été à la hauteur des attentes de ses parents. Ce n’est qu’en février 2014, « après de multiples relances », que l’ARS propose deux structures aux parents. La première refusera l’admission de Julie et la seconde héberge uniquement des personnes âgées de 50 ans et plus ! Jeanne Auber a signé le 27 octobre, sur Libération.fr, une tribune pour dénoncer cette situation.

« Aujourd’hui, Julie est toujours sans solution adaptée, insiste-t-elle. Nous sommes encore debout grâce aux soutiens de structures qui l’accueillent, provisoirement, à temps partiel. C’est du bricolage. Et surtout, cela ne correspond pas au projet de vie de Julie. » Elle raconte cette souffrance et leur parcours du combattant dans un livre-enquête : Les Exilés mentaux, un scandale français, paru chez Bayard.

Moins d’un cas sur trois résolu

Le cas de Julie est loin d’être isolé. Le cabinet de la secrétaire d’État aux personnes handicapées, Ségolène Neuville, reconnaît que seules dix situations critiques étaient résolues, à la date du 21 octobre. Au total, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie a eu connaissance de 106 situations. « 33 ont été qualifiées de critiques au sens de la circulaire », précise le cabinet : 21 enfants et 12 adultes.

Au moins 1 000 personnes handicapées en situation critique

« Ces chiffres ne reflètent pas la réalité vécue par les familles, regrette Christel Prado, la présidente de l’Unapei. Nous estimons au bas mot qu’au moins 1 000 personnes sont dans une situation critique. » Mais la grande majorité de ces familles ne se sont pas signalées : soit elles ignorent ce dispositif, soit elles doutent de son efficacité. Non sans raisons… « Toutes les Maisons départementales des personnes handicapées n’ont pas mis en place une cellule de gestion des situations critiques, relève Christel Prado. Lorsqu’elles en ont une, elles sont rarement en mesure de trouver une solution. Le gouvernement ne s’est pas attaqué au problème de fond. »

Un rapport Piveteau pour un « Zéro sans solutions » avec peu d’effets

Début juin, le conseiller d’État Denis Piveteau, missionné par Marie-Arlette Carlotti, a pourtant remis un rapport préconisant des mesures pour parvenir à « Zéro sans solution ». « Le gouvernement n’en a rien fait jusqu’à présent », s’agace Christel Prado. Il aura fallu que l’Unapei publie un communiqué cinglant, fin octobre, pour que les choses bougent un peu.

Une mission de plus confiée à Marie-Sophie Dessaulle

Le 5 novembre, Ségolène Neuville a confié à Marie-Sophie Desaulle, ex-directrice d’ARS et ex-présidente de l’APF, la mission de « préciser les étapes et les modalités permettant la mise en œuvre progressive du rapport  Zéro sans solution. (…) Elle devra remettre une première feuille de route pour la Conférence nationale du handicap de décembre 2014 ». Une deuxième mission pour faire suite à la première…  À ce rythme, Julie et les centaines d’autres enfants et adultes sans prise en charge adaptée ne sont pas prêts de trouver une place dans un établissement correspondant à leur projet de vie. Franck Seuret – Photo d’ouverture F.S

A propos de Valérie Dichiappari

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5 commentaire

  1. Messieurs,
    Je voudrais savoir pourquoi dans la nouvelle version de faire face que je reçois maintenant tous les deux mois qu’il n’y a plus les petites annonces en toute genres vacances accessoires voiture vente voiture etc.. j’espère que cela va revenir dans les prochains numéros .
    Dans l’attente d’une réponse de votre part veuillez agréer Messieurs mes salutations. je suis adhérant a l’APF depuis 1975.
    Decodts Laurent.

    • Valérie Dichiappari

      Bonjour,

      Faire Face a changé de formule. Devenu bimestriel, les petites annonces se trouvent désormais sur le site http://www.faire-face.fr. Ceci leur donne plus de visibilité et permet également la mise en ligne de photos.
      Toute personne consultant le site a accès aux petites annonces (colonne de droite). De plus chaque abonné (abonnement au moins d’un an) bénéficie de la mise en ligne de deux annonces gratuites. Pour cela, il suffit de se créer un compte sur le site toujours.
      Espérant avoir répondu à votre question.
      Bien cordialement,
      Valérie Di Chiappari, rédactrice en chef

  2. je suis la mère d’une jeune femme handicapée qui vit à la maison.Moi aussi,je ne comprend pas qu’il y ait un tel manque d’hébergement pour ces personnes là.Ne pourrait-on pas lors de la construction de maisons de retraite,de centres de soins,et de tous établissements de santé,construire en même temps un espace qui puisse accueillir ces personnes

  3. Principalement atteinte d’une maladie neurologique, évolutive ,dégénérative ,rare j’ai fait un AVC il y a environ un an (qui a aggravé toutes mes difficultés );et pour arranger le tout , il y a désormais plus d’un mois ,je suis tombée de mon fauteuil et me suis fait des tendinites à l’épaule droite ,bien sûr je suis droitière ; avec un 3ème tendon ,en piteux état ; ne parlons pas des infiltrations qui me guettent ,car j’ai le long biceps dont le tendon est plein de synovie . Bref, je pense que si ça continue encore comme ça il me faudra envisager d’être placée ; j’ai plus de 62 ans et c’est une solution qui ne me réjouit pas :mais comment faire quand les moyens physiques de mes proches ,qui complètent mes aides à domicile s’épuisent? (mon compagnon est lui aussi handicapé )

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