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"Je ne le lâcherai pas quoi qu'il arrive. C'est ce que je me suis dit dès que j'ai appris ce qui lui était arrivé", témoigne la mère de Marin qui vient de publier un livre.

Audrey Sauvajon : « On a arraché sa vie à Marin. »

L’acte de courage de Marin, 20 ans, a ému
la France entière. Le 11 novembre 2016, à Lyon, cet étudiant est sauvagement agressé après avoir défendu un couple qui s’embrassait. Victime d’un grave traumatisme crânien, il en ressort lourdement handicapé. Dans un livre bouleversant*, Audrey Sauvajon, sa mère, raconte la lente renaissance de son fils et son rôle d’aidante. Parfois à contre-courant des consignes médicales.

Faire-Face.fr : Dans votre livre, vous expliquez que vous étiez plutôt hésitante avant de vous lancer dans l’écriture de ce témoignage. À qui s’adresse-t-il au final ?

Audrey Sauvajon : J’ai pensé que sa lecture pourrait peut-être aider d’autres familles accompagnant un proche victime d’un traumatisme cranio-cérébral. Mais j’ai aussi écrit ce livre pour moi. Pour raconter ma version de ce qui est arrivé à Marin. J’ai été très frustrée de devoir me taire durant toute l’instruction avant le procès de son agresseur. J’ai demandé enfin à des personnes formidables de témoigner, comme le Dr Atif, le neurochirurgien qui l’a opéré et sauvé.

F-F.fr : Vous dites que tout ce que vous avez entrepris et continuez d’entreprendre pour votre fils est dicté par votre devoir de mère…

A.S : Au-delà de l’amour inconditionnel que je porte à mes trois enfants, je me sens une responsabilité vis-à-vis de Marin. Il n’a pas choisi de venir au monde, d’en supporter la violence. Je suis l’aidante naturelle de Marin. Je ne le lâcherai pas quoi qu’il arrive. C’est ce que je me suis dit dès que j’ai appris ce qui lui était arrivé. C’est aussi ce qui m’a poussé à ne pas me satisfaire parfois de ce que le corps médical proposait. Pour sa rééducation notamment.

Donner du sens à l’insensé

F-F.fr : Comment fait-on face à cette plongée brutale dans le monde du handicap ?

A.S : Si l’on reste dans sa colère et sa douleur, si l’on passe son temps à ressasser ce que l’on a perdu, on n’avance pas. D’autant que ce qui est arrivé à Marin n’est pas un accident mais la conséquence du caprice de quelqu’un qui a tenté de le tuer. Alors j’ai essayé de transformer ce choc pour notre famille en quelque chose de positif. De donner du sens à l’insensé.

F-F.fr : C’est pour cela que vous avez créé l’association La tête haute Je soutiens Marin, en février 2017 ?

A.S : L’objectif était d’abord financier. Nous avions besoin d’aide pour financer le long parcours médical de Marin. Puis, suite à la mobilisation sur la page Facebook Je soutiens Marin, nous nous sommes dit que nous pourrions venir en aide à d’autres personnes victimes d’un traumatisme cranio-cérébral. De même qu’à leurs proches. Et soutenir la recherche médicale sur le cerveau.

Nous avons imaginé un coffret Le CAP La tête haute qui donne des informations sur la manière de réinventer un lien avec son proche. La prise en charge de ce type de handicap est encore insuffisante en France. Les familles sont bien souvent désemparées.

Batailler avec l’administration

F-F.fr : Aujourd’hui, Marin va mieux. Qu’est-ce qui vous inquiète le plus quand vous vous projetez dans l’avenir ?

A.S : La dépendance, le manque d’autonomie. On y travaille tous les jours. Mais il faut sans cesse batailler. Les relations avec l’administration sont très compliquées. Par exemple, refaire un dossier MDPH alors que Marin est reconnu handicapé à plus de 80 %, est-ce bien indispensable ? Imaginer un projet de vie quand on vit au jour le jour… Il y a quelque chose d’absurde dans tout ça.

F-F.fr : Et lui, le sentez-vous inquiet ?

A.S : Marin évite d’en parler mais je sais qu’il pense à son avenir. C’était un étudiant brillant. C’était aussi un jeune adulte indépendant qui travaillait le week-end. Il naviguait entre la science politique et les dépannages de voiture. Tout est à réinventer pour lui. Mais la priorité reste les progrès qu’il peut encore faire.

Une volonté de vivre à tout prix

F-F.fr : Et vous en tant que parent, où en êtes-vous de l’acceptation ?

A.S : J’avance tout doucement. Je suis tiraillée entre le soulagement qu’il soit là et la tristesse qu’il ne soit plus qui il était. Je n’oublie pas que son agresseur a arraché sa vie à Marin.

F-F.fr : Comment expliquez-vous que l’histoire de Marin ait tant touché l’opinion publique ?

A.S : Les gens saluent l’acte de courage, la force de caractère. Mais ils sont aussi attachés à la personne de Marin, à son humour, à sa détermination, à sa volonté de vivre à tout prix.

*La Tête haute, Éditions Flammarion, 18 €.

A propos de Claudine Colozzi

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2 commentaire

  1. stefanink bertrand

    TRISTE QUE CELA SE TERMINE COMME C ELA

  2. Marin est un modèle de courage et d’espérance pour tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme.
    Sa maman Audrey est une femme extraordinaire, qui se bat comme une lionne pour et avec son fils sans oublier tous ceux dont le cerveau a aussi souffert.
    Avec toute mon admiration et mon affection.

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