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« Notre rôle est essentiel pour assurer le maintien en bonne santé des personnes handicapées chez elles », martèle Muriel Peyrolle, directrice du SSAAD APF France handicap de Limoges. © Franck Seuret

Coronavirus : les services d’aide aux personnes handicapées s’adaptent tant bien que mal à la crise

Les services d’aide humaine et d’accompagnement sont indispensables à la vie de plusieurs dizaines de milliers de personnes handicapées. Mais le manque de masques de protection menace leur activité. Et l’absence prévisible de salariés malades les oblige à réorganiser leurs interventions.

« Il nous faut des masques ! » Le service de soins, d’aide et d’accompagnement aux personnes handicapées que Muriel Peyrolle dirige n’a encore reçu aucune dotation du stock réquisitionné par l’État. Jusqu’à présent, la directrice du SSAAD APF France handicap de Limoges a réussi à s’en procurer en faisant jouer la solidarité du réseau. « Un Ésat qui a fermé ses portes vient de nous faire don de la moitié de ses masques chirurgicaux », donne-t-elle en exemple.

« Nous sommes en première ligne. »

Maintenir en bonne santé des personnes à leur domicile permet d’éviter d’engorger l’hôpital.

« Sans protection, nous ne sommes pas en mesure d’intervenir chez nos usagers, poursuit-elle. La plupart ont une santé fragile. Nous ne pouvons pas prendre le risque de leur transmettre le virus. Or, sans intervention extérieure, ils ne sont pas en capacité de rester à domicile. Notre rôle est essentiel pour assurer le maintien en bonne santé des personnes handicapées chez elles. Et donc, ne pas engorger les hôpitaux. Nos salariés sommes en première ligne, comme les infirmiers et infirmières. »

« Nous n’avons aucun masque ni gel hydroalcolique. »

Chez Aidadomi, dans les Bouches-du-Rhône, la situation est encore plus critique. « Nous n’avons aucun masque ni gel hydroalcolique, déplore Éric Bobet, le directeur général de cette entreprise de services à la personne labellisée Cap’handéo. Nous continuons d’intervenir car il en va du maintien à domicile des personnes que nous aidons. Mais la situation n’est pas tenable. L’absence de masques fait que la peur s’installe chez nos clients et chez nos salariés. »

Des services non prioritaires hors zones de forte exposition

Pour le moment, les pharmacies gèrent la pénurie de masques.

Un arrêté, publié mardi 17 mars, laisse espérer que le message est passé. Sur le principe en tout cas. Depuis hier, « les services d’accompagnement social, éducatif et médico-social qui interviennent à domicile en faveur des personnes âgées, enfants et adultes handicapés » ont droit aux boites de masques issues du stock national.

Mais pénurie oblige, la distribution devrait se faire au compte-gouttes. Ou pas… Une note de la Direction générale de la santé, envoyée ce mercredi 18 mars à 15.45, précise que, dans les zones d’exposition à risque (35 départements au 17 mars), les services d’aides et de soins à domicile vont récupérer neuf masques chirurgicaux par semaine et par professionnel. Sur les autres zones, ils ne sont pas prioritaires. 

Des salariés à risque en arrêt de travail

Pour le reste, le SSAAD de Limoges s’est réorganisé. Les quatre services, qui comptent 120 salariés au total, ont mis leurs forces en commun. Et les interventions auprès des 180 usagers, en situation de handicap moteur, ont été repensées.

Il a en effet fallu faire face à la mise en arrêt de travail de certains salariés. Ceux présentant un risque de développer une forme sévère de la maladie Covid-19 parce qu’ils sont atteints d’asthme, d’insuffisance cardiaque…

Le portage des repas à domicile remplace la cuisine

Le portage de repas économise des heures d’aide humaine. © le-doms.fr

« Là où nous assurions des heure de surveillance, nous avons sollicité les aidants familiaux qui ont souvent accepté de prendre le relais, raconte Muriel Peyrolle. Mais si la personne est isolée et qu’elle a besoin d’une présence permanente, nous continuons à l’assurer. »

Hormis ces cas de grande dépendance, le SSAAD se concentre désormais sur l’assistance aux gestes de la vie quotidienne. Exit les courses et le temps passé à cuisiner : désormais, une société assure le portage de repas à domicile. « Nous avons pris le parti d’économiser nos forces, souligne Muriel Peyrolle. Car les équipes vont être sursollicitées lorsque nous devrons pallier les absences des salariés malades. »

« Une capacité d’adaptation. »

Chez Aidadomi, qui assure tous types de services à la personne, la situation diffère. « Afin de limiter la progression du COVID19 et pour participer à l’effort de solidarité nationale », la société a stoppé, mardi 17 mars, ses prestations de ménage et de garde d’enfant. « Tous ces salariés n’ont pas forcément les compétences nécessaires pour assurer des prestations auprès de personnes âgées ou handicapées, mais cela nous donne une capacité d’adaptation », précise Éric Bobet.

Deux équipes en roulement pour limiter la contamination 

Au Havre, Côte cours  a, elle aussi, revu son fonctionnement pour s’adapter à l’urgence. L’association gère un Samsah, des logements adaptés et un service d’aide à domicile. 60 salariés au total qui interviennent auprès de 320 personnes en situation de handicap psychique.

« Nous avons fusionné tous les services, explique Marie Delaroque, sa directrice. Comme chacune des deux équipes d’intervention réunit toutes les compétences, elle couvre tous les besoins de nos usagers. » Et pour limiter les risques de contamination au travail, elle a organisé un roulement d’une semaine sur l’autre. Les salariés des deux équipes ne se croisent donc jamais.

Des familles ont récupéré leur proche

Côte Cours a également allégé au maximum la charge. Avant l’entrée en vigueur du confinement, elle a invité les familles à récupérer leur proche. Et les durées d’interventions sont plus courtes, concentrées sur les missions essentielles. Fini le ménage, par exemple. « Pour compenser ce moindre temps auprès des usagers, deux de nos employés passent leurs journées à les appeler pour s’assurer que tout va bien. »

Et les enfants des salariés ? La directrice a improvisé une garderie dans son bureau pour les cas sans solution. « Quelques membres de nos équipes se sont vus refuser l’accès aux garderies, car considérés non prioritaires. »

Reste le problème des masques. Pour le moment, l’association puise dans ses maigres stocks… en espérant pouvoir bénéficier au plus vite des dotations de l’État.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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8 commentaire

  1. Avatar

    Mon fils , 29 ans, atteint d’amyotrophie spinale infantile, vit seul à Caen, 2 avs passent 3 fois par jour, cependant elles travaillent sans masque
    Le kinésithérapeute ne vient plus, et les 2 infirmiers n’ayant pas de masque, ne viennent plus non plus.
    Ayant une petite capacité pulmonaire, je suis très inquiète. Comment faire pour obtenir des masques ?

  2. Avatar

    En Pays de Loire, l’Adhap avait réussi à trouver quelques masques mais aujourd’hui il semblerait que les personnes qui interviendront auprès de notre fils n’en auront pas alors qu’il a un 24h/24h, j’ai envoyé le tuto pour faire des masques avec des serviettes en papier aux intervenantes d’aujourd’hui (quid de l’efficacité?), je leur ai aussi envoyé le tuto des masques en tissu. Les we notre fils rentre à notre domicile mais pareil l’ADMR n’a pas de masque, sans masque nous ne les ferons pas intervenir. Il faudrait que je me mette en quête de trouver une « bonne âme » avec une machine à coudre je n’ai après il faut trouver le tissu, l’élastique….

  3. Avatar

    Je m’occupe d’une personne âgée handicapée et je la visite deux fois par jour. j’ai bien sur très peur de lui transmettre le virus. Comment obtenir des masques!

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    j ai un petit garçon handicapé cérébral il faut lui mettre un masque de protection j en ai mais il ne l accepte pas comment faire sans le brusquer

  5. Avatar

    Mon mari atteint d’une maladie neuro dégénérative ne comprend pas qu’il est obligatoire de porter un masque et il est important pour limiter l’évolution de sa maladie qu’il sorte et marche une heure par jour entre autre aller au supermarché avec moi est un exercice physique critique pour maintenir sa masse musculaire et salutaire pour retarder le stade où il devra être en fauteuil roulant. Est-ce qu’une dispense existe pour les personnes atteintes de pathologies qui les empêchent de comprendre et n’arrivent pas à porter un masque?

  6. Avatar

    Bonjour
    Mon fils handicapé lourd me peut pas mettre de masque.
    Le coiffeur refuse de le prendre ils on droit de refuser de le prendre

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