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Suite à l'autorisation du fichage d'informations personnelles, des associations se sont indignées de « l’amalgame dangerosité- troubles psychiatriques - atteinte à la sécurité de l’État. » ©pikisuperstar

« Être atteint de troubles psychiques ne veut pas dire être dangereux »

Trois décrets, parus début décembre, listent les informations personnelles que pourront contenir des fichiers constitués par l’État à des fins sécuritaires. Parmi les « facteurs de dangerosité », figurent le lien avec des groupes terroristes, des antécédents judiciaires ou bien encore des « données relatives aux troubles psychologiques ou psychiatriques ». Entretien avec Aude Caria, directrice de Psycom, un organisme public qui lutte contre la stigmatisation des personnes vivant avec des troubles psychiques.

« Des livres, films, séries entretiennent cet imaginaire du fou dangereux qui peut paraître paradoxalement rassurant. » © DR

Faire-face.fr : Que révèle la publication de ces décrets sur la manière dont les pouvoirs publics considèrent les troubles psychiques ?

Aude Caria : Ces décrets s’inscrivent dans une longue tradition historique de relation complexe entre soins psychiatriques et contrôle social. Jusque dans les années 60, la réponse à la folie et aux déviances était d’ailleurs l’enfermement. Les choses ont bien sûr évolué. Mais ces textes montrent que l’idée selon laquelle dangerosité et troubles psychiques sont liés reste profondément ancrée dans notre société. Y compris parmi celles et ceux qui font les lois.

« Elles sont bien plus souvent victimes d’agressions qu’auteures ! »

FF : Y a-t-il un lien entre dangerosité et troubles psychiques ?

A.C : Être atteint de troubles psychiques ne veut pas dire être dangereux. Les personnes qui vivent avec sont d’ailleurs bien plus souvent victimes d’agressions qu’auteures ! Seule une infime minorité passe à l’acte. Expliquer leur geste par la seule existence de ces troubles est très réducteur. D’autres éléments peuvent en effet entrer en ligne de compte : la prise d’alcool ou de drogues par exemple, l’isolement social ou bien encore la rupture de soins.

FF : Mais alors comment expliquer que cette idée soit si largement partagée  ?

A.C : Chaque être humain est capable de tuer. C’est une idée effrayante. La manière la plus simple de s’en protéger, c’est de mettre le crime sur le compte de la folie. Cela permet d’expliquer facilement l’inexplicable. On retrouve déjà cette idée dans la mythologie grecque. Aujourd’hui, des livres, des films, des séries entretiennent cet imaginaire du fou dangereux qui peut paraître paradoxalement rassurant.

« Les clichés ancestraux restent profondément ancrés dans l’imaginaire collectif. »

FF : La société évolue-t-elle malgré tout ?

A.C : On va vers une meilleure compréhension des troubles psychiques, une meilleure prise en compte… La loi de février 2005 a ainsi reconnu le handicap psychique, ouvrant de nouveaux droits aux personnes concernées. Mais les clichés ancestraux et les peurs qui y sont associées restent profondément ancrés dans l’imaginaire collectif.

Comment lutter contre cette stigmatisation  ?

A.C : En faisant comprendre qu’il n’y a pas d’un côté, les personnes atteintes de troubles psychiques et de l’autre celles qui en seraient exemptes. Nous avons, toutes et tous, une santé mentale qui évolue au fil de notre vie.

« Chacun peut être atteint de troubles… et se rétablir. »

Comme notre santé physique, elle peut-être mise à mal en fonction des évènements de notre vie. Chacun peut donc être atteint de troubles… et se rétablir. Comme après toute autre maladie. La crise du Covid-19, par l’ampleur de ses répercussions sur la santé mentale, a au moins permis de sortir ce concept de la marge.

A propos de Franck Seuret

Franck Seuret
Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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