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L'association ayant choisi de fonctionner en non-mixité, seules les femmes en situation de handicap peuvent candidater aux Dévalideuses. ©Plumy

« Handi-féministes, nous voulons porter la parole des femmes handicapées »

Avec plusieurs femmes handicapées, Céline Extenso a créé, fin 2019, Les Dévalideuses. Ce collectif handi-féministe travaille à démonter les idées reçues sur le handicap. Aujourd’hui, il devient une association ouverte à d’autres militantes en situation de handicap.

Faire Face : Quel est l’objectif des Dévalideuses ?

Céline Extenso : Nous avons créé les Dévalideuses face à l’invisibilité des femmes handicapées dans le féminisme. Nous vivons des problèmes spécifiques. Par exemple, nous subissons statistiquement quatre fois plus de violences sexuelles que les femmes valides. Et pourtant, on n’en parle jamais !

« Donner une visibilité aux femmes handicapées. »

Handi-féministes, nous voulons porter la parole des femmes handicapées. Leur donner une visibilité. Œuvrer concrètement afin qu’elles retrouvent un pouvoir d’agir et de choisir librement. Nous souhaitons démontrer qu’il n’y a pas que le handicap qui limite nos vies, mais aussi le validisme.

FF : Qu’est-ce que le validisme ?

Bonne résolution numéro 11 proposée par Les Dévalideuses.

C.E : C’est la discrimination spécifiquement subie par les personnes handicapées. On les considère souvent inférieures, moins intéressantes, incapables de décider pour elles-mêmes. Il peut se manifester par du rejet (violences, exclusion, refus de rendre accessible…) mais aussi sous forme de validisme gentil” (infantilisation, surprotection, pitié ou au contraire héroïsation).

« Le validisme est une mise à l’écart humiliante. »

Quelle que soit sa forme, c’est toujours une mise à l’écart humiliante qui restreint nos possibilités sociales, amoureuses, professionnelles, nos conditions de vie. Le validisme imprègne tellement la société que les personnes handicapées finissent par perdre confiance en leur valeur et en leurs compétences. On parle alors de validisme intériorisé”.

FF : Seules les femmes en situation de handicap ont le droit de participer au fonctionnement de l’association. Pourquoi avoir choisi ce principe de non-mixité ?

C.E : Notre parole a longtemps été accaparée par nos familles, proches, soignants et autres professionnels du handicap. Persuadées de bien faire, ces personnes reproduisent pourtant typiquement ce “validisme gentil” que nous combattons. Leur parole éclipse la nôtre. De la même façon, les hommes monopolisent la parole et le pouvoir du pays.

« Un espace de travail égalitaire entre femmes handicapées. »

Nous soutenons toutes les femmes et toutes les personnes handicapées. Nous nous joignons régulièrement à elles dans nos projets. Mais nous sommes fatiguées de lutter pour être entendues. Un espace de travail strictement égalitaire, entre femmes handicapées, nous permet de prendre facilement la parole ainsi que de proposer et de construire des actions.

Les femmes qui ne sont pas handicapées et les hommes peuvent toutefois nous soutenir en adhérant à notre association mais aussi en donnant de la visibilité à notre travail.

Jeunes mais actives

Les Dévalideuses ont déjà à leur actif de nombreuses actions militantes : campagne de communication antivalidiste sur les réseaux sociaux (sur twitter notamment), traduction de ressources militantes, campagne en faveur de la déconjugalisation de l’AAH, animation d’ateliers en ligne ou en milieu universitaire, kermesse féministe, etc.

A propos de Franck Seuret

Journaliste éco-social et documentariste. Spécialiste de la politique sociale du handicap.

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2 commentaire

  1. OUI, COMME D’HABITUDE LA SOCIÉTÉ MACHISTE ET PATRIARCALE, SUPPRIME LES REVENUS DES FEMMES QUI VIVENT AVEC UN COMPAGNON, ET SI CE COMPAGNON SE TROUVE ÊTRE INVIVABLE À UN MOMENT, LA FEMME SE RETROUVE DEHORS SANS RIEN PENDANT DES MOIS ……

  2. Merci pour votre initiative ; seule, handicapée en fauteuil roulant, mise à la retraite depuis plus de 15 ans mon handicap m’empêche de travailler, de rencontrer des hommes, de vivre comme tout le monde avec des rêves et des buts dans la vie. Je pense que si on ne travaille pas on n’existe plus pour la société et si on n’a pas eu la chance d’avoir une famille aidante et aimante, on est invisible.

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