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Je suis accompagnante sensuelle pour des personnes en situation de handicap
Laura fait partie de la première promotion d'assistant.e.s sexuel.le.s formé.e.s par Corps Solidaires (Association Suisse Romande Assistance Sexuelle et Handicaps) et l’association française CH(s)OSE (ou Collectif Handicap et Sexualité Ose) © StockSnap

Je suis accompagnante sensuelle pour des personnes en situation de handicap

Publié le 18 juillet 2017

Laura*, 45 ans, fait partie des premiers candidats à avoir suivi la formation certifiante à l’accompagnement sensuel et l’assistance sexuelle des personnes en situation de handicap organisée par Corps Solidaires (Association Suisse Romande Assistance Sexuelle et Handicaps) et l’association française CH(s)OSE (ou Collectif Handicap et Sexualité Ose).

« La sexualité est un sujet qui m’a toujours passionnée. D’un point de vue intellectuel, mais aussi personnel. Bisexuelle, j’ai eu des pratiques sexuelles variées. J’ai milité longtemps dans une association LGBT. J’ai été sexothérapeute. Je suis naturiste.

Je ne suis pas arrivée par hasard à l’assistance sexuelle des personnes en situation de handicap. Suivre cette formation à l’accompagnement sensuel et l’assistance sexuelle organisée par Corps Solidaires (Association Suisse Romande Assistance Sexuelle et Handicaps) et l’association française CH(s)OSE (ou Collectif Handicap et Sexualité Ose) est le fruit d’un long cheminement, de rencontres aussi que la vie m’a donné de vivre.

« Il y a un temps pour le militantisme et un temps pour la réalisation personnelle. »

Le handicap ne m’était pas complètement inconnu. J’ai une amie d’enfance handicapée.  Nous avons grandi ensemble et nous avons expérimenté des jeux lors de notre initiation au monde de la sexualité. Il y a quelques années, j’ai surtout vécu une histoire d’amour durant deux ans et demi avec un homme paraplégique. La découverte de la sensualité avec une personne en situation de handicap a été une révélation. J’ai eu le sentiment de vivre comme une nouvelle adolescence. Si nous nous sommes séparés car il ne souhaitait pas vivre en couple, farouchement attaché à son indépendance, cette relation a été déterminante dans mon parcours.

Je connais depuis longtemps Françoise Vatré**. Grâce à elle, j’ai découvert  l’association CH(s)OSE et entendu parler de cette formation. Je me suis sentie prête. Il y a un temps pour le militantisme et un temps pour la réalisation personnelle. Dès le premier week-end inaugural en juin 2016, j’ai ressenti comme un aboutissement. Je me suis retrouvée avec des personnes très différentes, venues d’horizons variés, équilibrées dans leur vie personnelle et sexuelle qui savaient pourquoi elles se retrouvaient là.

Si ma démarche est totalement assumée, je préfère garder l’anonymat par rapport à mes enfants qui ignorent cette activité et cette nouvelle vie professionnelle. C’est important de cloisonner. Je mènerai cette nouvelle activité d’assistance sexuelle en parallèle de mon métier actuel dans la fonction publique. Mon compagnon est bien évidemment au courant. C’est d’ailleurs l’un des critères d’admission pour ceux et celles qui sont en couple.

« Érotiser son corps. »

Je préfère le terme d’accompagnante sensuelle. Dans mon idée, je souhaite accompagner des personnes en situation de handicap dans la découverte de leur corps sexué au service de leur autonomie. C’est enthousiasmant d’aider les gens à partir à la découverte de leur propre sensualité, de leur propre plaisir, d’érotiser son corps. Chacun.e peut être beau.belle, excitante.e. Oser parler de sa sexualité, exprimer ses besoins, c’est déjà un premier pas auquel tout le monde a droit.

Faire avancer l’émancipation sexuelle de personnes en situation de handicap est un combat indispensable auquel chacun apporte sa petite contribution. Nous vivons une époque tellement rétrograde que certains ont encore du mal à l’accepter, mais cela ne doit pas nous empêcher de développer une réflexion éthique et responsable.

Jamais je ne me serais lancée sans formation, qui délimite un cadre juridique et légal très strict. De mon côté, je vais poser mes propres limites. Je me sens libre de refuser ce que je ne souhaite pas faire. J’offre ma présence corporelle, la douceur de mes mains, mon écoute, un contact bienveillant, libéré des tabous et surtout ma nudité. Via une première expérience lors de la formation avec un homme ayant déjà eu recours à l’assistance sexuelle, j’ai découvert combien les effets pouvaient être immédiats, notamment en ce qui concerne la réassurance virile. Je ne pensais pas qu’une séance d’une heure serait aussi bénéfique.

« Accompagner chacun.e vers son autonomie sensuelle. »

En ce qui concerne la rémunération, c’est une nécessité pour mettre une distance entre les personnes et moi. Et puis, tout travail, tout service mérite rétribution.  Je ne sais pas encore comment je vais m’organiser. J’y consacrerai sans doute une journée par semaine. J’avance pas à pas, sans précipitation.

Ce qui m’importe c’est d’être cohérente dans ce que j’entreprends. J’ai beaucoup  approfondi mes connaissances sur le handicap. J’ai compris que chaque personne est différente. Aucune personne handicapée ne se ressemble. Mais chacun.e est expert.e de son handicap. On doit l’écouter pour l’accompagner au mieux sur le chemin de son autonomie sensuelle. » Propos recueillis par Claudine Colozzi

*À la demande de l’interviewée, son prénom a été modifié.

** Co-fondatrice et ex-présidente de SEHP (SExualités et Handicaps Pluriels), association créée depuis presque trente ans en Suisse romande, qui a été la première à lancer une formation certifiante en 2008.

 

 

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